LE MAROC DU PJD NE VA PAS BIEN

Abdellatif Mansour

Après sept ans à la tête de l’Exécutif, les islamistes ont bloqué la marche vers le modernisme et les perspectives d’un mieux-vivre au Maroc.

Les islamistes de chez nous n’ont cessé d’être observés sous tous les angles et à tous les niveaux de leur action publique. Autant leur arrivée au pouvoir avait un côté inédit et quelque peu spectaculaire, autant leur gouvernance dans son ensemble a progressivement perdu de son aura du départ. Les voilà donc passibles d’un autre bilan d’étape.

Chaque mois devant le parlement pour les questions orales, Saâd Eddine El Othmani s’efforce d’embellir un tableau plutôt morne. De prime abord, le PJD semble avoir placé la barre trop haut. Par delà les circonvolutions de langage et la référence unicitaire du Coran, le programme des islamistes est tout simple; il propose de réformer le pays. Autrement dit, sonder toutes les failles qui handicapent le pays et offrir des approches et des solutions de dépassement. Rien que ça! Pourquoi pas, estiment de larges franges de l’opinion publique. Pourquoi ne pas essayer ces islamistes qui veulent faire de la politique à leur manière? Les autres, on les a pratiqués à nos dépens. C’est le sentiment qui prévalait en novembre 2011, et qui a fini par se traduire dans les urnes et qui a propulsé le PJD au rang de premier parti du Royaume.

Le contexte était vraiment favorable, pas seulement national, mais aussi arabe. Le PJD a construit son discours réformateur sur le thème générique de la moralisation de la vie publique. En clair, la lutte contre la corruption dans les allées du pouvoir.

Interrogé sur la corruption au parlement, et à court d’explications recevables, M. Benkirane, alors Chef gouvernement, dira que le phénomène a toujours existé. Demander au PJD d’y mettre un terme, en si peu de temps, c’est demander l’impossible. On en est encore là avec le gouvernement islamiste bis, de Saâd Eddine El Othmani. Les gens du PJD murmurent ici et là que le gouvernement a été dessaisi de ce dossier. Une échappatoire facile qui rejoint la théorie d’un gouvernement de l’ombre qui tirerait les ficelles sur un sujet excessivement sensible. On n’y peut rien, semble dire le PJD au pouvoir depuis sept ans. Résultat, sur le front de la corruption on ne pourra pas dire qu’un gouvernement islamiste ait réalisé une once de progrès dans ce domaine. Tant s’en faut.

L’autre secteur ardemment appelé à se réformer, est toujours profondément malade; l’enseignement en général et l’école publique en particulier. Le PJD ne s’est pas vraiment distingué par une volonté ferme de mener à son terme une politique de reprise en main par l’État. Au contraire, il semble être rétif à l’idée de modernisation de l’éducation nationale. Ses troupes du conseil national ne veulent entendre parler que de réformes par un monolinguisme total. Les pjidistes s’autoproclament défenseurs de la langue maternelle, l’arabe dans ses variations classiques et dialectales. L’ouverture sur d’autres langues, l’anglais et le français, ne passe pas; même si elle ne concerne que les matières scientifiques, dans les programmes scolaires. On peut, comme ça, faire le tour des départements clés censés être gérés par le gouvernement. On aboutit immanquablement à la même évaluation, au même résultat.

Au final et d’un point de vue de gouvernance, le PJD a été plutôt un facteur de retardement, sinon d’empêchement des mesures propices à faire avancer les secteurs les plus névralgiques vers plus de mises à jour et d’efficacité. Il aura été un incitateur à des postures de conservatisme conforme à ce qu’il considère comme des dogmes indépassables.

Si ce n’était pas le cas, pourquoi alors cet appétit de départ vers d’autres cieux des cadres marocains? En avril 2018, le portail marocain pour l’emploi ReKrute lançait un sondage auprès de 1.882 personnes, dont la moyenne d’âge est de 35 ans, avec des profils Bac+3 ou plus. Les résultats avaient permis de démontrer que 91% des Marocains interrogés souhaitaient partir travailler à l’étranger, pour notamment faire évoluer leur carrière, pour améliorer leur qualité de vie et leur environnement de travail. Autre chiffre préoccupant avancé en avril dernier: 8.000 hauts cadres marocains, formés dans les secteurs public et privé du Royaume, quittent chaque année le Maroc, dont 600 ingénieurs. Tout est dit.

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