Interview de Abdelkader Zair, secrétaire général de la CDT

"Nous allons recevoir la réponse du gouvernement jeudi matin et si cela nous convient, on signera l'accord le soir"


 

Elu à la tête de la CDT, le 25 novembre 2018, Abdelkader Zair est un syndicaliste pur jus. Dans son discours comme dans son attitude. D’après lui, le gouvernement va envoyer ses réponses jeudi matin à la centrale syndicale. Si tout va bien, un accord peut être signé le même jour dans la soirée.


Maroc Hebdo : A la veille du 1er mai, on essaie de mettre les bouchées doubles pour conclure un accord social. Pourquoi cela a tellement tardé ?
Abdelkader Zair : Avec le gouvernement actuel, le dialogue social n’a pas vraiment bougé. Il était dans un état de blocage que nous, les syndicats, nous ne comprenons pas. Le gouvernement semblait jouer la montre, essayant à chaque fois de gagner un peu plus de temps. Il a fallu que la CDT mène une série de combats, grèves nationales, sectorielles ou autres pour que le gouvernement donne un début de réponse à nos revendications.

Maroc Hebdo : C’est le ministre de l’Intérieur qui mène les discussions avec les syndicats. Vous avez d’ailleurs eu une réunion au ministère mardi 23 avril…
Abdelkader Zair : Après l’échec de l’amorce d’un véritable dialogue social avec le gouvernement, au point même que SM le Roi a appelé dans un discours devant le parlement à institutionnaliser ce dialogue, c’est le ministre de l’Intérieur qui a été chargé de mener des rounds de dialogue avec les centrales syndicales. Je peux dire que son approche a été constructive et a permis d’avoir la hausse des salaires. Restent les autres points en suspens. Lundi 22 avril, nous avons envoyé une lettre au ministre l’informant de nos priorités revendicatives avant la signature de tout accord. Nous avons été appelés, le jour même, à une réunion dans la soirée de mardi 23 avril au siège du ministère… Lors de cette rencontre, nous avons rappelé notre position et ce que nous réclamons et considérons comme revendications légitimes. Les responsables du ministère nous ont promis une réponse dans un délai raisonnable…

Finalement, le chef du gouvernement qui nous a informé mercredi 24 avril que jeudi matin nous allons recevoir les propositions de son cabinet. Si cela nous convient, on se retrouvera au siège de la primature le soir de jeudi pour signer un accord.


Maroc Hebdo : Oui, mais avant cette réunion du 23 avril, le gouvernement a annoncé une hausse des salaires. Vous rejetez cette offre ?
Abdelkader Zair : Un syndicat ne rejette jamais une hausse des salaires. C’est quelque chose de gagné. Nous demandons à ce que cette hausse soit effective à partir du 1er mai 2019. Mais, pour nous à la CDT, il y a des revendications sur lesquelles on ne peut pas transiger. A titre d’exemple, il y a le respect des libertés syndicales. On ne peut pas accepter que des ouvriers, des syndicalistes soient poursuivis dans le cadre du code pénal parce qu’ils ont fait ou appelé à une grève. Et il y a surtout les accords du 26 avril 2011 n’ont pas été exécutés et nous n’avons pas à renégocier les termes de ces accords qui en principe engagent la responsabilité de l’Etat. Nous demandons donc à ce que le gouvernement les applique. C’est un préalable à toute discussion puisqu’il va s’agir d’un signe de bonne foi de sa part.

Maroc Hebdo : Qu’est-ce qui vous garantit que l’accord que vous comptez trouver avec le gouvernement sera cette fois-ci appliqué ?
Abdelkader Zair : Nous demandons à défaut d’une application immédiate de l’accord du 26 avril 2011, un échéancier précis. Le respect des libertés syndicales ne nécessite aucun délai. On jugera dès le jour d’après… La logique syndicale est basique : il faut accepter toute concession, toute mesure positive en faveur des salariés, mais il faut rester vigilants et mobilisés. Si le gouvernement répond favorablement à nos revendications, on signera un accord. Et on verra son application. Il faut que le gouvernement respecte ses engagements. Autrement, la confiance ne sera plus de mise…
 

Maroc Hebdo : Pourquoi il n’y a plus de coordination entre les centrales syndicales qui a été en vigueur pendant le précédent gouvernement ?
Abdelkader Zair : Du temps du précédent gouvernement, on avait élaboré un mécanisme de coordination sachant qu’Abdelilah Benkirane, le chef de l’Exécutif, était maître dans tout ce qui est oral et promesses en l’air mais dès qu’il s’agit de concret, on ne voyait rien venir. La coordination syndicale a donné de la voix à notre action, mais il y en a qui ne veulent pas que cette dynamique se poursuive et se consolide et tout a été fait pour saborder ce processus… Ceci dit, nous restons persuadés au sein de la CDT que face au gouvernement et au patronat, seule une véritable unité d’action syndicale peut faire le poids.

Maroc Hebdo : Vous mettez le gouvernement et le patronat dans le même camp…
Abdelkader Zair : Malheureusement c’est le cas. Le gouvernement depuis des années dit vouloir des syndicats forts. Le patronat répète la même chose. Mais dans les actes, ils font tout pour affaiblir la présence syndicale. L’organisation des ouvriers et des fonctionnaires est combattue aussi bien dans le privé que dans le public. Dans les pays démocratiques, le gouvernement est le garant de l’application des lois et garde la neutralité dans les conflits syndicats-patronat. Ici il est toujours du côté du patronat.


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