LE GÂCHIS

Des milliards de dirhams partis en fumée. Le rêve brisé de tout un peuple. M. Lekjaâ doit s'expliquer.

L’opium des peuples, le foot, déçoit et irrite davantage les Marocains. Les échecs en série, depuis des années, notamment lors des championnats d’Afrique, en sont la cause. Les résultats ne sont pas là d’autant plus que la situation économique du Royaume est en berne. Ce qui légitimise davantage la reddition des comptes de l’équipe de Fouzi Lekjaâ, président de la Fédération royale marocaine de football, qui en un peu plus de quatre ans, a dépensé 4,67 milliards de dirhams pour de piètres résultats.

Après le dramatique exercice des tirs au but contre le Bénin, Fouzi Lekjaâ, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), a fondu en larmes comme nombre de Marocains qui s’accrochaient, pour la énième fois, au rêve de voir le drapeau de leur pays flotter haut sur le ciel africain.

Des temps difficiles
Mais une nouvelle frustration a tué ce sentiment chimérique que nourrissaient encore des incrédules, d’être l’une des meilleurs footballeurs du continent africain. Et comme un malheur ne vient jamais seul, M. Lekjaâ n’a pas daigné s’expliquer à temps sur cette défaite non face au Bénin mais la défaite du football national, de la stratégie de la Fédération et de la politique nationale en matière de sports. Il est légitime de se demander en ces temps économiquement difficiles pour le pays, pourquoi notre Fédération sous Lekjaâ s’est vu doubler le budget annuel, passant de 450 MDH sous Ali Fassi Fihri et à peine 150 MDH sous Hosni Benslimane, à 880 millions de dirhams sous l’actuel président de la Fédération royale.

Des moyens colossaux
Une question qui est loin d’être anodine quand on fait le bilan de ces sommes colossales dépensées au million de dirham près. Pas anodine aussi quand on se rend à l’évidence que le Maroc, qui s’endette pour payer ses dettes avec une hausse d’année en année des intérêts sur les prêts et pour maintenir le train de vie chic des ministères, des établissements et des offices publics, un pays pauvre en ressources (notamment les hydrocarbures), un pays qui ne produit pas de richesses, qui n’est pas compétitif, qui se targue d’attirer des géants de l’automoibile et de l’aérnatique pour leur permettre de sortir les devises sans réel transfert de technologies, adule la Fédération de Lekjaâ et renforce ses moyens financiers et techniques jusqu’à lui consacrer un budget qui dépasse de loin ceux de toutes les fédérations africaines, y compris les plus riches, parmi lesquelles celles de l’Afrique du Sud, de l’Algérie et de l’Égypte (Maroc: 87,9 millions de dollars, Algérie: 27,6 millions de dollars, Nigéria: 17,7 millions de dollars, Afrique du Sud: 11,9 millions de dollars… Comble de l'ironie, le Bénin, le tombeur des Lions de l'Atlas, ne dépense pas plus de 300.000 dollars pour ses footeux. Un chiffre et une analyse dont Fouzi Lekjaâ comprend bien la portée et la signification, étant lui-même un haut cadre du ministère des Finances. Un Lekjaâ qui n’est, par ailleurs, ni ancien footballeur ni une ancienne étoile sportive. Mais c’est en qualité (présumons) de bon gestionnaire qu’il a été nommé à ce poste. Soit. Qu’il nous explique alors quelle est, au moment où les subventions des matières de première nécessité s’effritent l’une après l’autre, la rentabilité de tels investissements dans la seule discipline du football?

Compte moral 880
millions de dirhams disparaissent par an, plus de 4 milliards en quatre ans, comment les institutions du pays ne demandent-elles pas les comptes à M. Lekjaâ, comment la Cour des comptes ne s’intéresse-t-elle pas qui rit à chaque fin d’exercice quand le conseil d’administration applaudit et approuve le compte moral et financier? Et pourtant, la FRMF se nourrit de l’argent du contribuable, reçu au titre de partenariats avec des établissements publics (CDG, OCP, ministère, ONMT..) à hauteur des deux tiers du budget global, en plus d’une subvention du ministère de la Jeunesse et des sports.

Critiques acerbes
Les recettes de l’institution du football nationale proviennent d’abord des sponsors institutionnels que sont la Banque centrale, la CDG et l’OCP. Mais personne ne sait combien versent annuellement ces trois institutions à la FRMF. En dehors, bien sûr, de Maroc Telecom, sponsor maillot des clubs de la Botola D1 et D2, qui verse 40 millions de DH annuellement dans les caisses de la fédération. Pourquoi la FRMF ne rendelle pas ses rapports financiers publics depuis sa première Assemblée générale tenue en 2015 où elle a été l’objet de critiques acerbes de la presse qui lui a reproché, entre autres, ses dépenses ostentatoires jugées disproportionnées par rapport aux moyens du pays et aux objectifs escomptés?

Un bon gestionnaire?
Pourquoi, depuis quatre ans, n’entend- on aucune voix s’élever pour dénoncer le manque de visibilité et l’absence de résultats face aux budgets faramineux consommés entièrement chaque année? En 2014, la FRMF a signé un contratprogramme avec l’État pour l’aménagement de 90 stades de proximité, 4 académies régionales, 11 sièges de ligue et 11 centres de formation pour la coquette somme de 1,5 MMDH, dont 1,4 MMDH financés par les ministères de l’Intérieur, de la Jeunesse et des sports et de l’Économie et des finances. Ces fonds ont été progressivement mobilisés dès la signature et les chantiers ouverts. A ce jour, personne n’a fait le bilan des financements engagés ni des états d’avancement de chaque chantier.

Et la goutte qui a fait déborder le vase, la FRMF a dû débourser 10 millions de dirhams en faveur de la Fédération argentine de football, pour qu’elle accepte de faire le déplacement au Maroc pour un match amical. Même si la Fédération fait une sortie pour démentir le montant, rien ne peut justifier le manque de transparence financière et de surcroît gestionnaire. Quels appels d’offre ont été lancés? Y a-t-il eu des marchés gré-àgré et dans quelles conditions? Le comble, c’est quand la Fédération communique sur ses résultats financiers pour dire qu’elle affiche un budget à l’équilibre pour l’exercice financier de juillet 2017 à juin 2018. Les recettes ont été de 880 MDH, essentiellement tirées des subventions étatiques (OCP, CDG, ONMT et ministère) à hauteur de 76%. Les dépenses se sont élevées à 879 MDH, en hausse de 20% par rapport à l’exercice précédent. Le soutien au football professionnel (Botola 1) constitue le poste le plus budgétivore avec 257 MDH de dépenses, suivi des dépenses liées aux équipes nationales (233 MDH).

Le foot marocain est censé être une marque forte, mais il ne collecte que 50 MDH de recettes de sponsoring. Personne ne s’est demandé pourquoi? Alors il est grand temps pour M. Lekjaâ et chaque membre de son équipe de justifier respectivement leurs hauts salaires. Et pour un bon gestionnaire, quand on veut divorcer avec un entraîneur qui ne donne pas les résultats escomptés, il faut prendre les précautions pour ne pas débourser l’équivalent de 40 mois de salaires en guise de dédommagements. Difficile de croire que Renard et son appétit insatiable pour l’argent et Lekjaâ se sont mis d’accord pour mettre fin à l’amiable au contrat les liant alors que plus de 40 millions de dirhams sont en jeu, même si la nouvelle s’officialise.


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