Un long chemin de croix

Adoption à la chambre des représentants de la loi sur l'Amazigh

Malgré l’adoption, le 10 juin 2019, de la loi sur l’amazigh à la première Chambre, le pari de la généralisation de ladite langue n’est pas encore gagné.

Il aura donc fallu cette polémique sur l’utilisation du tifinagh, c’est-à-dire dire l’alphabet amazigh, dans les billets de banque et les pièces de monnaie pour que le Parlement se décide enfin à adopter la loi officialisant la langue amazighe. Presque huit ans, depuis l’adoption de l’actuelle Constitution, que pas seulement les amazighophones, mais la majorité des Marocains, attendaient cette loi, laissée en sommeil dans le circuit législatif en raison des résistances de certains partis politiques, à commencer par le Parti de la justice et du développement (PJD), qui dirige le gouvernement depuis janvier 2012. Pour le parti de la lampe, l’officialisation de l’amazigh est en effet de nature à minorer le statut de l’arabe, et son groupe Parlementaire à la Chambre des représentants s’était d’ailleurs fendu, en novembre 2017, d’une proposition de loi pour assurer la protection de langue de Moutanabbi. Ces tergiversations avaient ainsi été mises à nu lors de l’adoption de la loi sur le statut de Bank Al-Maghrib, où le PJD, mais aussi l’Istiqlal, avaient voté contre l’amendement ajouté par le Parti authenticité et modernité (PAM) en faveur de l’utilisation du tifinagh dans les billets de banque et les pièces de monnaie.

Résistances politiques
Le roi Mohammed VI s’était pourtant luimême saisi de la question en appelant, dans son discours d’ouverture du Parlement du 12 octobre 2012, à adopter au plus vite aussi bien la loi officialisant l’amazigh que celle afférente au Conseil national des langues et de la culture marocaines «loin de tout a priori et de tout calcul étroit». De son côté, la rapporteuse de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur le racisme, Tendayi Achiume, avait à l’issue de la visite qu’elle avait effectuée dans le Royaume du 13 au 21 décembre 2018, fustigé la discrimination dont feraient selon elle l’objet les amazighophones, notamment en matière de justice.

Maintenant qu’il ne reste plus qu’à adopter la loi sur l’amazigh à la Chambre des conseillers, après le vote positif de la Chambre des représentants du 10 juin 2019, un long chemin de croix attend cependant encore sa mise en oeuvre. Premier obstacle, celui des ressources humaines. Car un des piliers de la loi est la généralisation de l’amazigh, à travers notamment l’enseignement; sauf que le nombre de professeurs habilités ne dépasserait pas, selon les derniers chiffres disponibles, les 500. Or on imagine mal, en l’état actuel des choses, ce chiffre évoluer, sachant que le ministère de l’Éducation nationale tend depuis plusieurs années à restreindre son budget relatif à la formation et au recrutement de nouveaux enseignants. Autre entrave, l’esprit dominant au sein de l’Administration, puisqu’on voit par exemple que malgré l’abrogation de la circulaire interdisant les prénoms non-arabes et en l’occurrence amazighs sur décision royale depuis mai 2003, beaucoup de fonctionnaires persistent encore à l’appliquer. Il faudra ainsi, certainement, faire un grand travail andragogique pour changer les mentalités.


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