LA PASIONARIA APPRIVOISÉE

Nabila Mounib Nabila Mounib

Dans un paysage politique sclérosé,  Nabila Mounib étonne. Et détonne.  Son franc-parler, sa verve font d’elle  la nouvelle star de la gauche. Il faut  dire qu’elle n’hésite, souvent, pas  à asséner ses quatre vérités, quitte  à contrevenir, parfois, à la bienséance politique.  «C’est un vrai rouleau compresseur, elle n’a pas  froid aux yeux», relève un observateur. Mais qui est  donc la secrétaire générale du Parti socialiste unifié  (PSU)? Depuis le déclenchement de la crise marocosuédoise,  c’est elle que l’on met en avant. Une sorte  de caution morale, alors que l’affaire du Sahara  traverse des heures troubles. Le roi Mohammed VI  l’aurait personnellement convaincue d’entrer en  première ligne (lire par ailleurs). Pour autant, elle  n’en garde pas moins les pieds sur terre. D’autres  qu’elle auraient, sans doute, été grisés.


Racines prolétaires
Née en 1960 à Casablanca, Mme Mounib ne pouvait,  par les racines prolétaires de la ville blanche, qu’être  de gauche. Son destin en était, en quelque sorte,  scellé. C’est en 1985 qu’elle franchit le pas.  A l’époque, les révolutionnaires en herbe se  bousculent au portillon pour rejoindre l’Union  socialiste des forces populaires (USFP) ou le Parti  du progrès du socialisme (PPS), voire, pour les plus  radicaux, l’action clandestine. Elle choisit, plutôt,  de rallier l’Organisation de l’action démocratique  et populaire (OADP). Le parti, que vient, à l’époque,  de fonder l’ancien résistant et dirigeant de l’Armée  de libération nationale (ALN), Mohamed Bensaïd Aït  Idder, ne pèse, alors, pas grand chose sur l’échiquier  politique national. Mais, symboliquement, son  importance est de taille: il fera d’ailleurs, avec les  autres formations issues du Mouvement national,  parti de la fameuse “Koutla”.


La candidate idéale
Doucement, mais sûrement, Mme Mounib continue  de gravir les marches. Après un doctorat dans la ville  de Montpellier, en France, elle revient dans sa ville  natale enseigner la biologie et l’endocrinologie à  l’université Hassan II, à la faculté des sciences Aïn  Chock. En même temps, elle devient membre active  du Syndicat national de l’enseignement supérieur  (SNESup), dont elle finira, d’ailleurs, par occuper le  secrétariat général à Casablanca. Par ailleurs, elle  milite, aussi, au sein de l’OLIE, une organisation  dédiée à la défense des libertés d’information et  d’expression. En 2002, l’OADP fusionne, avec plusieurs  petits partis de gauche, au sein de la Gauche socialiste  unifiée (GSU), renommée, en 2005, PSU. Mme Mounib  est, dès lors, considérée comme une des figures clés  du bureau politique.


En 2012, à l’heure où Mohamed Moujahid s’apprête  à passer le témoin, c’est Mohamed Sassi, l’ancien  secrétaire général de la jeunesse de l’USFP (la chabiba  ittihadia), qui est pressenti pour lui succéder en tant que secrétaire général. Mais M.  Sassi préfère, pour des raisons  demeurées, encore, inconnues,  passer la main. En toute logique,  Mme Mounib est perçue comme la  candidate idéale. Au IVe congrès,  elle est élue à une écrasante  majorité.


Au-delà des espérances
Depuis, bon gré, malgré, le PSU,  et plus largement la Fédération  de la gauche démocratique (FGD),  semble avoir gagné une nouvelle  notoriété avec elle. C’est dire qu’en  plus de son projet de société, le  parti avait également besoin d’une  personnalité de son envergure pour  le défendre en première ligne. Près  de quatre ans après son élection,  on peut déjà, à ce titre, déceler  une touche Mounib.


D’abord, elle a ajouté un soupçon  de «sensibilité», si l’on ose dire, au  PSU. Tout le monde se souvient,  ainsi, des larmes qu’elle avait  laissé couler, quelques mois  après son élection, sur les  antennes d’une radio nationale,  en raison de l’emprisonnement  d’un certain nombre de militants  du Mouvement du 20-Février,  que le PSU était l’un des rares  partis nationaux à accueillir dans  ses locaux pendant la vague de  contestation au Maroc en 2011.  Mme Mounib n’en garde pas  moins un caractère bien trempé  –ou plutôt «entier», préfèrent dire  ses proches.


Et puis, avant, le PSU rechignait  même à l’idée de prendre part aux  rendez-vous électoraux nationaux,  qu’ils soient communaux, comme  en 2009, ou législatifs, comme en  2011.  Aux élections communales et  régionales de début septembre  2015, cependant, le parti a, cette  fois-ci, accepté de participer. Et il faut bien relever qu’au vu des  moyens financiers négligeables  dont il disposait, tout porte à croire  que ses résultats ont dépassé, et  de loin, les espérances.  Au lendemain des élections, Mme  Mounib avait déclaré à Maroc  Hebdo que le premier objectif  de la FGD était, d’abord, de faire  connaître la fédération auprès de  l’électorat marocain.


Un nouveau style
Au final, celle-ci s’est retrouvée  avec 333 sièges, terminant, ainsi,  neuvième du scrutin. Notamment,  dans la capitale, Rabat, dans  l’arrondissement d’Agdal-Riad,  la liste FGD, emmenée par Omar  Balafrej, le directeur général du  Technopark de Casablanca, est  arrivée deuxième, avec neuf sièges,  derrière le Parti de la justice et du  développement (PJD, 17 sièges).  Dans la commune de Bouarfa,  dans la province de Figuig, la FGD  a même remporté la majorité  absolue, avec 19 sièges sur 28.  Petite déception, cependant, au  passage: Mme Mounib, qui s’était  présentée dans l’arrondissement  de Sidi Belyout, dans la préfecture  de Casablanca, n’a pas été élue.  Néanmoins, elle n’en avait pas  moins recueilli un large élan de  sympathie, surtout que l’un de ses  adversaires, l’ancien ministre de  la Jeunesse et des Sports Moncef  Belkhayat, du Rassemblement  national des indépendants (RNI),  avait ramené sa candidature à  sa condition de femme, en la  qualifiant, sur le réseau social  Twitter, de «classe».


Réponse de Mme Mounib? Aucune.  Sans doute qu’ironiquement,  M. Belkhayat avait bien raison  de relever sa classe. En tout  cas, c’est bien un style que la  nouvelle pasionaria marocaine  est en train d’imprimer  dans les rangs de la gauche.  Et surtout, une façon nouvelle de  faire de la politique.


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