L'islamiste qui aimait trop les femmes


Ahmed Mansour, le controversé présentateur d’Al-Jazeera


Le journaliste égyptien s’est fait une place dans le paysage audiovisuel arabe en tordant allègrement le cou à la déontologie journalistique.

Que va bien pouvoir répondre Ahmed Mansour aux poursuites engagées à son encontre par la justice marocaine, en ce début d’année, pour son mariage coutumier en août 2012 avec une ressortissante marocaine? Se répandre en insultes encore? Cela ne saurait, en effet, guère surprendre de la part de l’intéressé, qui, rappelons-le, s’était attaqué aux médias marocains dans un post sur Facebook en juillet 2015 après que le quotidien Assabah ait révélé dans un article l’existence dudit mariage.

Nombreuses controverses
«La presse jaune est dirigée par des malpropres, des proxénètes, des politiciens et des journalistes de bas étage qui vivent dans les marécages et se nourrissent des interdits, des vices et de l’honneur des gens, et avec eux leurs semblables en Egypte,» avait-il alors écrit, dans des propos qui furent à l’époque condamnés par la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) et le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et firent même sortir de ses gonds le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Salaheddine Mezouar.

L’actuel président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) y avait alors vu, dans un communiqué, une manifestation de l’«arrogance», du «mépris» et du «genre de culture» du journaliste de 56 ans -il soufflera sa cinquante- septième bougie le 16 juillet 2019- et lui avait rappelé que «même s’il y a motif à protestation, la presse dispose des mécanismes de rectification». «Le pays est doté d’une jurisprudence à laquelle on peut recourir en cas de préjudice subi,» avait-il souligné.

Cette leçon de journalisme de la part de M. Mezouar était sans doute, toutefois, peine perdue, tant les dépassements en la matière de M. Mansour semblent non remédiables. Ce dernier, à travers ses deux shows «Bila houdoud» (Sans frontières) et «Chahid ala al-asr» (Témoin d’époque) sur la chaîne satellitaire qatarie d’Al-Jazeera depuis la fin des années 1990, est en effet devenu l’exemple à ne pas suivre, et, n’était-ce les nombreuses controverses qu’il alimente depuis le début de sa carrière à la fin des années 1980 en tant que correspondant de titres arabes au Pakistan, serait depuis bien longtemps passé aux oubliettes. «Je le cite toujours aux étudiants pour les prévenir de ce qu’ils ne doivent pas être,» commente un professeur de l’institut de journalisme de Rabat.

Les profanes, non initiés aux règles du métier, ne vont cependant y voir que du feu, et là où par exemple il enfreint allègrement la déontologie en donnant la parole, en mai 2015, au leader de l’organisation terroriste du Front al-Nosra, Abou Mohammed al-Joulani, en faisant, en outre, l’apologie de son action -«lors de mes visites dans les zones libérées , j’ai été surpris de vous voir protéger des villages druzes et chrétiens,» lui dit-il-, certains vont considérer qu’il fait preuve de courage et qu’il donne au journalisme ses lettres de noblesse. Cela va sans dire que dans de nombreux pays arabes, M. Mansour est considéré comme une idole.

Séquestration et agression
«Il sait faire jouer la corde sensible des gens,» analyse le professeur de journalisme cité plus haut. Cette position ne le prémunit toutefois pas, puisque dans son pays, l’Egypte -M. Mansour est également porteur de la nationalité britannique-, il avait été condamné par contumace en octobre 2014 à quinze années fermes pour la séquestration et l’agression d’un avocat au Caire en février 2011.

Le journaliste affirmera qu’il ne se trouvait pas au moment des faits dans la capitale égyptienne et accusera le régime du président Abdel Fattah al-Sissi de vouloir sa tête, du fait de sa proximité avec les Frères musulmans, que le coup d’État du 3 juillet 2013 avait écartés du pouvoir. C’est en tout cas suite à cette affaire qu’avait eu lieu, en juin 2015, le fameux épisode de l’arrestation berlinoise de M. Mansour, sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé par l’Egypte.

Amitiés haut placées
Des pressions de la part notamment du président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le concerné est considéré comme étant proche et que ce dernier remerciera publiquement après coup, lui permettront toutefois d’être libéré au bout de deux jours seulement de détention. Est-ce de ces amitiés haut placées que M. Mansour tire son sentiment d’arrogance souligné par M. Mezouar? Il est vrai que de longues années durant, le journaliste a agi comme s’il ne pouvait souffrir aucun ennui judiciaire. L’affaire de son mariage coutumier avec K. F., inspectrice divisionnaire des finances à la Direction générale des impôts (DGI) et par ailleurs fille d’un célèbre réalisateur de la place, est d’ailleurs éloquente à cet égard.

M. Mansour, qui avait été présenté à la jeune femme âgée à l’époque de 26 ans par l’intermédiaire de membres du Parti de la justice et du développement (PJD), dont elle est membre -le vice-président du parti, Abdelali Hamieddine, aurait trempé dans l’affaire en tant que témoin du mariage-, l’avait fréquentée au vu et au su de tout le monde pendant son séjour de cinq jours -du 17 au 22 août 2012- à l’hôtel Sofitel Rabat Jardin des roses, bien que la loi marocaine soit claire à ce sujet. Au total, le journaliste aurait contracté pas moins de 17 mariages coutumiers, dont au moins deux avec des ressortissantes marocaines, en plus de son mariage avec son épouse légitime de nationalité égyptienne, qui est la seule avec laquelle il a eu des enfants et qui vit aujourd’hui avec lui au Qatar. A croire que ce n’est pas que dans le domaine journalistique que M. Mansour tord le cou à l’éthique...

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