Lachgar ne baisse pas les bras


Les socialistes sont-ils condamnés à jouerles seconds rôles ?


Il y a bien longtemps qu’on ne donne  plus vraiment cher de la peau de  l’Union socialiste des forces populaires  (USFP). Au moins depuis 2002.  Cette année-là le parti de la rose arrivait  pour la deuxième fois consécutive en  tête des élections législatives. Certes, il  n’obtenait que 50 sièges à la chambre des représentants, chambre basse du  parlement, contre 57 cinq ans auparavant,  en 1997, lors du précédent scrutin.  Mais en tout logique, on s’attendait à ce  que son premier secrétaire, Abderrahmane  Youssoufi, qui dirigeait à l’époque  le gouvernement dit d’“alternance” depuis  1998, soit prolongé. Cependant, à  la surprise générale, c’est son ministre  de l’Intérieur, Driss Jettou, un technocrate  sans étiquette partisane, qui est  désigné.


Même M. Youssoufi est pris de court.  Ce dernier révèle dans un livre en  langue arabe que lui avait consacré en  2014 le journaliste Mohamed Ettayea,  Abderrahmane Youssoufi et l’alternance  démocratique “avortée” (traduit  en langue française en octobre 2015 aux éditions TelQuel Media sous le titre  Abderrahmane Youssoufi & les dessous  de l’alternance), qu’il a appris son remerciement  au palais royal de la capitale,  Rabat, alors qu’il s’y était rendu en  croyant qu’il allait être chargé de former  un nouveau gouvernement.


Nouvelle scission
L’USFP ne rentre pour autant pas dans  l’opposition. Six ministres la représentent  dans le gouvernement Jettou,  en sus d’un ministre délégué et d’un  secrétaire d’Etat. Une décision que M.  Youssoufi justifiera quelques mois plus  tard, en 2003, dans la capitale de la Belgique,  Bruxelles, par “la possibilité de la  transition démocratique par la voie du  consensus”. Elle s’avérera désastreuse. Au fil des législatives en effet, l’USFP  dégringole lentement mais sûrement.  En 2007, elle perd douze sièges et devient  le cinquième parti seulement du  pays. Quatre ans plus tard, en 2011, elle  reprend un siège mais entre-temps, le  nombre de députés est passé à 395 au  lieu de 325.


Ce qui signifie qu’en termes relatifs,  elle ne contrôle plus qu’un dixième de  la chambre des représentants. Du jamais-  vu depuis 1977 -encore qu’il  s’agissait à l’époque de sa première participation  depuis sa scission deux ans  plus tôt, en 1975, de l’Union nationale  des forces populaires (UNFP) et que le  ministère de l’Intérieur, dirigé alors par  Mohamed Benhima, avait pipé les dés  en faveur des candidats indépendants,  constitués dans la foulée en parti sous  le nom du Rassemblement national des  indépendants (RNI).


Renverser la vapeur
Aux prochaines législatives prévues le 7  octobre 2016, l’USFP risque même de  se retrouver sans groupe parlementaire,  c’est-à-dire avec moins de 20 députés.  Il faut dire que de nombreux élus du  parti ont mis les voiles ailleurs depuis  l’élection à sa tête en 2012, lors du IXe  congrès, de Driss Lachgar, à qui il est  reproché d’avoir refusé de reconnaître  dans les statuts qu’il avait fait adopter  en 2013 l’existence de courants. Une  partie des dissidents avait même créé  en mai 2016 une nouvelle formation,  Alternative démocratique (AD), dont le  dossier a finalement été rejeté par le  ministère de l’Intérieur au motif de non  conformité avec la loi organique relative  aux partis politiques. Le nombre de  membres aurait été insuffisant.


Beaucoup, à l’instar du député Ali Doumou,  se présentent cependant sous la  liquette du Parti du progrès et du socialisme  (PPS), également de gauche.  L’USFP se trouve aussi désormais  concurrencé par la Fédération de la  gauche démocratique (FGD), que les  élections communales et régionales  de septembre 2015 avaient installée  comme neuvième force politique du  pays, et même le Parti authenticité et  modernité (PAM), surtout depuis son IIIe congrès national, en janvier 2016,  qui avait amené au poste de secrétaire  général le président de la région Tanger-  Tétouan-Al-Hoceïma, Ilyas Elomari,  ancien militant marxiste-léniniste.


C’est dire si M. Lachgar aura fort à faire.  Parviendra-t-il à renverser la vapeur? Le  programme présenté le 16 septembre  2016 par le parti est en tout cas ambitieux.  M. Lachgar le qualifie surtout  de “réaliste et réalisable”. Il promet pas  moins de 5,5% de croissance moyenne  du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2021.  A titre de comparaison, celle-ci devrait  se limiter cette année 2016 d’après  le Haut-Commissariat au plan (HCP)  à 1,3% seulement.


“Il ne s’agit pas de  passer tout de suite de 2 à 5,5%, c’est  la trajectoire qui est importante”, a toutefois  précisé le président du Conseil  marocain de conjoncture (CMC), Tarik  El Malki, invité à s’exprimer sur les colonnes  du quotidien L’Économiste sur  le programme économique de l’USFP,  dont il a coordonné les travaux d’élaboration.  Le parti socialiste vise également  à réduire le taux de chômage  à 8%, créer 150.000 emplois par an et  augmenter de 20% le revenu moyen par  habitant.


Des indicateurs qui se sont nettement  détériorés sous le gouvernement PJD  (Parti de la justice et du développement)  de Abdelilah Benkirane, comme  l’a rappelé M. Lachgar.


Réseau associatif
“La réalisation de ces objectifs passe  par la rationalisation des dépenses en  vue d’une meilleure efficacité de l’intervention  du gouvernement, le lancement  d’un dialogue national pour asseoir une  réforme réelle du régime de compensation  et de l’arsenal des aides publiques,  outre l’adoption d’une politique basée  sur la justice spatiale à travers une répartition  optimale et responsable de l’investissement public entre les régions,  le renforcement des mécanismes  de lutte contre l’évasion fiscale et l’amélioration  de la qualité de production  pour booster l’offre en exportations”,  explique-t-il dans des propos rapportés  par l’agence de presse nationale, la Maghreb  arabe presse (MAP).


Une alliance impossible
Toutefois, l’USFP ne devrait certainement  pas être amené à jouer les premiers  rôles au scrutin comme peut le  penser le baromètre politique réalisé en  février et mars 2016 par le réseau associatif  Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI)  et l’institut d’études de marché Averty,  lequel n’avait même pas évoqué le nom  de M. Lachgar comme potentiel chef de  gouvernement. Tout au plus peut-elle  espérer faire figure de parti d’appoint.


Dans quelle majorité cela dit? Le PAM,  favori avec le PJD à la victoire, semble  pour l’heure le plus susceptible de la rallier.  M. Lachgar le qualifiait à cet égard  lors d’une rencontre-débat organisée le  20 septembre 2016 par le mouvement  Damir dans la ville de Casablanca de  formation “la plus proche” de la sienne.  Les bureaux politiques des deux partis  avaient d’ailleurs publié suite à une réunion  conjointe en février 2016 un communiqué  ouvrant largement la voie à  cette possibilité.


Une alliance avec les islamistes  semble en outre exclue. En 2011  déjà, l’USFP avait décliné la proposition  de M. Benkirane de former avec lui son  gouvernement. Néanmoins, il faut rappeler  que M. Lachgar avait en 2008 été  le premier à défendre dans l’hebdomadaire  TelQuel l’idée d’une coalition avec  le parti de la lampe dans le cadre d’une  “Koutla” (bloc, en arabe) historique.  Une option à laquelle il pourrait très  bien revenir.


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