Jamal Ba-Amer, le ruineur de la Samir


CONTRÔLE JUDICIAIRE


Les biens de Mohamed Jamal Ba-Amer, directeur général de la Samir, sont officiellement en liquidation. Un homme d’affaires dont les micmacs de gestion ont précipité le naufrage de la raffinerie.

Global Finance Holding. C’est une société à responsabilité limitée très peu connue au bataillon, officiellement domiciliée à Tanger. Cette société de participations n’aurait jamais intéressé quiconque n’eût-été la qualité de son unique actionnaire, Jamal Ba-Amer, directeur général depuis juin 2004 de la Société anonyme marocaine de l’industrie du raffinage (Samir), l’unique raffinerie du pays, en liquidation judiciaire. Cette holding devrait passer, depuis le 5 novembre 2018, sous le giron de l’autorité judiciaire. Le tribunal de commerce de Casablanca prononce la liquidation judiciaire de la Samir puis l’extension de la liquidation aux biens des membres du conseil d’administration.

Depuis août 2015, date de cessation de l’activité de la raffinerie, Jamal Ba-Amer et son compatriote, principal actionnaire, le milliardaire saoudien Mohammed Al-Amoudi, atermoient dans le but de gagner plus de temps. Si le premier se fait discret, peut-être pour ne pas s’attirer les foudres des contrôleurs du fisc, le second, lui, promet tantôt et menace tantôt, avant de disparaître pour quelque temps. Les deux n’ont jamais mis la main à la poche pour injecter dans les caisses du raffineur de Mohammedia les milliards de dirhams promis…

En vérité, Jamal Ba-Amer s’est retrouvé dans une situation inextricable et moins enviable que celle d’Al-Amoudi. Il a construit au Maroc une holding privée, avec la volonté manifeste d’en générer des profits importants à court terme.
En témoigne la pléiade d’entreprises créées par Jamal Ba-Amer au cours de la décennie 2000. Des entreprises qui évoluent dans le luxe (Majestic Lux product, représentation de la marque Chopard), dans l’immobilier (Assala Estate, Interfaces Immobilières, Tahnaout Development), dans le tourisme (Britannic Hotels) en passant par la location de voiture de luxe (Majestic Limousines et Majestic Easy Cars), ainsi qu’un établissement d’apprentissage de l’anglais (Best language/Wall Street Institute).

Flagrant délit d’initié
Ba-Amer s’est également intéressé au monde de la presse et des médias, en rachetant en 2011 le mensuel féminin Citadine, en le rattachant à la société El Kandil Editions. La publication ne durera pas plus de quelques mois avant de disparaître. Ces entreprises étaient fournisseurs de la Samir et facturaient pour des montants faramineux. Personne ne contestait le montant des marchés passés car à la tête du client et du fournisseur, un seul manager en situation de flagrant délit d’initié. Et même quand la situation financière de la Samir s’enlisait et les dettes s’accumulaient autant sur les marchés nationaux et internationaux pour alimenter la trésorerie, les sociétés de Ba-Amer ne connaissaient pas de crise.

Pour ne citer que cet exemple, la société Best Language, qui opère au Maroc sous la marque Wall Street Institute, a réalisé en 2014 des bénéfices de 2,568 millions de dirhams au moment où la Samir sombrait dans des difficultés financières et affichait des déficits. Elu président de l’association panafricaine de l’industrie pétrolière même après la liquidation de la Samir, l’homme d’affaires saoudien a fait appel de la décision de justice, qui reste tout de même exécutoire.

Ce qu’il faut espérer, c’est que ses biens «engraissés» depuis de longues années ne soient pas vendus pendant le procès de liquidation de la Samir, sachant qu’en 2015, l’Office des changes avait décidé de soumettre au contrôle toutes les opérations de transferts de fonds émanant des entreprises lui appartenant.

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