Un général pour changer

Election présidentielle en Mauritanie

Elu à la présidence de la Mauritanie en lieu et place de Mohamed Ould Abdel Aziz, le mandat à venir de Mohamed Ould Ghazouani devrait s’inscrire sous le signe de la continuité.

L’élection de Mohamed Ould Ghazouani, le 22 juin 2019, à la présidence de la Mauritanie n’est, pour le moins, pas passée comme une lettre à la poste. Au mercredi 26 juin, on dénombrait pas moins d’une centaine d’arrestations parmi les manifestants ayant essaimé dans les rues du pays aussitôt les résultats du scrutin annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Si, officiellement, il ne s’agit que d’étrangers, il ressort toutefois de ce qu’on peut lire dans certains médias locaux que ce sont bel et bien des Mauritaniens qui ont marché contre l’élection de M. Ould Ghazouani.

Ainsi, le régime mauritanien veut présenter les manifestations comme un «plan de déstabilisation du pays» venant de l’extérieur -il a d’ailleurs dénoncé le 25 juin, par la voix du ministre de l’Intérieur Ahmedou Ould-Abdallah, une «main étrangère». En attendant, c’est donc M. Ould Ghazouani qui va succéder à Mohamed Ould Abdel Aziz à la tête de la Mauritanie.

Un allié sécuritaire
De son vrai nom Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, le président élu mauritanien est d’ailleurs un proche de son futur prédécesseur: jusqu’au 15 mars, il fut son ministre de la Défense avant de remettre sa démission justement pour se présenter aux présidentielles du 22 juin. Il fut aussi, jusqu’au 30 octobre 2018, chef d’état-major de l’armée. MM. Ould Ghazouani et Ould Abdel Aziz se sont, pour l’anecdote rencontrés au Maroc pendant leur formation au début des années 1980 à l’Académie royale militaire de Meknès et furent, en août 2008, les principaux artisans du coup d’Etat qui avait écarté Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi du pouvoir. La relation privilégiée qu’entretiennent les deux hommes est d’ailleurs la raison pour laquelle l’opposition a dénoncé, tout au long de la campagne électorale, un «hold-up»: en faisant élire M. Ould Ghazouani à sa suite, M. Ould Abdel Aziz aurait voulu imiter l’oeuvre de Vladimir Poutine aux présidentielles russes de mars 2008, dans la mesure où ne pouvant briguer un troisième mandat, l’homme d’Akjoujt -où il est né le 20 décembre 1956- continuerait de tenir les rênes par le biais d’un hommelige: l’actuel locataire du Kremlin s’était pour ce faire servi de son Premier ministre Dmitri Medvedev. Côté marocain, le roi Mohammed VI a été un des premiers chefs d’Etat étrangers à féliciter M. Ould Ghazouani pour son élection. Dans son message, le Souverain a tenu à exprimer sa détermination à oeuvrer de concert avec le président élu mauritanien pour donner une forte impulsion aux relations de coopération entre le Maroc et la Mauritanie.

Rappelons que les relations entre les deux voisins ont longtemps été en dents de scie, surtout après l’expulsion, en décembre 2011, du correspondant de l’agence Maghreb arabe presse (MAP), Abdelhafid El Bekkali, par M. Ould Abdel Aziz. Pendant près de cinq ans -de septembre 2012 à décembre 2017- il n’y eut même pas d’ambassadeur de Mauritanie au Maroc. Plusieurs crises émaillèrent, dès lors, le ciel maroco- mauritanien, notamment lorsque l’ancien secrétaire général du Parti de l’Istiqlal (PI), Hamid Chabat, assimila, en décembre 2016, la voisine du Sud à une «province marocaine». Aujourd’hui la Mauritanie est devenue un allié, surtout au plan sécuritaire, dans la mesure où le pays n’a plus connu d’attentat depuis août 2009.


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