Laenser sur la sellette

Laenser-maroc-hebdo Les dirigeants du MP, Mohamed Fadili, Mohand Laenser, Saïd Ameskane et Mohamed Moubdie.

Le Mouvement populaire au bord de l’implosion


FRONDE. Malgré l’interdiction par le ministère de l’Intérieur, le “courant de redressement” du Mouvement populaire n’a pas encore renoncé à la tenue de son congrès extraordinaire. Le secrétaire général du parti, Mohand Laenser, n’a jamais été aussi contesté.

Il aura donc fallu tout le précieux  concours du ministère  de l’Intérieur pour éviter le  sort peu glorieux d’une déposition  en bonne et due forme  au secrétaire général du Mouvement  populaire (MP), Mohand  Laenser. Ce dernier n’en est d’ailleurs  pas passé bien loin. C’est ce  dimanche 25 octobre 2015 que la  ville de Harhoura, dans la nouvelle  région de Rabat-Salé-Kénitra, devait  accueillir un congrès extraordinaire  du parti de l’épi. Avec, comme principal  mot d’ordre, l’élection d’un nouveau secrétaire général. Des  militants de l’ensemble du territoire  marocain avaient massivement  répondu présent à l’appel  de Said Oulbacha. Celui dont on  se souvient surtout pour son passage  en tant que secrétaire d’Etat  chargé de la Formation professionnelle  dans le gouvernement Driss  Jettou est en effet depuis le début  à la tête de la fronde contre M.  Laenser.


C’est lui qui, à ce titre, a réussi à  convaincre les membres du conseil  national d’organiser le congrès de Harhoura, bien qu’il ait laissé à  Ouzzine Aherdane, le fils du fondateur  historique du MP, Mahjoubi  Aherdane, le soin de présider la  commission préparatoire. Même  l’ambassadeur de Russie, Valeriy  Vorobiev, avait accepté de se  déplacer depuis la capitale, Rabat,  à Harhoura. C’était, cependant,  sans compter sur l’intervention à  la dernière minute du ministère de  l’Intérieur, qui a tout simplement  bloqué la tenue du congrès, donnant  ainsi raison à M. Laenser.


Le département dirigé par Mohamed  Hassad a notamment invoqué  le règlement intérieur de la formation,  qui ne permet pas, pour le  moins, des “putschs” à l’avenant.  Sauf que d’après M. Oulbacha,  le ministère aurait dû s’appuyer,  plutôt, sur les statuts. Ceux-ci permettraient,  en effet, à ses yeux, de  pouvoir tenir un congrès extraordinaire  dès lors que les deux tiers  du conseil national, qui fait figure  de sorte de parlement du parti, en  décident.


Le doyen des chefs de parti
“Ce n’est pas de sitôt que nous  allons renoncer”, avance, déjà,  avec une pointe de défi dans la  voix, M. Oulbacha. C’est dire que  M. Laenser n’est pas encore sorti  d’affaire. Il pourrait même, si la  contestation ne faiblit pas, bien  être obligé d’abandonner une fonction  qu’il occupe sans discontinuer  depuis 1986. C’est même, à l’heure  actuelle, le doyen des chefs de parti marocains. “M. Laenser avait  promis, au congrès de 2010, qu’il  s’agirait de son dernier mandat”,  nous confie une source au sein du  bureau politique, elle aussi acquise  à M. Oulbacha, mais qui préfère  témoigner sous le sceau de l’anonymat.  “Or voilà que mi-2014, non  seulement il se présente de nouveau  pour occuper le secrétariat  général, à la tête duquel il est d’ailleurs  “sans grande surprise” reconduit,  mais en même temps, tout  porte à croire qu’il serait actuellement  en train de baliser le terrain  pour son “protégé” et probable  futur successeur Mohamed Ouzzine  dans la perspective du congrès suivant,  prévu en 2018”.


En effet, M. Laenser tenterait dès  à présent, d’après ses nombreux  opposants, de mettre en orbite  l’ancien ministre de la Jeunesse et  des Sports. En février 2015, déjà, il  lui avait confié la mission de coordinateur  national du secrétariat  général. Une fonction qui n’existait  pas auparavant -“créée de toutes  pièces”, préfère dire notre sourceet  dont l’occupation par M. Ouzzine  ne semble pas être bien passée.


Entreprise de phagocytage
Surtout auprès de certains cadres  du parti, qui estiment qu’ils étaient  plus aptes, de par leurs parcours  politiques plus importants, mais  aussi plus anciens, d’en hériter.  Ils accusent, par ailleurs, tant M.  Laenser que M. Ouzzine, mais également,  en filigrane, la belle-mère  de M. Ouzzine, Halima Assali, qui  jouit d’une forte influence auprès  de M. Laenser, de s’être engagés  dans une véritable entreprise de  phagocytage des différents appareils  du parti. Plusieurs personnalités  du MP auraient ainsi, ces  derniers mois, fait les frais de la  croisade que mènerait actuellement  M. Ouzzine contre ses adversaires,  avérés ou potentiels, sous  l’oeil supposément complice de M.  Laenser. Dernière en date, Khadija  Oum Bachair El Morabit, démissionnaire,  en juin 2015, de la présidence  de l’Association des femmes  harakies, représentant les femmes  du MP, à l’issue d’une réunion ordinaire  particulièrement houleuse du  bureau politique.


Mme El Morabit avait notamment  dénoncé, dans sa lettre de démission  à l’adresse de M. Laenser,  des faits de “harcèlements” dont,  d’après elle, elle aurait à plusieurs  reprises fait l’objet dans son travail,  sans toutefois nommer aucune  partie. Mais, bien sûr, l’accusation  semble en premier lieu viser  M. Ouzzine; du moins ses proches  collaborateurs -Mme El Morabit  fait, au passage, partie des principaux  soutiens du “mouvement  de redressement” initié par M.  Oulbacha. Par ailleurs, la jeunesse  du MP, la “Jeunesse harakie”, était  également tombée, poursuivent  nos sources, dans l’escarcelle du  clan de l’ancien ministre.


En mai 2015, il était, ainsi, parvenu  à placer son gendre, Hicham Elfikri,  à sa tête, bien qu’elle ait déjà tenu  quelques semaines auparavant, en  avril 2015, son congrès, lequel avait  porté Aziz Dermoumi à la coordination  nationale de la jeunesse. M.  Dermoumi, que nous avions interrogé  au moment des faits, n’avait  pas épargné M. Ouzzine dans ses  critiques. “Avec lui le MP court à sa  perte”, nous avait-il assuré.


En l’état, le parti semble, quoi qu’il  puisse arriver dans les prochaines  semaines, loin d’avoir pu écarter le  risque d’imploser à tout moment.  Il a déjà, par le passé, connu plusieurs  scissions, mais bon gré, mal  gré, il était, à chaque fois, parvenu  à se redresser, et même à revenir  au premier plan; prenant notamment  part, en bien des occasions,  à l’Exécutif. Cela dit, la scission de  trop pourrait bien encore déployer  son ombre menaçante. Déjà, ces  derniers mois, les démissions n’ont cessé de se multiplier. Dans la  région de Casablanca-Settat notamment,  dans la préfecture d’Aïn  Chock, plusieurs élus ont à grand  fracas décidé de lever l’ancre.


Séisme politique
Même dans la commune d’Azrou,  dans la région de Fès-Meknès,  fief historique pourtant du parti,  une centaine de “Harakis” menés  par Nabil Belkhayat, l’ancien président  du groupe parlementaire  de la formation à la chambre des  représentants, chambre basse du  parlement, ont préféré mettre les  voiles. Partout, d’autres membres  du MP ayant longtemps pourtant  servi le parti s’apprêteraient de  même à prendre le large.  Une éventuelle scission de M. Oulbacha,  bien que celui-ci continue  instamment d’écarter une telle  possibilité, pourrait, partant, bien  finir par advenir, et par là-même,  provoquer sans doute l’un des  plus grands séismes politiques des  années 2010. M. Laenser peut, à  tout le moins, bien trembler.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case