Les révélations d’un ex membre du HCE rouvrent les cicatrices de la "sale guerre" d’Algérie

Khalid-Nezzar-Mohamed-Betchine


Les généraux s'entredéchirent


INCERTITUDE. Au lendemain de la mort de Hocine Aït Ahmed, des témoignages jettent une lumière crue sur le début des années 1980 et la politique de l’armée pour faire face au terrorisme islamiste. En arrièreplan; la succession de Abdelaziz Bouteflika.

L’armée, la “Grande muette”?  C’est une formule d’usage.  Mais ce qui se passe ces  jours-ci en Algérie témoigne du  contraire: c’est la “Grande bavarde”.  Quotidiennement, la polémique  rebondit; de quoi faire penser les  cinéphiles au film culte “Règlement  de comptes à Ok Corral”.
De quoi s’agit-il? De la boîte de  Pandore ouverte au lendemain  du décès de Hocine Aït Ahmed,  leader historique de la révolution  algérienne, le 23 décembre 2015.  Des pans particuliers de la vie de  cette grande figure ont été ainsi  dévoilés par certains. Ils jettent  une lumière crue sur le début des années 1980, le départ du président  Chadli Bendjedid, les conditions  de sa succession ainsi que sur la  gouvernance et la politique de  l’armée pour faire face au terrorisme  islamiste.


Vives réactions
C’est Ali Haroun, avocat et ancien  membre du Haut Comité d’État  (HCE, qui a substitué collégialement  la fonction de chef d’État), qui a  ainsi apporté son témoignage.  Avec Khalid Nezzar, ministre de la  Défense, il a proposé à Aït Ahmed  de présider aux destinées du  pays. Refus net de l’intéressé, qui  considère que «l’arrêt du processus  électoral était un coup d’État».  Référence est faite ici aux élections  législatives de la fin décembre 1991  avec un premier tour plaçant en  tête la formation islamiste du Front  islamique du Salut (FIS), dirigé alors  par Abbasi Madani et Ali Belhaj.


C’était l’impasse. L’armée a pensé  à d’autres profils, tels Abdelhamid  Mehri, Ahmed Taleb Ibrahimi mais  surtout à Mohamed Boudiaf, autre  leader historique, résidant à Kénitra,  au Maroc, depuis près de trois  décennies. C’est lui qui accepta en  se rendant à Alger. Il fut assassiné  six mois plus tard, à la fin juin 1992.  Khalid Nezzar dément ces  “révélations”, ce qui lui vaut de vives  réactions d’acteurs de premier plan –  tel le général à la retraite Mohamed  Betchine, du DRS, qui confirme que  Nezzar a bien proposé ce poste à  Aït Ahmed. La polémique rebondit  ensuite du côté de la famille de l’exprésident Chadli Bendjedid. Son  frère, Khalif Bendjedid, précise que  le départ de Chadli «était l’une des  solutions pour permettre au pays de  sortir de la crise».


Un autre front
Face à la gravité de la crise, il avait  demandé aux chefs militaires  d’assumer leurs responsabilités. Il  n’aurait pas été contraint de quitter  sa charge mais il l’a fait de «son  propre gré», comme l’a également  indiqué son épouse, Halima,  dans un entretien publié par un  quotidien d’Alger. Il était partisan  de poursuivre le processus électoral  jusqu’au second tour et de respecter  ainsi la «volonté populaire».


Le grand déballage se développe à  cette occasion pour s’élargir à de  graves questions portant sur les  violences et la répression qui ont  marqué en particulier le mois de  juin 1991. Le général Khalid Nezzar  –encore lui!– ouvre un autre front, si  l’on ose dire, en accusant Mouloud  Hamrouche, alors Premier ministre,  d’avoir donné l’ordre de tirer sur les  manifestants occupant à cette date  les places d’Alger. Ce que dément l’intéressé, qui réplique avoir  démissionné à cette occasion.  Enfin, le même Nezzar poursuit  ses accusations en s’en prenant,  cette fois, tant au président  Chadli Bendjedid qu’à la sécurité  militaire (SM), dirigée par Kasdi  Merbah, au général Mohamed  Betchine, responsable de la sécurité  présidentielle. Il les met en cause  dans la répression et les tortures de  centaines de personnes dans une  caserne.


Echec de la "réconciliation"
Mais qu’y-a-t-il donc derrière toutes  ces passes d’armes des généraux?  L’on peut se demander s’ils jouent  une partie où ils sont des acteurs de  premier rang ou bien s’ils ne sont  que des figurants en représentation  pour d’autres tirant les ficelles  derrière les rideaux? Aucun de ces  hauts gradés ne peut aspirer revenir  au premier plan et faire la décision  dans un sens ou dans un autre dans  la présente conjoncture.
Alors, pour  qui parlent-ils ou roulent-ils? En  tout cas, c’est le constat d’échec de  la "réconciliation nationale" dont  se réclame le président Abdelaziz Bouteflika, tant il est vrai que les  profondes et anciennes blessures  de la décennie noire et sanglante du  dernier siècle sont encore vivaces.  Au moment où est enfin publié le  projet d’une nouvelle Constitution  par l’actuel président, pratiquement  dans l’incapacité physique  d’assumer sa charge, c’est sans  doute un duel qui est déjà engagé  au coeur du régime.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case