Le groupe allemand a triché sur la qualité de ses voitures

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Dans quel monde  vivons-nous? Quelle  histoire! Mais quelle  histoire! Volkswagen,  premier constructeur  automobile mondial, vient  de plonger dans un scandale  international –un séisme dont les  effets sur les marchés financiers  se sont fait sentir dès le premier  jour. Son titre a perdu déjà 20%,  soit une perte en fumée de  dizaines de milliards d’euros de  capitalisation boursière. Le corps  du délit, c’est un logiciel censé  détecter les tests antipollution et  fausser les résultats. Le logiciel en question est installé depuis six ans  sur 482.000 véhicules. C’est une  ONG opérant dans les transports  écologiques –international council  of clean transportation (ICCT)– et  l’université de Virginie occidentale,  aux États Unis, qui ont fait chuter le  constructeur allemand.


Elles se sont attachées à vérifier les  émissions polluantes de véhicules  diesel. Après bien des tests sur les  routes américaines, elles font ce  constat: la différence est énorme  entre les données publiées par  Volkswagen et les chiffres obtenus  dans des conditions réelles  d’utilisation. La stupéfaction est  totale. Ainsi, pour la Jetta, les  émissions d’oxyde d’azote (MOx)  sont supérieures de 20 à 30 fois  aux mesures du constructeur; pour  la Passat, de 10 à 20 fois; pour la  BMW, les différences sont plus  raisonnables, si l’on ose dire: de 2  à 3 fois. Les autorités américaines  sont saisies par l’ICCT, l’enquête  est ainsi ouverte en mai 2014 par  l’Agence fédérale de protection  de l’environnement (EPA). Celle-ci finit par découvrir dans des modèles  de Volkswagen et d’Audi un logiciel  pour le moins étrange. Il présente  en effet cette particularité, lors d’un  contrôle antipollution, d’enclencher  un mécanisme permettant de limiter  temporairement les émissions de gaz  polluants.


Tricherie et confusion
Le 18 septembre 2015, l’EPA saisit les  dirigeants du groupe allemand aux  États-Unis. Deux jours plus tard, un  communiqué est publié par Martin  Winterkorn, président du directoire  du constructeur, qui affirme «regretter  personnellement, et profondément,  que nous ayons déçu la confiance de  nos clients et du public.»


Le trucage est admis, mais il précise  au passage que «Volkswagen ne tolère  aucune violation d’aucune sorte, d’une  loi ou d’une norme». De quoi ajouter  de la confusion à la tricherie: cela veutil  dire que ce logiciel avait été placé  sans que la direction du constructeur  en ait été informée? Difficile à croire.


Pour l’heure en tout cas, la tourmente  va se faire ressentir dans de nombreux domaines. C’est la mise à bas du slogan du  “diesel propre”, aux États Unis, où cette  motorisation n’est que de 5%, mais surtout  en France (60%), au Maroc et ailleurs.  L’idée que le diesel ne rejetterait plus de  “particules polluants” en grande quantité  dans l’atmosphère en prend un sacré  coup. De quoi relancer les critiques des  mouvements écologistes, qui proclament  que les nouveaux diesels ne sont pas  propres.


D’un autre côté, c’est le sérieux du label  “Made in Germany” qui est également  mis à mal. L’on a affaire à un cas avéré  de tromperie des consommateurs et de  dommages faits à l’environnement. C’est  une affaire grave et toute la lumière doit  être faite sur des agissements d’une chaîne  de production. Quelle fiabilité peut-on  désormais accorder à ce label? N’y a-til  pas d’autres trucages dans d’autres  produits allemands présentés comme des  références de solidité, de fiabilité et de  qualité?


Capitalisme arrogant
Enfin, les suites judiciaires ne sont pas les  moins importantes. L’amende pouvant  frapper le groupe allemand pourrait être  de l’ordre de 18 milliards de dollars, à  raison de 35.000 dollars par véhicule. Le  trucage aurait été également opéré dans  d’autres véhicules diesel du groupe, tels  Audi, Skoda, Seat ou encore Porsche. Ce  sont tous les moteurs diesel de type EAI89  qui sont concernés, soit un volume total de  11 millions de véhicules environ. D’ores et  déjà, le groupe a décidé de constituer 6,5  milliards d’euros de provisions au troisième  trimestre. Et il se prépare à doubler ce  chiffre dans les mois à venir pour faire  face aux contraintes de l’administration  américaine en 2016.


Cela dit, cette dernière observation:  la vertu n’est pas au Nord, comme le  prétend un certain discours ambiant. Elle  n’est pas davantage dans ses entreprises  emblématiques d’un capitalisme industriel  triomphant et arrogant persistant à  nous faire la leçon. Alors, messieurs de  Volkswagen, retrouvez la voie de la vertu et  rasez les murs, longtemps même, jusqu’à  ce que notre mémoire fasse son travail.  Mais oubliera-t-on? Non!.


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