LA FRANCE S'INQUIÈTE

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Quand la France officielle rend visite à l’Algérie  officielle: ce pourrait être le résumé de la  visite éclair de François Hollande à Abdelaziz  Bouteflika, dans l’après-midi du lundi 15 juin  2015. Il n’y avait pourtant rien d’urgent à  régler entre les deux pays. Le chef d’Etat français  s’en est expliqué après une rencontre  de plus de deux heures avec le président  algérien. Il a ainsi précisé que celle-ci a permis de faire une  évaluation de la coopération bilatérale après sa visite d’Etat,  en décembre 2012. Il a aussi expliqué qu’il faut désormais se  tourner vers l’avenir, porté en particulier par «la jeunesse algérienne,  bien éduquée et bien formée, dont nous voulons qu’elle  puisse avoir cette espérance de travail et de réussite». Dans cette  même ligne, les obstacles qui entravaient la circulation des  personnes, de manière excessive, ont été pour l’essentiel levés  avec quelque 350.000 visas en moyenne par an.


Mais l’économie figurait en bonne place dans les entretiens  officiels. Le partenariat stratégique scellé à la fin 2012, même  s’il a enregistré des avancées, reste encore à consolider dans  de nombreux secteurs. La France a perdu son rang de premier  fournisseur depuis 2013, supplantée par la Chine; elle s’emploie  à retrouver sa place traditionnelle durant des décennies. Paris  est le deuxième partenaire commercial avec des échanges de  10.5 milliards d’euros en 2014. Elle exporte surtout des céréales,  des médicaments et des voitures. Plus de 450 entreprises sont  installées en Algérie dont des PME mais aussi des grands groupes  comme Alstom, Lafarge, Danone, Renault, Suez et Sanofi.


Certificat de capacité
Reste la place de la politique dans ce déplacement de François  Hollande. Comment ne pas voir que, suivant sa méthode et  son inclination personnelle, il a voulu «sentir» les choses, telles  qu’elles se présentent aujourd’hui en Algérie et selon le prisme  de ce pays dans l’espace régional. Sur le premier point, l’état  de santé de M. Bouteflika pèse évidemment de tout son poids.  M. Hollande a tenu à relever qu’il n’était pas médecin et qu’il  n’était pas à Alger pour délivrer un diagnostic. Les téléspectateurs  ont eu droit à quelques images d’un président sur son  fauteuil roulant, saluant chaleureusement son hôte, prenant  un mouchoir et prononçant quelques mots. Pas plus. Une  séquence furtive qui a autorisé le président français à délivrer  ensuite, lors de sa conférence de presse, un certificat de capacité:  «Le président algérien, a-t-il déclaré alors, a fait preuve  d’une grande maîtrise intellectuelle et d’une rare alacrité».  Pour autant, l’après-Bouteflika relève-t-il de l’impensé? Rien  n’est moins sûr. Paris est attachée à la stabilité d’une transition  jugée inévitable dans un avenir proche et prévisible. Personne  ne croit sérieusement que la présente situation puisse perdurer  jusqu’à la fin du quatrième mandat actuel de Bouteflika en avril  2019. Cette approche est partagée par toutes les chancelleries,  surtout celles occidentales.


Voilà qui explique pourquoi le président français a décidé  de faire une sorte de tour-de-table exploratoire en recevant,  outre le Premier ministre, Abdelmalek Sellal; Ahmed Ouyahia,  directeur du cabinet présidentiel et nouveau dirigeant porté à  la tête du parti RND; ainsi que Abdelkader Bensalah, président  du Conseil de la nation (Sénat), constitutionnellement investi  de la charge de l’intérim de la magistrature suprême en cas de  vacance de la fonction de son titulaire actuel.


Le chaudron malien
Dans l’espace régional, les préoccupations françaises ne sont  pas moins importantes, tant s’en faut. Le souci de Paris est  de voir si ce régime, pratiquement en pilotage automatique  au-dedans, est en mesure de s’engager cependant davantage  dans la lutte antiterroriste, notamment au Nord-Mali et en  Libye. Alger a pu, laborieusement il est vrai, faire parapher, le  14 mai 2015, un accord avec tous les protagonistes impliqués  dans le chaudron malien –il reste à le signer officiellement le  20 juin courant, à Bamako, avec la participation des rebelles de  l’Awazad. Si Bouteflika a bien donné son autorisation au survol  de l’espace aérien de son pays, voici deux ans, aux avions français,  contre l’avis de la hiérarchie militaire, il est exclu qu’il y ait  un engagement d’un contingent de l’armée algérienne hors  des frontières, au Nord-Mali ou ailleurs. Ce serait contraire à la  Constitution et à la doctrine officielle de l’ANP.


Autre dossier tout aussi sensible et complexe: que faire face au  chaos libyen? Comment oeuvrer en commun pour tenter d’amener  les factions libyennes à s’entendre afin de former un gouvernement  d’union nationale à même de ramener la stabilité et la  sécurité? Si un rapprochement inter-libyen paraît se faire dans  le cadre des rencontres tenues par les protagonistes à Skhirat,  au Maroc, il reste à finaliser les conditions et les modalités d’une  solution politique acceptable.  Une visite de courtoisie donc, de compassion pour certains; de  realpolitik, en tout cas, qui se double d’un appui ostentatoire au  «système» en place.


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