Marché de l'immobilier: La corruption a la peau dure

Le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Habitat a réalisé une étude qui confirme la prédominance de la corruption dans le secteur de l’urbanisme et de l’immobilier.

C’est un phénomène connu de tous mais très difficile à éradiquer. La corruption touche tous les secteurs d’activités mais elle devient quasiment incontournable lorsque l’on se penche sur les pratiques dans le secteur de l’urbanisme et de l’immobilier. Le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat a commandé un rapport en ce sens qui a été présenté mercredi 15 mai 2019 à Rabat par le ministre Abdelahed Fassi Fihri et les résultats épinglent les mécanismes de la gouvernance, du contrôle et du suivi. Cette enquête, menée durant 18 mois dans les villes de Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech et Fès, a sollicité le concours de 1.600 personnes de toutes les branches du secteur immobilier. Dans ses conclusions, le rapport explique que les pots-de-vin et le paiement «au noir» apparaissent comme les formes les plus répandues de corruption, avec 78% des cas rapportés. Derrière, le ministère liste également des cas d’extorsion, de fraude, de favoritisme et de détournement de biens et de services publics. Si le diagnostic montre que la corruption est très répandue dans le secteur de l’urbanisme et de l’immobilier, la recherche sur le terrain révèle une autre donnée. Il s’avère ainsi que «la corruption dans ce secteur est un phénomène complexe, dans ses multiples formes et dimensions, selon le contexte et les motivations qui la conditionnent », selon le rapport.

Carences et lacunes juridiques
Les citoyens ne dénoncent pas les cas de corruption qu’ils ont subis, soit parce qu’ils craignent d’être confrontés à d’autres problèmes, soit parce qu’ils croient que la dénonciation ne change rien à leur situation. Pourtant, 50% des personnes interviewées estiment que les efforts déployés ont permis de circonscrire ce phénomène, notamment à travers la mise en place d’un numéro vert dédié depuis 2015. D’autre part, plus de 30% des sondés considèrent que les campagnes de sensibilisation sur les dangers de la corruption commencent à donner des résultats.

L’étude s’est penchée sur l’identification des dangers dans le domaine de la panification et de la gestion urbaines en procédant à l’élaboration et à l’approbation des documents d’urbanisation, des autorisations et des procédures de dérogation, ainsi qu’à l’exécution et la commercialisation des projets immobiliers. L’étude relève aussi des carences et des lacunes dans le cadre juridique et organisationnel du secteur. De plus, les citoyens ignorent dans la plupart des cas les procédures, qui ne sont pas respectées lors des opérations d’exécution.

D’autres facteurs contribuent à la propagation de ce fléau, notamment l’environnement social et économique des victimes de corruption. Un environnement caractérisé par la précarité et la perte de confiance des citoyens dans les services de l’Etat. Afin d’inverser cette tendance, le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme a élaboré un plan de travail qui va de paire avec la stratégie nationale de lutte contre la corruption. Ce plan comprend, notamment, l’amélioration de l’accès à l’information, la consolidation des mécanismes de la gouvernance et la condamnation des corrompus. Une première étape nécessaire afin d’éradiquer ce fléau.


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