L'homme qui valait 17 milliards

7 ANS DE PRISON FERME POUR LE DÉPUTÉ-MAIRE DE HAD SOUALEM, ZINE EL ABIDINE EL HOWASS

L’ex-député-maire de Had Soualem symbolisait parfaitement l’élu véreux, corrompu et «racketteur», qui ne s’empêchait pas de profiter pleinement de son influence et de son pouvoir comme président de la commune pour servir ses intérêts personnels et s’enrichir sur le dos des contribuables.

Le verdict était certes attendu, mais il est jugé un peu clément par rapport aux accusations lourdes qui pèsent sur lui. L’ancien député- maire de Had Soualem, dans la région de Casablanca, Zine El Abidine El Howass, a écopé, lundi 4 novembre 2019, d’une peine de 7 ans de prison ferme. Un jugement dont il a fait appel. Rendue par la chambre chargée des crimes financiers près la cour d’appel de Casablanca, la sentence contient aussi la saisie des biens du mis en cause à hauteur de 10 millions de dirhams.

Dans son réquisitoire, le substitut du procureur général du Roi avait pourtant réclamé 20 ans de prison ferme et la saisie de tous ses biens. Poursuivi pour 11 chefs d’inculpation, dont les plus graves sont dilapidation des deniers publics, trafic d’influence, faux en écriture et falsification de documents administratifs, «l’homme aux 17 milliards», comme il est surnommé sur les réseaux sociaux, avait défrayé la chronique en novembre 2017 après son arrestation par la police, qui aurait découvert dans son domicile à Tamaris une importante somme d’argent, estimée par plusieurs sites électroniques à 170 millions de dirhams. Une information formellement démentie dans un communiqué rendu public par la DGSN, qui a estimé la somme trouvée à seulement 1,5 million de dirhams. Zine El Abidine El Howass est décrit comme étant un élu véreux, corrompu et «racketteur», qui ne s’empêchait pas de profiter pleinement de son influence et de son pouvoir comme président de la commune pour servir ses intérêts personnels et s’enrichir sur le dos des contribuables.

Une personnalité despotique
Le scandale d’El Howass a d’ailleurs éclaté suite au dépôt de plusieurs plaintes émanant de promoteurs immobiliers qui l’accusaient, preuves à l’appui, d’avoir procédé à l’attribution sans appels d’offres d’un marché de 80 millions de dirhams pour un plan de réaménagement urbain de la commune. D’autres plaignants l’accusaient aussi, et c’est encore plus grave, d’avoir ordonné le déracinement de plusieurs arbres d’eucalyptus bordant une route nationale qui ont servi de combustibles pour ses quatre hammams de la région. Des habitants de Had Soualem se plaignaient également de sa personnalité despotique et hautaine, qui se permettait d’insulter les citoyens venus obtenir leurs papiers administratifs.

Une vidéo qui avait circulé sur les réseaux sociaux, peu après son arrestation, le montrait qui s’en prenait violemment, dans des termes peu amènes, à une femme alors que celleci était seulement venue s’enquérir de l’état d’avancement de son dossier d’investissement qu’elle avait déposé dans la commune. Une séquence vue par des milliers d’internautes qui avaient appelé la justice à avoir la main lourde.

Un pari électoral
Avant son arrestation et l’éclatement de son affaire, Zine Al Abidine El Howass, 47 ans, avait présidé la commune Had Soualem en deux temps. Le premier a eu lieu en 2009 lorsque ce dernier, sous les couleurs du PAM, qui venait alors d’être créé, est parvenu à décrocher la présidence de la commune. Mais critiqué de toutes parts et sous le coup de nombreuses plaintes adressées au ministère de l’Intérieur, ce dernier l’avait suspendu de la présidence en 2014.

Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il réussira, un an plus tard, lors des élections municipales de 2015, à reprendre la présidence de la commune. Mais, cette fois, il s’était présenté aux élections sous les couleurs du parti de l’Istiqlal, dont il avait obtenu facilement l’accréditation. Le même parti le propose comme son candidat dans la région aux élections législatives de 2016. Un pari électoral qu’il a remporté haut la main en devenant député.

Une fortune injustifiée
Avec le cumul des deux mandats électoraux, Zine El Abidine El Howass pensait tenir tout le pouvoir politique nécessaire pour assouvir ses ambitions financières. Profitant d’une région rurale devenue zone urbaine grâce au nouveau plan d’aménagement du Grand Casablanca, l’ancien député-maire de Had Soualem paraissait d’une efficacité redoutable. Grâce à la complicité de certains techniciens de la commune qu’il soudoyait pour établir des faux procès verbaux concernant plusieurs projets immobiliers, il parvenait à faire faire pression sur les promoteurs de ces projets obligés de payer afin d’obtenir des certificats de conformité.

Lors de son procès, qui a commencé le 28 juin 2018, après plusieurs mois d’instruction, le Parquet a révélé que l’accusé possède 27 biens immobiliers et fonciers, dont 8 au nom de son épouse. Aussi, le montant du compte bancaire de cette dernière s’élève à plus de 4 millions de dirhams. Une importante somme d’argent dont elle n’arrive pas à justifier la provenance. Le moins que l’on puisse dire est que la condamnation judiciaire de l’homme aux 17 milliards est appelée à servir d’exemple pour d’autres élus.

Et les questions que certains commentateurs se posent, c’est comment un élu comme lui a-t-il réussi à revenir dans les élections et à reprendre une commune où il avait été déchu un an auparavant? Et comment le parti de l’Istiqlal s’est-il permis de lui accorder son accréditation pour les doubles élections municipales et législatives? Cela écorne surement la crédibilité du parti et aggrave la méfiance des Marocains vis-à-vis des élus et des hommes politiques.


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