L'homme malade du Maghreb

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BOUTEFLIKA CANDIDAT À LA PRÉSIDENCE


Finalement, Abdelaziz Bouteflika se présentera bien aux prochaines élections présidentielles algériennes, alors même que son état de santé interroge depuis plus de cinq ans.

Les participants à l’investiture de Mohamed Bouabdallah, ce dimanche 28 octobre 2018, en tant que président du groupe parlementaire du Front de libération nationale (FLN) algérien se seraient-ils attendus à ce que soit annoncée la cinquième candidature de Abdelaziz Bouteflika à la présidence de l’Algérie? C’est en effet à cette occasion que le secrétaire général dudit parti, Djamel Ould Abbes, a révélé que le président de la voisine de l’Est comptait bien briguer un nouveau mandat à la tête de son pays, alors que se présentent, en avril prochain, les élections présidentielles.

Candidature revendiquée
L’agence algérienne de presse Algérie presse service (APS), qui a relayé l’information, a traité le sujet de façon étonnamment laconique au regard de son importance et tout juste a-t-elle ajouté une seconde déclaration de M. Ould Abbes qui a affirmé que «cette candidature est une revendication de tous les cadres et militants du FLN sur l’ensemble du territoire national»; pour autant, les commentaires n’ont pas manqué. C’est que M. Bouteflika a une santé déclinante depuis l’accident vasculaire cérébral qu’il a subi en avril 2013 et qui l’a paralysé du côté gauche, à tel point qu’il est, depuis, cantonné à un fauteuil roulant. Déjà, lors des présidentielles d’avril 2014, beaucoup de commentateurs avaient estimé que cet état de santé est incompatible avec la présidence du pays.

Ils sont, comme on pouvait s’y attendre, revenus à la charge dès lors que les propos de M. Ould Abbes ont été connus, d’autant que le quatrième mandat de M. Bouteflika les a confortés dans leur opinion. Tout au long des cinq dernières années, les apparitions publiques du président algérien se sont faites rares. Pour s’en tenir à la seule année 2018, les Algériens n’ont pu voir M. Bouteflika qu’une seule fois -le 9 avril-, pour la réouverture de la mosquée Ketchaoua après trois ans de rénovation ainsi que l’inauguration de deux nouvelles extensions du métro d’Alger.

Commentaires acerbes
Pour avoir ce «privilège», ils avaient dû patienter 536 jours et une cérémonie à laquelle le concerné avait pris part, le 20 octobre 2016, pour le lancement du nouvel opéra algérois. En attendant, nos voisins avaient dû se contenter, pendant les cérémonies officielles, des portraits de leur président, devenus presque un objet de culte au fur et à mesure, non sans que la chose ne suscite de commentaires acerbes.

En avril 2018, les images d’élus de Djelfa, dans le Centre du pays, offrant un cheval à un de ces portraits qui montrent encore M. Bouteflika bien portant avaient fait ricaner nombre d’Algériens dans leur barbe.
L’humour est justement ce qui reste à beaucoup tant le pays ploie sous la morosité depuis quelques années en raison d’une économie encore par trop dépendante aux hydrocarbures -97% des exportations, selon le Fonds monétaire international (FMI)-, et alors même que le prix du baril de pétrole à l’international est au plus bas depuis juillet 2014, si l’on excepte de rares hausses comme suite à l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi le 2 octobre 2018 au consulat de son pays à Istanbul. Cette situation conduit à la chute continue des réserves de changes, qui devraient encore se contracter d’ici 2021 si l’on en croit le projet de loi de finances présenté le 28 octobre au parlement par le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, pour ne plus atteindre que 34 milliards de dollars, contre 88 milliards actuellement et… 193 milliards lorsque le prix du baril a commencé à s’enliser (l’Algérie appartenait alors au top 12 mondial en la matière)!

Dans ce sens, le gouvernement Ahmed Ouyahia avait suspendu, en janvier 2018, l’importation de 851 produits, en plus d’élargir la liste des marchandises soumises à la taxe intérieure de consommation (TIC) et d’augmenter les droits de douanes pour 32 familles de produits finis. M. Raouya avait même sous-entendu au Forum arabe sur les finances publiques qu’avait accueilli Dubaï aux Émirats arabes unies en février dernier que l’Algérie pourrait recourir à l’emprunt pour contrebalancer le creusement de la balance des paiements.

Instabilité institutionnelle
A ces indicateurs économiques s’ajoute une instabilité institutionnelle chronique, illustrée ces derniers mois par le limogeage de plusieurs responsables de l’armée. Cinq de ces responsables ont été incarcérés le 14 octobre 2018 et devraient incessamment être traduits en justice pour leur implication présumée dans l’affaire des 701kg de cocaïne saisis le 29 mai au port d’Oran.

Si la corruption que connaît l’armée algérienne est de notoriété publique et a fait l’objet de nombreux ouvrages spécialisés ces dernières décennies -il faut dire que la soldatesque a fait main basse sur le pays et ses richesses depuis son indépendance en juillet 1962-, l’opportunité de ces décisions interpelle et semble procéder de l’opposition des responsables en question à la continuation de M. Bouteflika.

Corruption de l’armée
Ce dernier aurait donc fini de resserrer son emprise sur l’Algérie, après plus de dix-neuf ans à jouer des coudes avec les galonnés qui l’avaient rappelé en décembre 1998 pour prendre les commandes après l’avoir mis au ban près de deux décennies -ils l’avaient poursuivi dans les années 1980 pour le détournement de 60 millions de francs d’argent public.

L’ancien ministre du Trésor Ali Benouari, candidat à la présidentielle de 2014 et qui fait partie du collectif Mouwatana ayant lancé un appel le 26 mai 2018 à M. Bouteflika pour se retirer de son plein gré des affaires, a eu un commentaire très critique envers ses concitoyens sur les médias sociaux en dénonçant un «peuple qui se laisse guider comme un mouton vers l’abattoir». Difficile toutefois de résister à un homme qui, bien qu’à 80 ans passés -il devrait avoir 82 ans au moment des présidentielles-, souhaite toujours tenir les rênes...

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