Haro sur la mendicité à l'aide d'enfants

PLAN NATIONAL CONTRE L’EXPLOITATION DES ENFANTS À DES FINS DE MENDICITÉ

Le plan sera mis en oeuvre selon une approche fondée à la fois sur la dimension territoriale et la convergence des actions des divers intervenants. Cinq grandes villes ont été choisies pour son lancement: Casablanca, Rabat, Tanger, Fès et Marrakech.

A chaque coin de rue, à chaque feu rouge, se planquent des enfants pour vendre des boîtes de mouchoirs ou tout simplement quémander quelques pièces de monnaie. Certains, en bas âge, sont accompagnés par des adultes qui les exploitent toute la journée. D’autres, probablement plus expérimentés, préfèrent mendier euxmêmes. Ce spectacle ahurissant est devenu, hélas, monnaie courante dans les artères de Casablanca, en centre ville, dans les quartiers cossus comme dans les quartiers périphériques.

La mendicité se propage à une vitesse incroyable, renvoyant au monde entier l’image d’une cité misérable, sale et désordonnée. Les rangs de ces mendiants sont gonflés, depuis quelques années, par les réfugiés subsahariens qui immigrent en masse dans notre pays à la recherche d’une vie meilleure.

Une situation inhumaine
Mais le spectacle le plus désolant et certainement le plus abominable est celui de ces petits enfants, souvent des bébés, exploités à des fins de mendicité. Allongés à même la terre, mal habillés, mal nourris, souvent malades et exposés au soleil, ces enfants servent d’appât pour davantage apitoyer les passants en vue d’augmenter leurs mises. Une situation inhumaine pour ces pauvres enfants censés être gardés chez eux, dans leurs maisons, ou être au milieu d’autres enfants dans les crèches. L’Unicef, qui ne cesse d’appeler le Maroc à trouver des solutions concrètes à ces enfants de la rue, crie sa colère et incite le gouvernement à réfléchir à un plan qui permettrait de maîtriser l’ampleur de ce phénomène.

D’où l’annonce récente de la ministre de la Solidarité, du Développement social, de l’Égalité et de la Famille, Jamila El Moussali, qui a révélé que son département est sur le point de finaliser un plan d’action national pour lutter contre l’exploitation des enfants à des fins de mendicité. Le ministère se penche sur l’élaboration de ce plan de concert avec les divers partenaires dans l’optique d’une meilleure protection des enfants contre l’exploitation dans la mendicité. Ce plan intégré pour l’enfance sera mis en oeuvre dans nombre de provinces selon une approche fondée à la fois sur la dimension territoriale et la convergence des actions des divers intervenants. Cinq villes considérées comme les plus grandes du Royaume ont été choisies pour le lancement du programme: Casablanca, Rabat, Tanger, Fès, et Marrakech. En réalité, la problématique des enfants de la rue est une affaire sociétale par excellence qui requiert la vigilance de toutes les parties, mais aussi l’adoption de programmes soucieux de la protection de la famille, considérée comme le premier milieu de vie de l’enfant.

L’urgence d’agir
La convergence des interventions pour la mise en place de programmes intégrés en vue de lutter contre le fléau de l’exploitation des enfants par la mendicité a été au centre d’une réunion élargie tenue récemment à Rabat. Lors de cette réunion, présidée par Jamila El Moussali et le procureur général du Roi près la Cour de cassation, président du ministère public, Mohamed Abdennabaoui, les intervenants ont souligné l’urgence d’agir pour traiter la recrudescence du fléau des mendiants accompagnés d’enfants. Ils ont également exprimé la ferme volonté et la disposition à mettre en oeuvre les différentes mesures à prendre.

«Les dispositifs territoriaux intégrés de protection de l’enfance constituent un outil efficient pour lutter contre toutes les formes de violence à l’égard des enfants », estime Jamila El Moussali. La mise en place de ces dispositifs permettra d’assurer un système de protection efficace de l’enfance aux niveaux régional et local, incluant la protection juridique, la prise en charge médicale, la protection sociale, l’éducation, la formation, la réintégration, le suivi et l’évaluation. Après leur lancement dans une première étape dans des provinces pilotes, le ministère oeuvre pour le lancement prochain de ces dispositifs au niveau de Rabat, Salé, Casablanca-Anfa, Tanger, Meknès et Agadir, avant que ce projet ne soit généralisé à l’ensemble des territoires du Royaume.

Violence et exploitation
Pour les experts, la politique publique intégrée de protection de l’enfance au Maroc 2015-2025 constitue la réponse nationale pour une protection effective et durable contre toutes les formes de violence, d’agression et d’exploitation des enfants. Cette politique se décline en cinq objectifs stratégiques, à savoir le renforcement du cadre légal de protection des enfants et de son effectivité, la mise en place de dispositifs territoriaux intégrés de protection de l’enfance, la standardisation des structures et des pratiques, la promotion de normes sociales protectrices des enfants et la mise en place de systèmes d’information fiables et standardisés et de suivi-évaluation monitoring régulier et effectif.

L’engagement du Royaume dans la dynamique de protection des droits de l’enfance et son ouverture sur les expériences et pratiques internationales ont certes contribué largement au développement de la politique nationale et des programmes relatifs à l’enfance. Mais il reste encore beaucoup à faire en matière de lutte contre l’exploitation des enfants à des fins de mendicité. Tant que ce phénomène persiste et se propage dans nos rues, l’image de notre pays en ressent un sacré coup au plan international.


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