LA MISSION EST-ELLE POSSIBLE ?

Abdellatif Mansour

La réforme de l’enseignement toujours à l’ordre du jour


Depuis l’indépendance il y a eu 14 projets de réforme et d’échecs. Des générations de décalés en ont fait les frais.

L’état des lieux du système éducatif est archi-connu des différents intervenants dans le secteur. Les diagnostics ont également été ressassés à l’envi, souvent à contre-coeur, avec un timbre désabusé. Pour cette rentrée de l’actuelle saison scolaire et universitaire, il fallait juste présenter une procédure de mise en oeuvre pour qu’enfin on passe à la réalisation d’une longue file de voeux pieux jamais concrétisés.

Les différentes étapes ont été spécifiées, les zones de difficultés identifiées et les coûts définitivement arrêtés, accompagnés d’un contrôle adéquat des dépenses des deniers publics. La formation professionnelle est du voyage ainsi que la recherche scientifique. Un vaste programme pour l’un des chantiers les plus complexes et les plus difficiles à mener à son terme, avec des résultats positifs à la clé. C’était précisément l’unique sujet à l’ordre du jour de la séance de travail présidée par S.M. Mohammed VI, le lundi 17 septembre 2018, au palais royal de Rabat.

Toutes ces questions à dimensions multiples ont été passées en revue. La pratique a conclu que plus un pareil problème est bien présenté dans tous ses aspects, plus on se demande pourquoi on n’a pas fait en sorte pour qu’il soit concrètement réalisé. Comment se fait-il qu’un secteur, certes primordial qui engloutit un quart du budget de l’État, résiste à toutes les tentatives de réforme? L’école publique est-elle à ce point irréformable dans son fonctionnement et son contenu?

Après son examen probatoire en présence de S.M. le Roi, Saïd Amzazi, ministre fraîchement désigné, devra répondre à toutes ces questions fondamentales, revoir l’échelonnement des problèmes et proposer des solutions à grand degré de faisabilité.

C’est précisément à ce niveau que tout se détraque. Les poches de résistance s’avèrent plus fortes que la volonté de réforme de l’institution scolaire et universitaire.
Dans ce genre de réaction négative, ce n’est certainement pas le fait des parents, tant s’en faut. Reste l’administration et les enseignants. Quitte à s’attirer les foudres de tout un corps de métier, il reste néanmoins une administration par trop administrative et des enseignants qui ne sont pas vraiment intéressés par une incitation à la recherche. À titre de comparaison, dans le système anglo-saxon, les publications scientifiques dans les revues spécialisées tout autant que l’encadrement des recherches en cours des étudiants font partie des engagements des enseignants. À ce niveau aussi, il y a lieu de réformer.

La réforme, voilà un vocable magique qui a accompagné des décennies et des générations. Quelques chiffres pour matérialiser le propos. Depuis 1960, 32 ministres se sont succédé à la tête de ce ministère; soit un ministre tous les 22 mois et demi. Parallèlement à cette valse à donner le tournis, il y a eu 14 projets de réforme, soit un projet tous les 4 ans.

Qui incriminer, la réticence d’un secteur réputé irréformable ou un manque de volonté politique? Les deux sont à prendre en compte. C’est à ce chantier que M. Amzazi devra s’atteler durant son mandat. Il rentrera de plain pied dans l’histoire du système éducatif national, là où la longue lignée de ses prédécesseurs ont échoué. Après de longues années de recherche et de mise à l’essai, il y a de fortes chances pour que Said Amzazi soit l’homme qu’il faut pour relever un défi qui a toujours accompagné le Maroc contemporain. Son franc parler et sa fréquentation du milieu enseignant lui seront d’une grande aide pour une mission où il faudra innover et persévérer

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