Les enjeux futurs du secteur sucrier africain débattus à Marrakech

Aziz Akhannouch, ministre de l'Agriculture et de la pêche maritime. - Ph : DR Aziz Akhannouch, ministre de l'Agriculture et de la pêche maritime. - Ph : DR

L’industriel marocain  Cosumar ambitionne  d’exporter 150.000  tonnes de sucre  raffiné cette année dans 15 pays de l’Afrique  subsaharienne et du sud de la  Méditerranée. C’est ce qu’a  déclaré Mohamed Fikrat, PDG  de Cosumar et président de  l’Association professionnelle  sucrière (APS), en marge de la  conférence internationale du sucre  qui s’est tenue à Marrakech, les 10  et 11 septembre 2015, organisée  par l’APS et l’Organisation  internationale du sucre (OIS)  autour du thème: «Le secteur  sucrier africain, quel défis pour  l’avenir?».


«Nous avons déjà exporté 6.500  tonnes dans 15 pays. Nous sommes  compétitifs sur le plan logistique  étant donné notre position  géographique avantageuse mais  également au niveau du coût de  la production, que nous avons pu  réduire grâce à nos investissements  dans la modernisation des outils de  production et de transformation.  Nous avons capitalisé sur  l’expérience dans le domaine de la distribution de Wilmar,  un opérateur mondial présent  dans plusieurs continents. Nous  avons une capacité excédentaire  de production nette que nous  mettons à profit pour servir,  notamment, le marché régional»,  a précisé M. Fikrat.


L’export, c’est le nouveau  challenge de Cosumar depuis  l’acquisition des parts de  Cosumar par Wilmar. L’ouverture  à l’international a pris de  l’ampleur avec la mise en place  d’une organisation dédiée  et structurée. Ses premières  opérations ont démarré en  2013. L’entreprise a vendu du  sucre blanc à la Mauritanie, au  Canada, à la Guinée Conakry,  aux Pays-Bas, à l’Albanie, à la  Turquie et à la Syrie, entre autres.  Des opérations pilotes qui ont  confirmé le potentiel à l’export.  D’autant plus que la société est  préqualifiée pour la construction  d’un complexe agro-industriel  sucrier au Cameroun et a  également des projets au Soudan.


Coopération Sud-Sud
Avec une capacité totale de  production de 1,65 million de  tonnes, le Royaume occupe la 3e  place sur le continent, derrière  l’Afrique du Sud et l’Egypte. Et avec  une consommation globale de  1,25 million de tonnes, il dispose  d’une capacité de production excédentaire de 400.000 tonnes  qu’il va falloir mettre à profit.  Le continent africain enregistre  un déficit d’environ 7 millions de  tonnes de sucre, dont le niveau  d’autosuffisance n’a cessé de  se détériorer au cours de ces  dernières années.


Impact économique
Le Maroc peut jouer un autre rôle  dans le développement secteur  sucrier africain.  Aziz Akhannouch, ministre de  l’Agriculture et de la pêche  maritime, a rappelé le succès  du modèle d’agrégation (80.000  exploitants agricoles, 80.000 ha  de plantes sucrières, 510.000  t de sucre blanc produites  localement…) et dont peuvent  bénéficier d’autres pays amis,  dans le cadre d’une coopération  Sud-Sud.


Les similitudes avec ces pays sont  grandes, notamment celles liées  au tissu agricole, constitué en  majorité de petites exploitations.  Une problématique commune  au continent. Dans les cas de  la betterave à sucre et de la  canne, les exploitants sont aussi  éleveurs, céréaliers, maraîchers.  Egalement, l’impact économique  du secteur sucrier, un excellent  créateur d’emplois et un grand  redistributeur de revenus.


De l’avis de José Orive, directeur  exécutif de l’OIS, la place du  Maroc est importante dans le  continent. Le Royaume est digne  de confiance, notamment à  travers les actions du Maroc et les  stratégies de Cosumar, agrégateur  et chef de file du secteur.


Rappelant le rôle catalyseur de  l’Etat, avec notamment le Plan  Maroc Vert, initié depuis 2008, et  qui a conduit à la mise en place  d’un Contrat-programme entre  les pouvoirs publics et Fimasucre  (Fédération interprofessionnelle  marocaine du sucre) pour la  période 2008-2013 avec l’objectif  d’améliorer les conditions des  producteurs, la productivité et la  modernisation de l’outil industriel,  M. Akhannouch a exprimé le  souhait que les échanges puissent  faire avancer la réflexion pour  gagner les défis futurs.


Un agrégateur modèle
L’Etat a investi 5,5 milliards de  dirhams pour la modernisation et  le renforcement de la production  de l’industrie sucrière.  Cosumar a investi, notamment  au niveau de la raffinerie de  Casablanca, pour répondre aux  besoins du marché même en  cas d’année difficile. «L’industrie  de transformation nécessite des  investissements lourds évalués en  milliards de dirhams», rappelle  Mohamed Fikrat.


Ces efforts ont porté leurs fruits:  Pour la campagne 2014-2015,  510.000 tonnes de sucre blanc  ont été extraites à partir de la  betterave et la canne. Ce qui  dégage un taux de couverture de  la consommation locale de 41%,  contre 29% comme moyenne  des cinq dernières années.  Cette évolution est attribuée  aux conditions climatiques ainsi  qu’au développement de la  mécanisation, une généralisation  au recours aux semences  monogènes et au renforcement  de la recherche et développement.  L’entreprise et ses partenaires  veulent d’ailleurs améliorer les  performances de la filière sucrière  pour atteindre un rendement de  12 tonnes à l’hectare dès l’année  prochaine. L’objectif étant aussi de  porter le taux de couverture des  besoins en sucre par la production  nationale de 41% actuellement à  56% à l’horizon 2020, avec une  couverture homogène de toutes  les grandes régions agricoles du  Maroc.


Le secteur contribue largement  à la fois à l’exigence nationale  de sécurité alimentaire et à  l’amélioration des conditions  de vie de 80.000 familles de  producteurs de plantes sucrières.  Les revenus des agriculteurs ont  presque triplé ces six dernières  années, atteignant aujourd’hui  3.000 dollars/tonne grâce à  l’accompagnement et au suivi  inlassable de Cosumar.


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