L'ADDITION DE L'ADDICTION

Abdellatif Mansour

AUCUNE STRUCTURE PSYCHIATRIQUE ADÉQUATE N’EST PRÉVUE POUR LES CONSOMMATEURS DES PSYCHOTROPES.

Le Maroc est-il en bonne santé? Il ne s’agit ni de thermomètre politique, ni de tablettes chiffrées à caractère économique. D’autres registres d’intervention s’en dédouanent volontiers, sans pour autant en avoir l’exclusivité. Il est question dans ce propos de santé physique et mentale; et de ses répercussions à dimensions multiples. Un réseau associatif, qui a choisi pour thème de militance le droit à la santé, le droit à la vie, vient de réaliser une sorte de check-up axé sur la pathologie médicale de la société marocaine. En clair, une classification des maladies les plus répandues dans nos villes et campagnes. Il en ressort un tableau bien fourni où les troubles psychologiques, voire psychiatriques, trônent en tête de ce classement. On y reviendra après un regard rapide sur les autres atteintes à l’équilibre sanitaire de la personne.

Plus de 18% des Marocains sont porteurs de maladies chroniques; soit 6 millions 120 mille directement concernés dans une population de 34 millions d’âmes statistiquement avérées. Rien que ce décompte maladif et global renseigne déjà sur l’étendue du mal. C’est d’autant plus inquiétant que la population référence de l’échantillonnage n’a pris en compte que les âgés de 18 ans, pas plus. Autrement dit, la fleur de l’âge porteuse de tous les espoirs d’un lendemain meilleur; ne serait pas physiquement saine. Ils sont 1 million de Marocains à être diabétiques, dont 15 mille enfants. De même que 52 mille de nos compatriotes sont porteurs d’un cancer.

La liste n’est évidemment pas exhaustive. On touche le sommet avec les addictions. La gamme est tristement riche et variée. Elle a du mal à être couverte par des formules lapidaires tels les troubles de la personnalité, le comportement anti-social, ou le manque de remords qui peut susciter des actes criminels. Les médicaments généralement prescrits par les psychiatres et les psychologues sont connus sous le vocable de psychotropes. Une substance à haute teneur d’accoutumance. Lorsqu’on se hasarde à s’y essayer, on ne peut plus s’en passer. Le piège se referme. Le paradis promis se transforme en descente aux enfers. Ces comprimés diaboliques ne sont pas livrés que par les pharmaciens sur présentation d’une ordonnance médicale. Ils le sont aussi et surtout quasiment sur le trottoir, devant les collèges et les lycées. Les dealers professionnels ne se cachent même plus. La tranche d’âge ciblée est de plus en plus jeune. Une déperdition scolaire d’un autre type. L’effet de ces capsules sur le système nerveux est ravageur.

Aucune structure publique adéquate n’est prévue pour désintoxiquer les victimes. Ces dernières sont pratiquement livrées à elles même. À Casablanca par exemple, l’unique centre spécialisé n’est accessible qu’au prix de 500 dirhams -jour. Les internés sont libres de partir ou de rester sans un minimum de contrainte. Quant au fameux pavillon 36 psychiatrique de l’hôpital Ibnou Rochd, on en sort dans un état pire qu’à l’admission. Reste le filet familial de solidarité et de sauvetage. Ce filet-là est usé et épuisé. La facture de cette médication totalement importée est salée. Elle revient à plus de 70 milliards. La mafia marocaine a ainsi trouvé un véritable filon. Elle n’est pas prête à lâcher le morceau.

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