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Hamid Chabat : "Je suis victime d'une machination"



C’est dans son bureau de secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, à Rabat, que Hamid Chabat nous a reçus, mardi 19 septembre 2017, à dix jours de l’ouverture du 17ème congrès du parti. Candidat à sa propre succession, il compte aller jusqu’au bout pour se maintenir à son poste.

Dans quelles conditions se déroulent les préparations du 17è congrès du Parti de l’Istiqlal?
Globalement, les préparatifs du congrès national, prévu les 29, 30 septembre et 1er octobre 2017, se déroulent dans de bonnes conditions. La majorité des congrès régionaux devant élire les congressistes se sont déroulés dans un climat de sérénité. Il y en a eu, malheureusement, d’autres, à Casablanca et dans le Souss principalement, qui ont été entachés d’irrégularités et, pour certains, de fraude et falsification.
Cela dépend des personnalités qui ont présidé ces assises régionales et de leur capacité à faire appliquer les règlements en vigueur. La commission préparatoire du congrès va statuer sur les plaintes dont elle a été saisie par les militants qui se sont sentis lésés.
Ces pratiques frauduleuses sont condamnables, quelle que soit la personne qui en est responsable. Le Parti de l’Istiqlal a, depuis sa création, milité pour que triomphent dans notre pays les principes de la démocratie, de l’égalitarisme et de la transparence. Il ne peut accepter que ces principes fondateurs soient bafoués au sein de ses instances.

Jamais le Parti de l’Istiqlal n’a connu un climat interne aussi conflictuel, délétère même...
Cela fait partie d’un tout. La situation politique du pays n’est pas claire. Les acteurs politiques n’ont pas de visibilité. La société vit dans un bouillonnement extrême. Les problèmes sociaux et économiques sont énormes et les attentes des citoyens sont grandes.
Un parti politique ne peut que refléter une telle situation. Notre parti n’est pas le seul à connaître des problèmes internes, mais nous travaillons pour que, du prochain congrès, le parti sorte plus fort et ses rangs soudés. Pendant des décennies, on a appelé à la poursuite des réformes dans le cadre de la stabilité du pays. Aujourd’hui, la stabilité n’est plus ce qu’elle était. Et les réformes, on n’a rien vu. Le Parti de l’Istiqlal travaille, agit et milite pour redresser la situation. Et quand le parti pointe les défaillances et critique des décisions impopulaires ou de nature à porter atteinte aux principes démocratiques essentiels, alors certains milieux lui déclarent la guerre...

Quels milieux et pourquoi l’Istiqlal est visé si l’on croit ce que vous dites?
La consolidation de la démocratie fait peur à certains milieux. Le ministère de l’Intérieur, avec ses divers services, est là pour assurer la sécurité du pays et des citoyens. Il n’a pas à interférer dans les affaires internes des partis politiques. Quand je fais une déclaration qui dérange ou prends position sur un sujet, on me sort des affaires… des poursuites judiciaires. Des menaces… Alors que je suis dans mon rôle en tant que dirigeant du Parti de l’Istiqlal.
Nous appelons à ce qu’on arrête ce jeu dangereux. Les dirigeants des partis politiques savent ce qu’ils doivent faire et n’ont besoin ni d’instructions, ni de soutiens. Seulement qu’on les laisse travailler. Venir parachuter quelqu’un pour prendre la direction d’un parti relève du passé, des temps révolus. Créer un parti politique et le doper par tous les moyens financiers et les soutiens administratifs s’est avéré finalement contreproductif… S’attaquer à l’Istiqlal parce qu’il n’a pas voulu jouer leur jeu en octobre 2016 est pour le moins surprenant.

De quel jeu parlez-vous et qui est ce “parti dopé”?
Le lendemain des élections du 7 octobre 2016, les résultats étaient clairs, l’avance du PJD a été actée par tout le monde. Pour casser cette volonté des électeurs, on a voulu monter une autre majorité et pousser le PJD dans l’opposition. Certains dirigeants politiques sont venus me dire que j’ai intérêt à ne pas cautionner un gouvernement dirigé par le PJD, avec Abdelilah Benkirane à sa tête. J’ai eu la proposition de rejoindre en bonne place la majorité qui sera dirigée par le PAM. J’ai dit non. Un refus catégorique. Et, depuis, les attaques visant le parti, ma personne et ma petite famille, et qui avaient commencé bien avant, ont pris une allure folle. Je suis victime d’une machination.
Certains amis, cadres du parti, ont été approchés pour se retourner contre la direction du parti. Ce que ces cadres avaient validé au sein des instances du parti en 2015 et 2016 est devenu subitement, depuis la deuxième semaine d’octobre 2016, antidémocratique, illégal et même frauduleux à leurs yeux… Bien avant cette étape des législatives 2016, il y avait eu les régionales en 2015. Et là, l’Istiqlal a été pratiquement sommé de soutenir le PAM dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Chose que nous avons refusée et cela nous a coûté cher en termes de tracasseries et d’annulation de députation pour sept Istiqlaliens à la deuxième chambre du Parlement.

A propos d’Al Hoceima, le parti n’a pas réellement réagi lorsque le Hirak du Rif a commencé...
Le parti a réagi en son temps et a suivi ce qui se passait à Al Hoceima et sa région. Mais qui est responsable du pourrissement de la situation? Le PAM est arrivé en tête lors des élections régionales et préside la région et le conseil communal de la ville. Qu’a-t-il fait pour apporter des solutions et apaiser les tensions? Rien.
Le Parti de l’Istiqlal a refusé le découpage régional qui a rattaché la province d’Al Hoceima à Tanger-Tétouan alors qu’auparavant elle relevait de Fès-Taounate. Pourquoi? Pour permettre à ce parti d’avoir une grande région. La Hirak du Rif a commencé par des revendications tout ce qu’il y a de plus social. Il fallait apporter des réponses claires à ces revendications. Maintenant, certains séparatistes installés en Europe surfent sur la vague et appellent à l’autonomie, voire l’indépendance de la région...
Au Parti de l’Istiqlal, nous agissons pour la préservation de l’unité du pays, mais aussi pour la dignité des Marocains. Et c’est cela que je compte défendre encore si jamais je suis réélu à la tête du parti.

Vous êtes alors candidat pour votre propre succession?
Effectivement. Ce n’est pas tant ma réélection qui prime, mais plutôt réussir le congrès et élire une direction qui puisse jouir de la confiance des Istiqlaliennes et des Istiqlaliens sans intervention extérieure de quelque nature que ce soit. Que Hamid Chabat reste à la tête du parti ou non, cela importe peu.
L’essentiel, c’est que le parti doit rester fort pour poursuivre le combat de préservation et de consolidation de la démocratie. Je suis confiant et ma candidature pour le poste de secrétaire général est dans ce sens une tentative de ma part pour préserver l’indépendance de la décision partisane. Les militants du parti sont conscients qu’il y a une machination contre leur parti dont l’objectif est de l’affaiblir. Ils ne laisseront pas passer le candidat de cette machination...

Vous visez Nizar Baraka, candidat au poste de secrétaire général du parti...
Je ne vise personne et je ne nomme personne. Ce qui m’intéresse, moi, c’est de réussir le congrès. Et si un candidat remplit les conditions requises sur le plan des règlements et qu’il a l’aval des congressistes, je ne m’y opposerai pas. Mais pas question de cautionner quiconque ne répondant pas aux critères établis par la commission préparatoire et par les statuts du parti.

A vos yeux, M. Baraka ne remplit pas les critères requis...
Je vous le répète, je ne vise personne, mais je ne cautionnerai aucun dérapage. En tout état de cause, le congrès est souverain et c’est à lui de décider.

Quel sera le positionnement du parti après le congrès?
Nous sommes conscients qu’il faut faire face à toute tentative de régression démocratique et à tous les dérapages. Dans ce sens, l’alliance du Parti de l’Istiqlal avec le PJD sera certainement maintenue. Nous partageons les mêmes référentiels et surtout nous avons le même objectif: renforcer les institutions démocratiques, consolider les choix du Maroc et relancer la machine économique du pays.
Quand on voit les problèmes sociaux et économiques du Maroc, on se dit qu’il y a urgence d’un sursaut nationaliste. Loin des querelles politiciennes autour du partage des postes ministériels ou autre.

Que propose l’Istiqlal dans ce sens?
Face au flou actuel et à l’aggravation de la situation économique et sociale, je ne vois aucune issue que l’organisation d’élections législatives anticipées en 2018. Pour nous, 2018 doit être une année pour remettre de l’ordre dans la “maison Maroc”.
Plus de 80% des Marocains vivent dans la précarité et cela ne saurait durer à l’infini. Il faut que l’Etat, à travers le ministère de l’Intérieur, laisse les partis politiques et les acteurs de la société civile accomplir leur mission. C’est au peuple de juger les partis. Autre préalable, une révision constitutionnelle permettant de délimiter de manière claire les prérogatives de chaque institution. Sinon, on maintiendra un flou qui déteindra sur tout le reste.

Vous avez parlé précédemment de menaces vous visant. S’agit-il de menaces physiques?
J’avais parlé de menaces à plusieurs reprises et certains avaient évoqué le fait que j’ai dit être menacé physiquement. Or, ce n’est pas mon propos. La menace est celle qui vise à me déstabiliser pour changer de position politique, céder mon poste de secrétaire général du parti, ne plus défendre les intérêts des citoyens et du pays… J’ai toujours milité au sein du Parti de l’Istiqlal et au sein du syndicat (UGTM). Dans ce bureau où nous nous trouvons (celui du secrétaire général du parti), il y les photos des pères fondateurs de l’Istiqlal et des martyrs pour l’indépendance du Maroc et pour son unité. Je me dois d’honorer leur mémoire en étant à la hauteur de la charge qui m’incombe. Le reste, c’est du détail...

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