L'exode des informaticiens s'accélère


En quête du nouvel eldorado européen


La quête de jeunes informaticiens marocains, ingénieurs et techniciens spécialisés, prend de l’ampleur. De grandes firmes françaises, belges, suisses et canadiennes, offrent l’eldorado sur un plateau en or. Leur proposition est, tout bonnement, irrésistible.

Samedi 3 novembre 2018, dans un hôtel casablancais, le cabinet Sintegra Consulting, spécialisé dans le recrutement d’ingénieurs marocains, a organisé une campagne de recrutement pour le compte de son client, une grande société de services en ingénierie informatique française, venue embaucher en CDI (contrat à durée indéterminée) une vingtaine de jeunes titulaires d’un Bac+5, avec ou sans expérience, répondant aux profils des ingénieurs informaticiens dans différentes spécialités. La ruée des jeunes sur cette opportunité a été remarquable.

Une centaine étaient au rendez-vous, après s’être enregistrés, avoir envoyé leur C.V. (curriculum vitae) et subi un entretien et un test technique au préalable.

Plan de carrière
Parmi eux, Salah, 27 ans, ingénieur informaticien qui cumule près de trois années d’expérience dans une entreprise qui fait de l’offshoring, basée à Casanearshore, premier park du Maroc dédié aux sociétés offshore et le plus grand d’Afrique du Nord. «Ce n’est pas la première fois que je viens tenter ma chance. Il y a plusieurs cabinets de recrutement qui assurent l’intermédiation entre les jeunes informaticiens et les entreprises étrangères, notamment françaises. Cette fois-ci, j’espère qu’elle sera la bonne. Les employeurs offrent un CDI, un salaire très motivant et un plan de carrière. Sans oublier l’opportunité de s’installer en France et d’obtenir la nationalité», explique-t-il.

En effet, une bonne ambiance au travail avec une relation saine avec la direction, un salaire alléchant en plus des primes sont autant de facteurs de motivation des jeunes informaticiens marocains. Plusieurs cabinets de recrutement se sont spécialisés dans ce créneau, tellement la demande est forte. Il existe même des cabinets étrangers, notamment français et émiratis, qui viennent au Maroc pour des recrutements en masse. A Casablanca, les campagnes de recrutement se déroulent à un rythme de deux fois par semaine. Des pays en avance par rapport à la transformation digitale de leurs administrations et du secteur privé viennent chercher des profils pointus, au Maroc, mais aussi en Tunisie.

C’est un business nouveau qui achalande les cabinets de recrutement locaux, fortement sollicités par de grands groupes étrangers. Les cabinets de recrutement locaux sont sollicités par de grands groupes étrangers qui cherchent à recruter les informaticiens marocains ayant au minimum un Bac+4 ou un diplôme en école d’ingénieurs. «Ils sont en quête de profils pointus qui vont les accompagner dans leurs projets d’envergure», explique Alexandra Montant, DGA du portail Rekrute, spécialiste et pionnier du recrutement en ligne.

Expérience professionnelle
Le portail a publié récemment les résultats d’une enquête menée auprès de 1.246 informaticiens marocains sur les 12 derniers mois, dans le but d’identifier les profils les plus demandés sur le marché international et les facteurs de motivation des informaticiens. Parmi les enseignements tirés, les informaticiens travaillant dans de grandes structures et ayant une expérience probante sont plus convoités par les entreprises étrangères. S’agissant de l’expérience, les informaticiens juniors ne sont pas aussi prisés que les plus expérimentés. L’expérience professionnelle acquise avec les années donne de la valeur au profil. 83% des profils 6-8 ans d’expérience et 67% des profils 8-10 ans d’expérience ont déjà été chassés par des recruteurs étrangers, contre 50% des débutants et juniors.

L’exode des cerveaux marocains continue. Après s’être formés dans leur pays d’origine, et à défaut de motivations et de perspectives dans le milieu du travail dans la majorité des cas, des jeunes informaticiens marocains sont séduits par des offres de travail alléchantes, irrésistibles. L’offre est souvent taillée sur mesure, répondant à leurs revendications les plus élémentaires non satisfaites, source de leur frustration.

Depuis plus de deux ans, la demande d’informaticiens émanant de pays étrangers ne cesse d’augmenter. D’après l’enquête de Rekrute, 85% des Bac+4 et 70% des Bac+5 et plus ont déjà été approchés par un recruteur étranger. Le salaire variable, bonus et primes, reste un très bon moyen pour motiver les collaborateurs.

Le marché des informaticiens est redevenu très tendu au point d’inquiéter les spécialistes du secteur. Les informaticiens se font rares sur le marché marocain. Alors que le pays accueille des projets internationaux de grande envergure, le déficit en compétences qualifiées se fait sentir.

Et pour cause. Nos jeunes ingénieurs et techniciens informaticiens s’expatrient à la recherche d’une vie meilleure, d’une dignité perdue dans leur pays d’origine. Saloua Karkri-Belkeziz, présidente de la Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI), ne cesse, chaque fois que l’occasion se présente, de tirer la sonnette d’alarme sur cette vague d’expatriation des informaticiens émanant de pays étrangers.

Pour elle, il faut inciter les entreprises à s’installer dans des villes comme Oujda, Fès, Agadir... où elles pourront recruter de jeunes profils avec des rémunérations attractives sur des projets d’envergure. Faute de quoi, ils iront là où ils se sentiront mieux estimés et valorisés. Chaque année, ce sont 600 ingénieurs informaticiens qui volent vers d’autres cieux.

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