Le brûlot audiovisuel

Les journalistes Jean-Louis Perez et Pierre Chautard. (Photo DR) Les journalistes Jean-Louis Perez et Pierre Chautard. (Photo DR)

On connaissait la malhonnêteté  intellectuelle d’une  certaine presse française.  Certes, on ne dira pas  qu’on est mieux servi au Maroc, tant  s’en faut; mais toujours est-il que  depuis quelques mois, les affaires  s’accumulent, en impliquant, le plus  souvent, un même parti viscéralement  (voire vénalement) hostile au  Royaume.


Il y a eu, en août 2015, la tentative  de chantage et d’extorsion de fonds  par deux journalistes, les dénommés  Eric Laurent et Catherine Graciet, qui  ont tenté de soutirer quelque 3 millions  d’euros (près de 33 millions de  dirhams) au roi Mohammed VI contre  la non publication d’un ouvrage prétendument  polémique sur la famille  royale (les intéressés ont reconnu,  au cours de leur interrogatoire par la  police, les faits, pour lesquels ils sont  d’ailleurs toujours poursuivis).


Le raccourci facile
Et maintenant, il y a ce documentaire  que la chaîne de télévision France 3  prévoit de diffuser le 26 mai 2016, intitulé  “Roi du Maroc, le règne secret”  et ayant pour objet, comme son nom  l’indique, la personne du Souverain.  Il faudra, bien sûr, attendre de voir  pour juger sur pièce de sa qualité; s’il présente des données vérifiables  et vérifiées et s’il ne s’adonne pas à  l’exercice, devenu le lot de beaucoup  de journalistes hexagonaux par les  temps qui courent, du raccourci facile.


Mais on peut d’ores et déjà, cela dit,  mettre en cause les procédés utilisés  par son réalisateur, Jean-Louis Perez,  un journaliste et producteur éditorial  qui à ce jour a été l’auteur de neuf  documentaires, passés notamment  sur Canal+, Arte et France 5, outre  France 3 à trois reprises (sur l’humoriste  français Coluche, en 2011;  sur l’ancien conseiller du président  François Mitterrand, François de  Grossouvre, en 2012; et sur l’escroc  américain Bernard Madoff, en 2014).


Ainsi, dès l’annonce de la diffusion  du documentaire, trois des protagonistes  interrogés par M. Perez, à  savoir le militant associatif Fouad  Abdelmoumni, l’économiste Najib  Akesbi et l’homme d’affaires Karim  Tazi ont tenu à préciser qu’ils ne  cautionnaient aucunement son angle  éditorial. Dans un communiqué, rendu  public mardi 10 mai 2016, les trois  hommes affirment que le réalisateur  leur avait expliqué au départ qu’il  s’agissait d’une série de reportages  sur les économies du Maroc, de l’Algérie  et de la Tunisie; non d’un brûlot audiovisuel. “Dans le cas du Maroc”,  détaillent-ils, “ souhaitait,  entre autres thématiques, apporter  un éclairage sur le rôle des entreprises  appartenant à la famille royale  dans l’économie du pays”.


Ils poursuivent  et ajoutent, plus loin, n’avoir “guère eu de nouvelles du projet en  question, jusqu’à ces derniers jours,  lorsque nous avons appris dans la  presse la programmation pour le 26  de ce mois de mai la diffusion d’un  “documentaire consacré à la fortune  et aux affaires économiques du Roi””.  Surtout, la présence de Catherine  Graciet dans le documentaire semble  avoir du mal à passer auprès d’eux.  En effet, la journaliste travaillait depuis  plus de deux ans avec M. Perez  sur le projet.


Angle “éditorial”
Toujours est-il que le 15 février 2015,  Jean-Louis Perez et son collègue  Pierre Chautard, se sont rendus au  Maroc, début 2015, pour réaliser des  entretiens sur place avec des personnalités  locales dans le cadre de  leur projet de documentaire.  Les autorités marocaines les avaient  expulsés, à l’époque, tandis qu’ils  étaient en train de tourner au siège  de l’Association marocaine des droits  humains (AMDH) à Rabat, au motif  qu’ils ne détenaient pas d’autorisation  écrite du Centre cinématographique  marocain (CCM).


Ils font, à cet égard, toujours l’objet  d’une poursuite judiciaire au niveau  du tribunal de première instance de  la capitale suite à une plainte de la  société Agorasoft, qui leur avait loué  le matériel de filmage après que les  deux journalistes aient prétexté couvrir  médiatiquement le Salon international  de l’édition et du livre (SIEL) de  la ville de Casablanca.


Personnalités étrangères
“Si nous avions su que Catherine  Graciet serait associée au documentaire,  nous aurions bien sûr refusé”,  nous déclare Karim Tazi. “Nous ne  renions pas ce que nous avons déclaré  devant les caméras, mais, vous savez,  quand un journaliste a une idée  derrière la tête, il peut sortir la phrase  qui l’arrange pour étayer son propos.  Je ne me souviens plus exactement  de ce que j’ai dit, car l’interview remonte  à plus d’un an et trois mois. Il  se peut, donc, qu’une de mes déclarations  soit extraite de son contexte,  pour lui donner une valeur qui ne  pourrait absolument rien à voir avec  la teneur générale de la discussion”,  ajoute-t-il.


Même son de cloche de la part de M. Abdelmoumni, qui dit attendre de  visionner le documentaire pour pouvoir  se prononcer, mais qu’il regrette  le manque de “rectitude morale” du  réalisateur. “Nous aurions au moins  dû être avertis du projet éditorial,  c’est la moindre des choses”, nous  explique-t-il.




Ahmed Réda Benchemsi & Aboubaker Jamaï. Ahmed Réda Benchemsi & Aboubaker Jamaï.

Outre MM. Akesbi, Abdelmoumni et  Tazi, le documentaire devrait également  compter les interventions de  nombreux opposants. On peut notamment  penser aux anciens militaires  Mustapha Adib et Abderrahim Mernissi  ainsi qu’aux journalistes Ahmed  Réda Benchemsi, Aboubakr Jamaï et  Ali Lmrabet (Ali Amar, qui avait accepté  la sollicitation de M. Perez au début,  a exigé le retrait du passage l’impliquant  après l’expulsion du réalisateur  du Maroc). Le prince Moulay Hicham,  cousin paternel de Mohammed VI, est  également présent au générique.


Au rang des personnalités étrangères,  le documentaire devrait, enfin, comprendre  la participation du journaliste  français Gilles Perrault, qui s’est  fait connaître en 1990 avec son livre  corrosif Notre ami le roi, consacré au règne de Hassan II, et un autre ressortissant  de la France, le financier  Jean Peyrelevade, qui aurait conseillé  la holding royale SNI (Société nationale  d’investissement) lors de sa fusion  avec l’ancienne ONA (Omnimum  nord-africain).


Cabale générale
Mme Graciet, qui ne s’était plus exprimée  dans les média depuis l’éclatement  de son affaire avec le Palais royal, devrait elle aussi prendre la  parole, sur la base de son ouvrage,  sorti en 2012, Le Roi prédateur, où  elle avait traité des affaires privées  de Mohammed VI. C’est d’ailleurs ce  livre qui a inspiré, du propre aveu de  M. Perez, le documentaire. Les fins du  réalisateur sont-elles donc vraiment  innocentes? Ou participe-t-il d’une  cabale générale menée contre l’image  du Maroc, un régime présumé féodal,  auprès de certains milieux français?


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