Le gouvernement menace de licencier les enseignants grévistes

Le spectre d'une année blanche

Les syndicats militent pour le maintien du cordon ombilical qui les lie au ministère de l’Éducation nationale. Une garantie de stabilité de l’emploi par une intégration dans la fonction publique.

Les grèves et les manifestations des enseignants contractuels se poursuivent et perdurent. Elles deviennent même de plus en plus violentes. La dernière du genre s’est déroulée le samedi 23 mars 2019, lors d’un sit-in devant le Parlement. Une date chargée d’histoire, de répression et de drames, sur fond de refus total du droit à la manifestation. L’intervention des forces de l’ordre, qui semblent avoir sorti les gros calibres de leurs matraques, a été terrible. Plusieurs cas de blessures parmi les membres de la coordination syndicale, qui regroupe les centrales les plus représentatives du secteur de l’Éducation nationale.

Dans un communiqué de cette coordination daté du 25 mars, le comportement des services de l’ordre a été qualifié de «sauvage »; rappelant ainsi les pires moments des «années de plomb». Comme pour dire «chassez le naturel, il revient au galop». À l’évidence et même sans l’ombre d’une casse, le droit de manifester pacifiquement sa colère est encore loin d’être acquis. En somme, une attitude régressive en terme de liberté collective.

Une attitude régressive
Que revendiquent les enseignants contractuels et que propose le ministre de tutelle, Said Amzazi, et quelle position Saâd Eddine El Othmani a-t-il adoptée? Tout a commencé avec le projet qui consiste à revigorer les académies régionales de l’éducation et de la formation (AREF); en leur donnant plus de pouvoir et plus de moyens pour mieux asseoir leurs attributions au niveau régional. Un nouveau statut est élaboré dans ce sens. Les AREF tombent dans l’escarcelle d’une région revisitée et renforcée. Quant aux enseignants, ils sont embarqués dans les AREF, qui n’en demandaient pas tant. C’est de cette instance et d’elle seule que dépend la situation actuelle et l’avenir immédiat des enseignants contractuels.

Une perspective que les négociateurs rejettent de toutes leurs forces. M. Amzazi, à l’unisson avec M. El Othmani, dénoncent cette position syndicale qui va à l’encontre, disent-ils, d’une option stratégique fondée sur une régionalisation beaucoup plus accentuée des principaux services publics. L’objectif étant de réduire, autant que faire se peut, les disparités territoriales. Les syndicats s’en défendent. Ils estiment que ce n’est pas une régionalisation requinquée qui les dérange, en aucun cas. Par contre, ce qu’ils refusent, c’est d’être livrés pieds et poings liés aux AREF.

Une nouvelle domiciliation administrative qui les réduit à ne plus avoir de liens directs avec leur tutelle ministérielle de toujours. Une évolution qu’ils rejettent totalement pour la raison simple et suffisante qu’elle s’oppose à leur revendication principale, à savoir leur intégration dans la fonction publique, tout comme leurs prédécesseurs. De leur côté, les promoteurs de ce projet de remodelage administratif estiment que les conditions d’accès à la fonction enseignante sont les mêmes, que ce soit sous l’autorité des AREF ou de l’administration centrale.

Cohésion pédagogique souhaitable
Là où cette régionalisation est jugée syndicalement irrecevable, c’est lorsque AREF devient synonyme de précarité, alors que le rattachement à une tutelle centralisatrice se traduit matériellement par la stabilité de l’emploi. D’après les syndicats, avec le projet ministériel, on aura alors dans le même établissement scolaire deux types d’enseignants, ceux qui sont engagés à vie et ceux qui sont licenciables à vue. Une cohabitation qui n’est pas faite pour assurer une cohésion pédagogique souhaitable, à tous les niveaux du processus scolaire.

Pour parvenir à cette homogénéisation, d’après les syndicats, il faudra que l’abandon du contrat renvoie à une intégration statutaire et professionnelle dans la fonction publique. Pour le moment, c’est la crispation qui prévaut. La coordination syndicale a lancé un mot d’ordre de grève de quatre jour, du lundi 25 au jeudi 28 mars 2019. Ce qui peut être porteur d’une menace d’année blanche, par rapport à une scolarité déjà perturbée par les grèves. Le gouvernement menace de licencier les grévistes pour motif d’abandon de poste.

Les partis de la majorité se sont réunis, mercredi 27 mars 2019 à Rabat, pour appeler les grévistes «à la raison» et soutenir la position du gouvernement. Position réaffirmée dans la même soirée lors d’une conférence de presse donnée par le ministre de l’Éducation nationale, Saïd Amzazi, et le ministre porte parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi. Bref, chacun campe sur sa position et le bras de fer va s'endurcir.


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