Interview de Hind El Achchabi, Présidente du groupe Dalia Développement

"Ce qui me fait le plus souffrir, ce sont les gens qui disent du mal de moi sans me connaître"

A peine libérée, le 10 août 2018, vous voilà empêtrée dans une nouvelle affaire judiciaire. Votre mari, Mohcine Karim-Bennani, vous accuse de lui avoir fait un chèque sans provisions. Comment vivez-vous ces nouveaux tracas?
Je suis totalement bouleversée que mon propre mari et le père de mes filles, Nayla, 3 ans et demi, et Maya, 2 ans et demi, ait pu me faire un coup pareil et me séparer de mes enfants que je prends personnellement en charge, sur une affaire qui n’est pas vraie. Je tiens à vous rappeler que le chèque qu’il a déposé n’est pas un chèque personnel, mais il émane du compte de ma société Dalia Air. C’est aussi un chèque prescrit qui a perdu la protection cambiaire.

Votre avocat soutient que votre mari s’est servi d’un chèque à blanc que vous aviez signé en juillet 2016 pour vous escroquer et qu’il ne s’agit nullement d’une affaire de chèque sans provisions. Que s’est-il exactement passé?
Je peux vous dire que Mohcine Karim- Bennani ne voit même pas ses deux filles, qu’il ne les prend pas en charge. Pire, il ne les a même pas enregistrées dans le registre d’état civil. Que peut-on attendre d’un homme pareil, qui, pour de l’argent, sépare une femme de ses filles en bas âge?

Comment avez-vous vécu cette expérience douloureuse?
J’ai, depuis toujours, faite mienne cette maxime bien de chez nous: «la chose qui ne vous tue pas vous renforce». Convaincue de mon innocence, j’ai affronté avec une force insoupçonnée les diverses épreuves. Aussi bizarre que cela puisse paraître, je n’ai jamais pensé pouvoir avoir une telle force. Mais, en véritable croyante, Dieu a été à chaque fois de mon côté et m’a permis de rester solide, souriante et déterminée à recouvrer ma liberté et mes droits. La seule chose qui me préoccupe actuellement, c’est de pouvoir m’occuper de mes enfants et leur donner tout l’amour qu’ils méritent de ma part. Quand je vois mes enfants heureux, je me considère posséder le monde entier.

Justement, en tant que femme d’affaires, comment avez-vous pu gérer cette situation?
Etre une femme d’affaires nécessite d’abord du caractère. Une certaine idée de soi-même. Même sans problèmes judiciaires, on doit faire face à des tas de contraintes quotidiennes. C’est d’autant plus vrai pour une femme qui dirige une entreprise. Pour mon cas, j’ai eu souvent à faire face à des problèmes, à relever des défis. Ce sont des challenges pour moi. Quitter la prison me donne l’occasion de reprendre ma vie. Comme on dit, la vie continue, les défis aussi!

A travers les épreuves que j’ai vécues, j’ai appris beaucoup de choses. La vie n’a surement pas été facile pour moi, mais quand j’ai été en prison, j’ai eu des codétenues de toutes les catégories sociales. Des femmes et jeunes filles formidables que je respecte et qui ont été d’un soutien moral extraordinaire pour moi. Ces femmes-là m’ont respectée et adoptée, solidaires qu’elles étaient avec moi et étant convaincues que je suis innocente. Ce qui me fait le plus souffrir, ce sont les gens qui disent du mal de moi sans me connaître. Ceux qui m’accusent de tout et de rien juste parce que ma sincérité les dérange. Ou que ma réussite les agace. Personnellement, j’ai horreur de la médisance et je respecte les gens, quel que soit leur statut social. Mes employés sont là pour en témoigner…

Vous êtes toujours mariée avec M. Bennani?
Au vu de la loi, je le suis toujours puisque la justice n’a pas invalidé notre mariage. Devant Dieu, je suis toujours sa femme. Mais ce qu’il m’a fait est indescriptible. Comment ose-t-il me priver de mes enfants? Pendant mon incarcération, il n’est pas allé voir les deux filles, qui vivaient avec la gouvernante. C’est moi qui les prends en charge et paie tout pour elles. Heureusement, ma famille prenait soin de mes filles. Alors que lui, la seule chose qu’il a faite pendant mon incarcération, c’est organiser un grand mariage pour la fille qu’il a d’un précédent mariage. A la même période, un ami à moi a dû reporter la cérémonie de son mariage en disant à mes proches que c’est injuste pour lui de convoler en justes noces alors que moi je croupissais en prison. C’est vous dire qu’il y a des gens qui ont le sens de l’amitié et d’autres qui bafouent tout pour de l’argent.

Vous dites que vos deux filles n’ont pas été inscrites dans le registre de l’état civil…
La première, Nayla, est née aux USA et elle a ses papiers américains. Mais M. Bennani, qui devait l’inscrire sur les registres de l’état civil marocain, ne l’a pas fait. J’étais décidée à m’en occuper après la naissance de ma deuxième fille, mais, quelques jours après l’accouchement, j’ai été incarcérée… Une fois ces problèmes terminés, je m’en chargerai si Dieu le veut. Ce que je désire maintenant, c’est tourner la page. M’occuper de mes enfants et reprendre mes activités professionnelles. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un mari qui me soutient et me dorlote. Mais la vie n’est pas liée uniquement à l’existence ou non d’un homme. La femme est capable d’affronter les difficultés de quelque nature que ce soit. La Marocaine en particulier est exceptionnelle.

Sur quels plans?
Sur tous les plans. Je parle en connaissance de cause, moi qui ai eu la chance de voyager partout dans le monde. J’ai rencontré des femmes marocaines formidables qui vous donnent envie d’aimer votre pays et d’agir pour le servir. C’est d’ailleurs mon credo, moi qui aime follement mon pays. Je ne suis heureuse que lorsque je vois les gens qui m’entourent heureux, qu’ils soient des amis, des proches ou mes employés. Je déteste l’injustice en général et quand elle frappe une femme j’en suis révoltée. La femme mérite le respect et la considération et non l’humiliation.
J’avais lancé un magazine féminin, Illi. A aucun moment je n’ai demandé à la rédaction d’écrire sur ma personne et sur ce que je fais. Pour moi, c’est une voix au service des femmes. Je suis une femme au grand coeur mais je ne baisse jamais les bras dès qu’il s’agit de défendre mes droits ou de venir en aide à ceux et à celles qui ont besoin de mon soutien. C’est la conception que je me fais de la vie. Autrement, à quoi bon?

Certaines personnes ont rapporté qu’après votre libération en août, vous avez séjourné pendant deux mois dans un palace et que vous y avez organisé des fêtes à n’en plus finir, et d’ajouter que des personnalités juives avaient réglé la facture…
Je reçois des coups de partout pour une raison que j’ignore. D’abord, en sortant de prison, j’ai ramené ma famille dans un hôtel pour passer ensemble un petit moment de détente et de plaisir. A ma connaissance, rien ne m’interdit cela. Et puis, si toute famille qui décide de passer quelques jours dans un hôtel se sent épiée, c’est grave… Ensuite, j’aime passer des vacances ou des week-ends dans des palaces. Où est le mal? Je suis une professionnelle du voyage, non? Quant aux personnalités juives ou chrétiennes qui paient la facture, c’est insensé. Je n’ai besoin de personne pour me payer les frais d’un séjour, que ce soit au Maroc ou à l’étranger.

Et pourquoi avoir organisé une soirée féérique à Dar Bouazza, non loin de Casablanca?
C’est encore de la méchanceté gratuite de certaines personnes. Quand j’ai été libérée, une association que j’ai sponsorisée pendant des années a décidé de me rendre hommage pour me remercier et témoigner sa solidarité avec moi. Les responsables de l’association m’ont contactée et ont contacté également certaines des agences et sociétés avec lesquelles j’avais l’habitude de travailler. Toutes ont répondu présent et la soirée n’était pas féérique mais une belle soirée bien réussie qui ne m’a coûté aucun sou. Ce sont les partenaires et les sponsors de l’association qui ont pris en charge cette soirée. Pour l’anecdote, je ne sais même pas comment me rendre à Dar Bouazza… Ceci pour vous dire que tous mes faits et gestes sont suivis et interprétés de façon à me porter préjudice.

Avez-vous l’impression que c’est la personne de Hind El Achchabi qu’on vise?
Absolument pas! C’est une affaire purement personnelle. Et depuis le lundi 4 mars 2019, jour de ma remise en liberté, j’ai entamé une procédure judiciaire contre mon mari. C’est une cause légale. J’ai entièrement confiance en la justice marocaine. Je sais que j’aurai, tôt ou tard, gain de cause.

Vous avez reçu, suite à votre condamnation, de nombreux messages de soutien. Qu’est-ce que cela suscite en vous?
Je remercie toutes les femmes marocaines envers qui j’ai beaucoup de respect. La femme marocaine est juste exceptionnelle.

En tant que femme d’affaires marocaine, quels seront vos futurs projets, vos ambitions, vos rêves…?
En tant que femme d’affaires, j’ai toujours les mêmes rêves et ambitions. Etre cloîtrée entre quatre murs ne m’a jamais empêchée de rêver ni de concrétiser mes ambitions.

Pour vous, que représente la femme marocaine?
Un symbole, un idéal! J’aimerais passer un message à toutes les femmes marocaines qui ont milité et qui continuent de se battre quotidiennement pour obtenir leurs droits les plus légitimes. Je souhaite leur rendre un grand hommage...

Propos recueillis par ASMAE HASSANI


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