l'ONU décidée à clore le dossier du Sahara

Antonio Guterres, le SG de l’ONU - © ph:DR

La résolution de la dernière chance


La nouvelle résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara marocain semble décidée à en finir avec un conflit qui, depuis 43 ans, mine la construction du Maghreb.

Le représentant permanent du Royaume à l’Organisation des Nations unies (ONU), Omar Hilale, pouvait se réjouir au point presse qu’il a donné suite à l’adoption par le Conseil de sécurité, ce 31 octobre 2018, de sa nouvelle résolution sur la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).

En effet, en plus de prolonger de six mois encore ladite mission, pour la deuxième fois consécutive depuis avril, l’instance suprême de l’ONU a pour la première fois désigné l’Algérie comme partie prenante du conflit du Sahara marocain, alors même que cette dernière se borne depuis 43 ans à nier toute implication de sa part.

Un esprit de compromis
A ce titre, la voisine de l’Est participera à la table ronde prévue dans la ville de Genève, en Suisse, les 5 et 6 décembre 2018 au même titre que le Maroc, le mouvement séparatiste du Front Polisario et la Mauritanie.

«Cette demande expresse à l’Algérie ne concerne pas uniquement la table ronde de Genève, mais couvre tout le processus politique, jusqu’à sa conclusion, comme exigé dans le paragraphe opérationnel 3», s’est félicité M. Hilale -le paragraphe en question se félicite que les parties citées ont favorablement répondu à l’invitation que leur avait adressée, le 28 septembre 2018, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU au Sahara marocain, Horst Köhler, pour la table ronde de Genève, et les encourage à travailler de manière constructive, dans un esprit de compromis, tout au long de la durée du processus, de sorte qu’il aboutisse.

Rappelons que dans la lettre qu’avait remise le 4 avril 2018 dans la ville de New York, aux États-Unis, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, le roi Mohammed VI avait mis en cause la «responsabilité flagrante» de l’Algérie dans le conflit du Sahara marocain. «C’est l’Algérie qui finance, c’est l’Algérie qui abrite, c’est l’Algérie qui arme, c’est l’Algérie qui soutient et qui apporte son soutien diplomatique au Polisario», avait-il souligné. Cela va sans dire qu’en conséquence, cette nouvelle résolution du Conseil de sécurité relative à la MINURSO satisfait à plus d’un titre le Maroc.

“Responsabilité flagrante”
Le Royaume s’est d’autant plus vu confirmer le soutien dont il bénéficie de la part des grandes puissances, à l’exception notable de la Russie, qui s’est officiellement abstenu de voter -au même titre que la Bolivie et l’Éthiopie- au motif que la résolution dérogerait aux principes de la Charte de l’ONU, notamment le droit à l’autodétermination, mais dont on peut deviner la volonté de ne pas s’aliéner l’Algérie, un des premiers clients de son armement -«Si nous n’avons pas bloqué la résolution, c’est parce qu’elle reconduit un mandat important pour la stabilité régionale, » a indiqué le représentant russe, Vassily Nebenzia.

Un message clair
Les États-Unis, qui avaient été désignés pen holder de la résolution, ont par la voix de leur ambassadeur, Jonathan Cohen, demandé à toutes les parties de s’abstenir de toute action susceptible de faire dérailler le processus politique, ce qui semble un message clair à l’adresse du Polisario, qui, à plusieurs reprises au cours des deux dernières années, a investi la zone tampon séparant ses positions en Algérie de celles des Forces armées royales (FAR), dans une claire violation de l’accord militaire n°1 du 24 décembre 1997 -Washington avait mis en cause «les actions de déstabilisation» du front après que ce dernier a commencé à occuper le no man’s land de Guergarat en août 2016. Quant à la France, fidèle soutien du Maroc dans le dossier de son Sahara -elle appuie depuis le commencement le plan d’autonomie marocain du 11 avril 2007, qui prévoit de doter les régions concernées d’une large autonomie-, si elle s’est félicitée de l’adoption de la résolution, elle a néanmoins réitéré son attachement, déjà formulé plus tôt dans l’année, à un mandat de douze mois de la MINURSO, dans la mesure où un mandat de six mois seulement serait une fausse bonne idée, sans réel effet sur le processus politique, mais susceptible au contraire d’affaiblir le mandat de la mission, à en croire le représentant français, François Delattre -position également défendue, le 3 octobre 2018, par M. Guterres, avec le même argumentaire, cependant que les États-Unis semblent ainsi vouloir mettre un coup d’accélérateur au processus.

La Chine, qui d’habitude s’abstient de froisser l’Algérie du fait de leurs solides relations commerciales et de l’importance qu’elle accorde aux ressources énergétiques algériennes en gaz et en pétrole, a également voté en faveur de la résolution, ce qui en dit long par ailleurs sur le rapprochement en train de s’opérer entre Rabat et Pékin depuis la visite de S.M le roi Mohammed VI dans l’Empire du Milieu en mai 2016.

Plein droit
D’ailleurs, le Roi a adressé le lendemain de l’adoption de la résolution sur la MINURSO, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’établissement des relations sino-marocaines, une lettre au président chinois Xi Jinping lui renouvelant son invitation à effectuer une visite au Maroc.

Enfin, le Royaume-Uni, cinquième et dernier membre permanent du Conseil de sécurité, a également voté favorablement à la résolution, sachant que déjà, le 8 août 2018, son représentant permanent à l’ONU, Jonathan Allen, avait souligné «l’importance de consultations avec toutes les parties concernées», y compris l’Algérie, en ce qui concerne le conflit du Sahara marocain, après que le Conseil de sécurité, dont il assurait la présidence tournante et au nom duquel il s’exprimait, avait reçu en audience M. Köhler.

C’est donc fort du soutien de la communauté internationale que le Maroc devrait aborder le rendez-vous de Genève. Les instances onusiennes, sous le magistère de M. Guterres, semblent elles-mêmes mieux intégrer la complexité du conflit du Sahara marocain, dont les ressorts idéologiques hérités de l’époque de la guerre froide reléguent au second plan l’aspect purement juridique et légal donnant plein droit au Royaume sur ses provinces sahariennes. Il faut dire que l’actuel secrétaire général de l’ONU, en tant qu’ancien Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés de juin 2005 à décembre 2015, a éprouvé de près le conflit en question, à travers la problématique des populations sahraouies séquestrées par le Polisario dans les camps de Tindouf, en Algérie, depuis novembre 1975.

Sahraouies séquestrés
A rebours de son prédécesseur, Ban Kimoon, à l’origine d’une crise diplomatique sans précédent entre l’ONU et le Maroc après avoir qualifié, lors d’une visite dans lesdits camps en mars 2016, la présence du Royaume dans son Sahara d’«occupation » -le gouvernement de Abdelilah Benkirane avait alors condamné «les dérapages verbaux, les faits accomplis et les gestes de complaisance injustifiés» du concerné. M. Köhler semble lui-même animé du même esprit que son patron.

Depuis sa désignation en août 2017 par M. Guterres, il a tenté, bon an mal an, de relancer des tractations à l’arrêt depuis mars 2012 et le quatrième et dernier round de Manhasset. Ainsi, le 21 janvier, il avait convié à Berlin les différentes parties prenantes à des entretiens en aparté.

Tractations à l’arrêt
Se rendront dans ce cadre, le 25 janvier, dans la capitale allemande plusieurs dirigeants du Polisario, dont le secrétaire général du mouvement, Brahim Ghali, le président du «Conseil national» de la pseudo «République arabe sahraouie démocratique» (RASD), Khatri Addouh, le coordinateur séparatiste avec la MINURSO, Mhamed Khaddad, et la secrétaire générale de l’«Union nationale des femmes sahraouies» (UNFS), Fatma El Mehdi, suivis respectivement, les 8 et 15 février, du chef de la diplomatie mauritanien, Isselkou Ould Ahmed Izidbih, et de celui de l’Algérie, Abdelkader Messahel.

Les responsables marocains -à savoir M. Bourita, accompagné de M. Hilale, du président de la région de Laâyoune-Sakia El Hamra, Hamdi Ould Rachid, et du président de la région de Dakhla-Oued Ed Dahab, Ynja Khattat- rencontreront, pour leur part, M. Köhler dans la capitale du Portugal, Lisbonne, le 6 mars, non sans avoir sursis plusieurs semaines durant.

Origine du conflit
La raison en est que le diplomate avait donné l’impression de vouloir associer d’autres parties que l’ONU au processus de règlement du conflit du Sahara marocain -l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) et ancien président fédéral d’Allemagne avait notamment rencontré le 10 janvier dans la capitale de la Belgique, Bruxelles, le commissaire à la paix et la sécurité de l’Union africaine (UA), Smaïl Chergui, suivi deux jours plus tard dans la capitale du Rwanda, Kigali, du président en exercice de l’UA, le président rwandais Paul Kagamé, et du président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, en plus de responsables européens dont la haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, le 9 janvier à Bruxelles, et la vice-première ministre et ministre des Affaires étrangères suédoise, Margot Wallström, le 17 mars dans la capitale de la Suède, Stockholm.

Lors de leurs entretiens dans la ville de Rabat le 27 juin, M. Bourita fera ainsi bien comprendre à M. Köhler que le Maroc refuse l’intervention de toute organisation régionale et internationale en dehors de l’ONU.

Paramètres de négociation
Il lui rappellera également les paramètres de négociations fixés par le roi Mohammed VI dans son discours de la Marche verte du 6 novembre 2017, où il avait également insisté sur un règlement respectueux de la souveraineté pleine et entière du Royaume et de son plan d’autonomie, sur la responsabilité des parties à l’origine du conflit dans la recherche d’un règlement définitif et sur le refus de tout dépassement.

Ces entretiens étaient du reste intervenus dans le cadre d’une tournée effectuée par M. Köhler du 23 juin au 1er juillet au Maghreb, et qui de l’aveu de l’intéressé lui avait permis d’«approfondi compréhension du dossier». C’est d’ailleurs suite à cette tournée que le diplomate avait sollicité son audience devant le Conseil de sécurité du 8 août, avant donc d’appeler à la table ronde de Genève. En tout état de cause, M. Köhler semble à l’heure actuelle avoir bien saisi le message.

Reste maintenant à l’Algérie de saisir cette opportunité pour mettre fin à une situation qu’elle a contribué à créer et entretenir depuis plus de quatre décennies, et qui mine pour ainsi dire la construction d’un Maghreb uni et intégré. A ce titre, le discours de la Marche verte de ce 6 novembre, où le roi Mohammed VI a appelé à la mise en place d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation, apparaît comme une porte ouverte à la voisine de l’Est. Celle-ci voudra-t-elle cependant bien y entrer?.

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