L'association Noufous réclame la pénalisation du harcèlement

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Pour lutter contre la "hogra" au travail


Sanaa porte encore les marques de  son harcèlement. Sa démarche,  son attitude révèlent son état  psychique détruit. Elle cache son  corps dans un gros pull et un jean disgracieux  comme pour dissuader tout regard  d’homme qui se porterait sur elle.  Une fois assise, elle a du mal à parler, elle  se sent humiliée, elle a peur. L’une des militantes  de l’association Noufous, qui oeuvre  pour la Prévention des Risques Psychosociaux  au Travail, tente de rassurer Sanaa,  mais celle-ci culpabilise.

«Ai-je fait quelque chose de travers pour  qu’il ose en arriver là?», s’interroge-t-elle,  avant de se ressaisir: «mais je suis une  femme mariée, j’ai toujours tenu à garder  ma réputation saine.» Son mari est assis à  ses côtés. Sans son soutien, Sanaa ne serait  pas partie consulter l’inspecteur du travail,  elle n’aurait pas fait appel à l’association  Noufous, dont les locaux sont à Rabat.  Depuis sa création en 2015, l’association a  accompagné et aidé plus de 200 victimes  de harcèlement au travail, dont une grande  partie de cas de harcèlement sexuel.

Comme Sanaa, beaucoup de femmes ont  peur d’aborder ce sujet. «Plusieurs ne  franchissent pas le pas. Elle restent murées  dans le silence, endurant le pire dans leur  lieu de travail», explique Hajar Saoud, présidente  de Noufous. Tout le travail de cette  association consiste à sensibiliser quant  aux risques de harcèlement et à mieux faire reconnaître ce phénomène par la loi. En  effet, le code du travail marocain stipule  que le harcèlement sexuel est considéré  comme faute grave commise par l’employeur,  mais aucune définition, procédure  ou sanction ne sont proposées pour mieux  orienter les travailleurs en cas d’abus sur la  démarche à suivre.

Atteinte à la dignité
Au même titre, le harcèlement moral n’est  pas reconnu dans le code du travail. Ceci  alors que la constitution «interdit de porter  atteinte à l’intégrité physique ou morale de  quiconque, en quelque circonstance que  ce soit et par quelque personne que ce soit,  privée ou publique».

Docteur Mounia El Kroni, vice-présidente  de l’association, donne une définition du  harcèlement. «Il a un caractère répétitif.  Qu’il soit moral ou sexuel, le harcèlement  touche à la dignité de la personne. Il peut se  manifester à travers des insultes répétitives  ou des attouchements. C’est de la 'hogra'.  Son auteur vise à vous rabaisser, parce qu’il  est pervers», souligne cette médecin de travail. Afin d’interpeller les pouvoirs publics  pour amender le code du travail, Noufous a lancé une pétition sur la plateforme Avaaz.  Depuis son lancement le 23 mars 2017, la  pétition a collecté plus de 700 signatures,  c’est toujours loin des 5.000 espérées. Mais  Noufous est mobilisé pour faire parler de sa  cause. En plus de la pétition, il est question  de participation à des débats télévisés,  lancement de vidéos, publications sur les  réseaux sociaux.

Objectif: sensibiliser aux droits et obligations  des collaborateurs et à l importance de  la dignité humaine au travail.  Parce que les risques psychosociaux, en  plus de porter atteinte au collaborateur à sa  santé physique et mentale, explique l’association,  touchent l’entreprise, l’économie à  l’échelle macro, ainsi que l’ensemble de la  société puisque ses membres souffrent de  troubles psychiques. Ceci sans parler de  nombreux cas de suicides dus au «stress  au travail» et qui font de plus en plus la une  des journaux au Maroc.

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