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LE LIBRE-ÉCHANGE CONTRE LE DÉVELOPPEMENT ?

LE LIBRE-ÉCHANGE N’EST PAS JUSTE SI ON NE JOUE PAS DANS LA MÊME CATÉGORIE

Un pays dont la balance commerciale est structurellement déficitaire a-t-il intérêt à multiplier les accords de libre-échange? Certains vous répondront oui, à condition que ce pays puisse disposer de canaux commerciaux efficaces. D’autres vous répliquent qu’il faut appliquer le principe de la souveraineté économique chaque fois que les intérêts stratégiques du pays risquent d’être malmenés par une ouverture économique non maîtrisée. Qui croire? La réponse n’est pas évidente.

Du temps où la mondialisation heureuse avait réussi à conquérir les adeptes du libreéchange, il était difficile de convaincre les décideurs quant aux bienfaits de ce qu’on appela «le protectionnisme éducateur». Tout le monde ne jurait que par les avantages de l’ouverture à la mondialisation et du modèle de «l’Export – le Development», lisez développement tiré par l’extérieur. Modèle qui a relativement réussi pour les pays du sud-est asiatique. Est venue la crise mondiale de 2008, et ces modèles commençaient à connaître un début d’essoufflement. Et la célébration des vertus innées de la libéralisation des échanges est passée de mode: De nombreux économistes de renom, de Paul Samuelson, pourtant longtemps adepte du libre-échange, à Paul Krugman et bien d’autres, ont souligné les coûts sociaux des politiques de libéralisation, brisant le consensus en la matière.

De plus, l’arrivée sur la scène internationale des pays émergents, de l’Afrique du Sud à l’Inde en passant par le Brésil et la Chine, a fait entrer de nouveaux acteurs moins prompts à chanter les louanges libérales. Au lieu et place des accords multilatéraux conclus au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), devenue elle-même dépassée, contournée et contestée, et face aux difficultés à trouver un terrain d’entente international, certains Etats, et à leur tête les Etats-Unis, ont développé, à partir, déjà, du milieu des années 1990, des traités commerciaux bilatéraux ou régionaux, signés entre seulement deux ou un petit groupe de pays.

Le Maroc, saigné à blanc par l’endettement extérieur et devenant élève assidu des institutions financières internationales, n’est pas resté insensible à cette nouvelle vague d’accords commerciaux dits de «libre-échange». Accords dont on a tout récemment commencé à prendre conscience de leurs limites, sinon de leur danger pour le tissu productif national. Certains d’entre eux, notamment celui signé avec la Turquie, sont sur le point d’être renégociés. Il était temps. Car le libre-échange n’est pas toujours profitable pour les pays qui n’ont pas su prendre leur avenir en main. Maîtrise qui nécessite de passer par une véritable transformation structurelle du tissu productif, notamment industriel. Secteur où il est possible de dégager des gains de productivité seuls à même d’assurer une compétitivité à long terme et gage d’insertion avantageuse dans un système économique dominé par les chaînes de valeurs mondialisées.


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