MAROC-ALGÉRIE: Les historiques reprennent du service

Abderrahmane Youssoufi et Lakhdar Ibrahimi.

Prenant à témoin son ami Lakhdar Ibrahimi, Abderrahmane Youssoufi s’adresse à l’élite politique de l’Algérie. Il reprend l’offre royale d’un mécanisme conjoint de concertation et de négociation.

À son départ de la primature en 2002, Abderrahman Youssoufi avait précisé qu’il ne quittait pas la politique, mais toute activité partisane, voire toute fonction officielle. Il vient d’en donner confirmation en reprenant la parole à propos d’un sujet du plus haut intérêt national. Il s’agit évidemment de la question du Sahara marocain dans son contexte et dans sa dualité maroco-algérienne. La lettre adressée le vendredi 9 novembre 2018 à l’élite politique de l’Algérie est une réaction au discours de S.M. le Roi lors de la commémoration du 43ème anniversaire de la Marche verte, le 6 novembre.L’auteur développe une série d’appréciations et de propositions pertinentes sur ce conflit monté de toutes pièces et qui perdure. Dans une atmosphère de crispation extrême et de risque de confrontation désastreuse, M. Youssoufi relève le souhait du Souverain de voir son initiative perçue comme «une réponse d’espoir rassurante face à l’anxiété qui hante les élites des deux pays quant à l’avenir incertain de la région». Pour que son message ne soit pas cloîtré dans le seul espace marocain, M. Youssoufi n’a pas manqué de citer son ami de toujours, Lakhdar Ibrahimi, ancien ministre des Affaires étrangères algérien, secrétaire général adjoint de la Ligue arabe et de l’ONU.

Vicissitudes historiques
C’est en somme l’homme qui a assisté à la naissance de ce conflit et suivi les tribulations de ce dossier à l’échelle internationale. Tout comme Abderrahman Youssoufi, Lakhdar Ibrahimi n’a pas l’habitude de parler pour ne rien dire.
Pour lui, la situation qui prévaut dans la région n’est rien d’autre que l’expression de l’échec d’une génération à réaliser le rêve du grand Maghreb. Il souhaite que la nouvelle génération de dirigeants politiques au Maroc et en Algérie puisse accomplir cette mission. En gros, les deux hommes historiques s’inscrivent dans une dynamique de normalisation irréversiblement portée sur l’avenir immédiat.

M. Youssoufi se dit «réjoui que le Souverain ait rappelé la conférence de Tanger de 1958, entre les partis politiques d’Algérie, du Maroc et de Tunisie». Cette rencontre avait effectivement infligé un cinglant démenti aux forces de l’intérieur et de l’extérieur qui voulaient opposer deux pays déjà décolonisés, le Maroc et la Tunisie, à l’Algérie toujours en lutte pour sa libération. Malheureusement, dirait M. Youssoufi, les faits historiques, aussi têtus soient-ils, n’ont conforté ni l’esprit ni la lettre de la conférence de Tanger. On sait ce qu’il en a été dans les années 60 et 70, plus particulièrement. Durant sa longue quête politique, Abderrahman Youssoufi a cette singularité ou presque de n’avoir jamais été réfugié politique en Algérie. Ceux qui avaient ce statut dans un premier temps, tels fquih Basri et ses compagnons, ont quitté l’Algérie dès après la prise de position d’Alger envers la récupération du Sahara marocain par le Maroc. Malgré toutes les vicissitudes historiques que les relations maroco- algériennes ont connues à ce jour, M. Youssoufi a estimé que «la position sincère du Roi, qui n’accepte aucune surenchère, a pour seule finalité de trouver des solutions efficaces aux problèmes en suspens».

Lorsque M. Youssoufi reprend l’offre royale d’un mécanisme conjoint de concertation et de négociation, on se dit que des historiques pas comme les autres, tels un Youssoufi venu de l’opposition à Hassan II et un Ibrahimi fin diplomate, peuvent encore reprendre du service, malgré l’échec avéré de leur génération dont ils sont les premiers à témoigner.

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