Le maroc et la pax americana pour la palestine

Le Roi reçoit Jared Kushner, conseiller du président américain

Le Maroc n’entend pas s’aligner de manière inconditionnelle sur le déploiement de la politique américaine, pour ce qui est du conflit du Moyen-Orient.

Mardi 28 mai 2019, Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain Donald Trump, a été reçu par S.M. Mohammed VI, qui lui a offert un «iftar». Le porte-parole du Palais a précisé à cette occasion que les discussions ont été centrées sur «les évolutions et les développements que connaît la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient». Elles ont également porté sur le partenariat stratégique entre Washington et Rabat. Jason Greenblatt, autre conseiller du locataire de la Maison Blanche qui l’accompagnait, a réagi dans la soirée sur Twitter en se disant «honoré» d’avoir partagé ce repas avec le Souverain en louant au passage sa «sagesse» et en soulignant également que «le Maroc est un ami important et un allié des Etats-Unis».

Cela dit, le proche de Trump a commencé par Rabat une tournée qui l’a conduit ensuite en Jordanie puis en Israël. Il est mobilisé pour demander l’appui à son plan de paix israélo-palestinien dont le volet économique intitulé «De la paix à la prospérité» doit être présenté dans quatre semaines à Manama (Bahrein). Ce rendez- vous a été fixé pour les 25 et 26 juin. Qui y participera? Les Emirats arabes unis ont donné leur accord mais pas les Palestiniens.

Par la voix de Saëb Erakat -secrétaire général de l’OLP-, ils ont dénoncé une politique qui se propose de promouvoir «une normalisation économique de l’occupation israélienne de la Palestine». Et d’ajouter que «Notre objectif n’est pas d’améliorer les conditions de vie sous l’occupation, mais d’atteindre le plein potentiel de la Palestine en mettant fin à l’occupation israélienne ». Une fin de non-recevoir au plan américain.

Le Maroc participera-t-il à cette conférence de Manama? Aucune indication ne peut être formulée pour l’heure à cet égard. Il vaut cependant d’appuyer de nouveau ce que l’on pourrait appeler les fondamentaux de la position de Rabat à propos de la cause palestinienne. Position qui est aux antipodes de la politique menée par Tel Aviv et particulièrement par le gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahu depuis plus d’une décennie.

Ainsi, le Maroc soutient activement la préservation de l’intégrité de la ville sainte d’Al-Qods et celle des droits légitimes de ses habitants. Une position de principe constante et réitérée encore à la fin 2017 à l’occasion de la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d’Israël. Président du Comité d’Al-Qods, créé par l’OCI en mai 1979, le Royaume est partie prenante dans ce dossier. Rabat est tout mobilisé avec une politique de solidarité agissante pour le recouvrement total des droits des Palestiniens, pour la dénonciation des colonies israéliennes dans les territoires occupés depuis 1967, pour l’évacuation des territoires occupés et pour la levée de toutes les mesures de répression et d’exception frappant les Palestiniens. Le Maroc considère que la solution à deux Etats est la seule configuration pouvant asseoir un véritable plan de paix. Or l’administration Trump délaisse aujourd’hui cette option et le projet de plan de Jared Kushner écarte pratiquement une telle perspective de règlement.

Autant de facteurs auxquels il faut ajouter l’axe Trump-Netanyahu, de plus en plus accentué avec Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël et la volonté d’annexion du Golan et de la Cisjordanie -une politique soutenue elle aussi par Washington. Si le Maroc est bien soucieux de consolider les relations bilatérales avec les Etats Unis, il n’entend pas pour autant s’aligner de manière inconditionnelle sur le déploiement de la politique étrangère de ce pays, en particulier pour ce qui est de la recherche d’un plan de paix israélo-palestinien. Le dialogue et la concertation doivent être privilégiés en lieu et place de l’unilatéralisme et des actes de force et de violence. La paix et la sécurité ne pourront qu’y gagner en définitive pour peu que soient pris en considération les droits légitimes des Palestiniens, leur dignité et leur liberté.


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