Malgré la baisse des taux d'intérêt, le crédit bancaire ne décolle pas


En attendant la relance du crédit


La très attendue reprise franche du crédit bancaire n’est toujours pas au rendezvous. Ce qui rend davantage nécessaire l’activation de la démarche concertée Bank Al Maghrib- CGMB- CGEM, prévue pour la fin du premier trimestre 2019. Objectif: relancer le financement bancaire des entreprises.

S’aventurer à prédire la conjoncture nationale est un jeu périlleux. «La seule utilité de la prévision en économie est de rendre l’astrologie respectable », expliquait l’économiste américain John Kenneth Galbraith. Mais des institutions nationales, financières ou non, aussi prestigieuses que Bank Al Maghrib ou le Haut Commissariat au Plan (HCP) ont toutes revu à la baisse, ces derniers trimestres, leurs prévisions de la croissance de l’économie nationale aussi bien pour l’année 2018 que pour l’année 2019. Plus particulièrement à cause de la baisse de la valeur ajoutée agricole. Baisse qui ne manquerait pas de se répercuter sur celle du Produit Intérieur Brut (PIB). Pour ne citer que les chiffres de l’Institut d’émission, annoncés au cours de sa dernière session trimestrielle, tenue le 18 décembre 2018, à Rabat, le PIB n’augmenterait que de 3,3% en 2018 et de 3,1% en 2019, contre 3,5% annoncé en septembre 2018. Outre la croissance économique, Bank Al Maghrib a également revu à la baisse l’évolution du crédit bancaire, suite au ralentissement des prêts accordés aux entreprises. Selon l’institution que dirige Abdellatif Jouahri, «le crédit bancaire au secteur non financier a vu son rythme de progression ralentir à 2,2%, à fin octobre 2018, avec une nette décélération des prêts aux entreprises aussi bien privées que publiques». «Sa croissance a été revue à la baisse à 3,5% en 2018, au lieu de 4% annoncés en septembre dernier et à 3,3% en 2019 , au lieu de 4,5%, avant de s’accélérer à 4,3% en 2020», estiment les experts de Bank Al Maghrib.

Besoins croissants
Ainsi, malgré des taux d’intérêt relativement bas, le crédit ne décolle toujours pas. La croissance est essentiellement soutenue par la demande des ménages. Du côté des entreprises, c’est le statu quo. Depuis au moins deux ans, l’investissement stagne sinon il est sur une pente baissière. Si cette situation persiste, elle pourrait pénaliser tôt ou tard la consommation des ménages.

Les banques marocaines, dont la solidité est attestée non seulement par les organismes financiers internationaux et à leur tête le FMI mais aussi par les agences de notation internationales comme Standard & Poor’s, sont-elles, alors, prêtes à prendre le risque de relancer la machine du crédit ou continueront-t-elles d’être frileuses?

Certes, les banques marocaines ne manquent pas d’atouts. Elles peuvent, notamment, compter sur les dépôts de la clientèle, en particulier des expatriés marocains, pour continuer à financer intégralement la croissance du crédit aux particulier et aux entreprises. Elles peuvent aussi compter sur la contribution positive des filiales africaines qui compensent la baisse des marges sur le marché local due aux taux d’intérêt bas et à une forte concurrence.

Néanmoins, compte tenu du faible accès des banques marocaines au marché financier international, en raison des coûts élevés de ce dernier, elles continueront à utiliser les marchés des capitaux nationaux pour répondre aux besoins croissants en financement et pour renforcer leurs fonds propres.

Grâce à cette solidité et à cette stabilité, la rentabilité des banques marocaines est plus qu’assurée. Est-ce à dire qu’elles courent moins de risques si elles décident de relancer l’encours des prêts au secteur privé? Rien n’est moins sûr, surtout lorsque l’on sait que ces dernières doivent se plier de plus en plus à une régulation et à une réglementation bancaires des plus exigeantes.

Actifs improductifs
C’est l’une des conséquences de la crise financière de 2008. «Depuis Bâle III, il y a un arsenal réglementaire qui va impacter la nature et la façon de distribuer l’épargne que nous collectons»., relevait M’Fadel El Halaissi, directeur général de BMCE Bank of Africa lors de la présentation des résultats semestriels de son groupe en octobre 2018. Résultat, les banques vont se concurrencer pour octroyer les crédits à leur clientèle. Quitte à chercher par tous les moyens à transférer ensuite le risque lié à ces emprunts à d’autres banques ou d’autres acteurs du marché financier.

Cette concurrence sera d’autant plus agressive que persiste la pression qui s’exerce sur la qualité de certains actifs dits «improductifs», alerte l’agence américaine de rating Standard & Poor’s. Agence qui vient de publier une note sur les perspectives des banques dans la région Moyen- Orient et Afrique du Nord (MENA) En effet, les experts de cette agence de notation prévoient que «le total des prêts improductifs restera élevé à environ 7% entre 2019 et 2020».

Nouvelles réglementations
Les secteurs à risque sont l’acier, le tourisme, l’immobilier commercial et la construction. Selon Standard & Pooor’s, «le secteur bancaire marocain reste confronté à une forte exposition aux risques du marché immobilier commercial». Ceci est dû, en grande partie, au surendettement de certaines entreprises de l’immobilier qui sont de plus en plus amenées à faire face à la diminution des transactions immobilières. La qualité des actifs des banques marocaines ne peut que se dégrader davantage à mesure que Bank Al Maghrib ne cesse de faire des efforts pour harmoniser la classification des prêts et pour imposer de nouvelles exigences concernant l’augmentation des provisions générales.

Par nouvelles exigences, l’agence américaine de notation fait référence, notamment, à la norme IFRS 9. Référence adoptée en 2018, introduisant un nouveau modèle de reconnaissance des dépréciations attendues des actifs financiers, basé sur la perte de crédit. À cette norme IFRS 9, d’autres vont s’ajouter en 2019: la réforme du ratio de liquidité et celle du ratio d’effet de levier. Soit autant de nouvelles réglementations qui vont dans le sens du renforcement en fonds propres. Plus que jamais les banques marocaines sont appelées, donc, à adapter leurs modèles et leur organisation à ces nouvelles réalités.

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