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Maân, tout est-il encore possible?

Un nouveau mouvement citoyen voit le jour

Le cocotier politique marocain n'en doit pas moins être secoué et, surtout, dépoussiéré.

Des partis politiques, il n’en manque certainement pas au Maroc, puisqu’à la base près des deux tiers des 35 formations que compte le Royaume ne sont pas représentées au Parlement. Mais des mouvements citoyens? Assurément la chose n’est pas très commune, tant elle ne permet pas vraiment de se sucrer, comme cela semble l’objectif de nombreux de nos politiques aussi bien en herbe que, bien évidemment, au long cours -et, là aussi, il y en a une pelletée. Etrange objet, donc, qu’est Maân, arrivé par effraction sur la scène politique en ce début de printemps 2019, saison révolutionnaire par excellence -pur hasard du calendrier, éventuellement. Objectif affiché de ses lanceurs, pour la plupart des jeunes sans véritable passé partisan: élargir le champ des possibles, et si possible, justement, donner lieu à un nivellement par le haut de l’offre politique proposée aux Marocains. En darija d’ailleurs, Maân koulchi moumkine -nom complet du mouvement- signifie «ensemble, tout est possible».

Les suiveurs de la politique française auront sans doute, au passage, relevé le renvoi au slogan de Nicolas Sarkozy du temps où il faisait campagne en 2007 pour prendre la suite de Jacques Chirac à la présidence -à une différence près que le futur locataire de l’Elysée disait «tout devient possible». Ceci dit, il y a loin d’une volonté de garder le temple, comme c’était le cas en Sarkozye; au contraire, les hommes et femmes derrière Maân s’illustrent plutôt par leur nombreuses initiatives visant à apporter un changement en profondeur non seulement à la société mais, plus largement, au pays: on pourrait citer Zakaria Garti, ancien président de la Tariq Ibnou Ziyad Initiative (TIZI), un groupement d’associations militant pour que les jeunes investissent ou réinvestissent l’espace public, ou encore Salaheddine Nabirha, un des initiateurs de l’école coopérative Al-Badil, qui vise à impliquer les parents dans l’éducation de leurs enfants.

On pourrait voir, au demeurant, dans le mouvement la réminiscence d’une autre idée française, en l’occurrence le parti politique La République en marche, lancé sous quasiment les mêmes auspices en avril 2016 par Emmanuel Macron quand il n’était encore que ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, avant de porter ce dernier à peine une année plus tard à la tête de l’Etat. D’ailleurs, parmi les fondateurs de Maân, on retrouve le sémillant Hamza Hraoui, qui n’était autre que le référent d’En marche (sa dénomination originale) au Maroc en ce temps.

Justement, est-ce de la même conquête de pouvoir dont rêvent nos jeunes Marocains? Il serait, en tout état de cause, trop tôt pour l’affirmer, et sans doute les membres de Maân sont-ils les premiers à balayer d’un revers de main cette éventualité, tant leur mouvement demeure, au final, encore à ses balbutiements. Le cocotier politique marocain n’en doit pas moins être secoué et, surtout, dépoussiéré, à force de tourner en rond loin des soucis du commun de citoyens, et souvent à leur détriment.


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