Les Marocains croulent sous les dettes

Les dettes des ménages ont atteint 360 milliards de dh en 2018

Une chose est sûre: la crise économique a érodé considérablement le pouvoir d’achat des Marocains. D’où leur recours massif aux banques pour financer leurs projets de vie ou tout simplement faire face à certaines dépenses importantes.

D’année en année, les ménages croulent sous les dettes. Les chiffres sont particulièrement vertigineux. À fin 2018, l’endettement des ménages a dépassé 360 milliards de dirhams. Un niveau astronomique si on le compare au niveau de 2006 avec un endettement de seulement 90 milliards de dirhams. En douze ans, cet endettement a quintuplé, atteignant des niveaux qui paraissent difficilement maîtrisables. Révélés par Bank Al Maghrib, les chiffres rendent probablement compte d’une situation financière catastrophique pour les familles marocaines. Une situation qui prouve que la crise économique a considérablement écorné le pouvoir d’achat des Marocains.

Endettement quintuplé
Ce qui les pousse à aller vers les banques et les sociétés de financement pour réaliser leurs projets de vie ou tout simplement faire face à certaines dépenses importantes comme les soins médicaux ou encore les frais de scolarité de leur progéniture. L’analyse des crédits contractés par les ménages révèle qu’ils sont orientés principalement vers les besoins de financement du logement. Les salariés et les fonctionnaires sont les premiers bénéficiaires du crédit à l’habitat. Ils détiennent des parts respectives de 48 et 34%. Les artisans et commerçants représentent, quant à eux, 14% des bénéficiaires contre une part de 3% pour les personnes exerçant une profession libérale.

Le profil des bénéficiaires par revenu démontre que la part des dossiers des personnes percevant un salaire inférieur de 4.000 dirhams a baissé d’un point en 2018, revenant ainsi à 32%. En parallèle, la part des personnes ayant des revenus supérieurs à 10.000 dirhams s’est légèrement appréciée pour se situer à 30%. Les crédits à l’habitat sont très demandés par les personnes âgées de plus de 40 ans, soit 64% du nombre total des dossiers. Les personnes âgées entre 30 et 40 ans représentent 29% au moment où ceux ayant moins de 30 ans ne détiennent que 7% des dossiers de crédit à l’habitat. Concernant les crédits à la consommation, le prêt personnel est le type de crédit le plus demandé par l’ensemble de la clientèle, en dépit de son âge et son revenu. Ce recours est de plus en plus observé chez les clients à faible revenu. Les prêts pour achat de véhicules sont, en revanche, plus utilisés par les clients à revenu plus élevé. Il ressort également des chiffres révélés par Bank Al Maghrib que 40% des crédits à la consommation sont ouverts par des personnes ayant un revenu inférieur à 4.000 dirhams.

Défauts de paiement
Les clients dont le salaire est supérieur à 10.000 dirhams représentent, en revanche, 24% des dossiers globaux. Par répartition territoriale, ces crédits ont été plus contractés au niveau des agglomérations urbaines avec une part de 30% pour la région Casablanca-Settat et 20% pour Rabat-Salé-Kénitra. Et qui dit hausse des crédits contractés par les ménages, dit également hausse des créances en souffrance. Pris sous l’étau resserré des dépenses, les ménages pour certains d’entre eux ne parviennent pas à honorer leurs engagements de remboursement envers les banques. La Banque centrale a ainsi constaté un défaut de paiement fréquent chez les ménages. C’est ainsi que les créances en souffrance chez les banques se sont élevées à 25 milliards de dirhams environ en 2018. S’agissant des sociétés de crédit à la consommation, leurs créances en souffrance se chiffrent à 5,6 milliards de dirhams.

Avec de tels niveaux de défauts, les établissements de crédit affrontent des risques élevés de récupération de leur argent. D’où les dernières décisions de Bank Al Maghrib de créer des centrales de risques où les banques et les sociétés de financement puisent toutes les informations concernant les clients: historique des crédits contractés, nombre de défauts de paiement, importance des contentieux et éléments de la solvabilité. Depuis sa mise en place, cette centrale des risques, accessible à tous les établissements de crédit, demeure l’un des outils de mesure de risque les plus utilisés. Mais ce n’est pas pour autant un moyen pour empêcher les défauts de paiement. Asphyxiés par les crédits, les ménages marocains font face à une hausse certaine du coût de la vie qui est supérieure à l’accroissement des niveaux de salaires.

Des conditions draconiennes
Cette hausse du coût de la vie se couple avec la hausse du chômage, l’inefficacité des services publics ainsi que l’injustice fiscale. Tous ces facteurs plongent les ménages marocains dans la pauvreté et la misère. En l’absence d’écoles publiques de qualité, les familles se saignent financièrement pour offrir à leurs enfants une meilleure éducation en s’orientant vers les écoles privées qui ne cessent d’augmenter leurs frais de scolarité d’année en année. De même pour les hôpitaux publics, dont les prestations médiocres poussent les Marocains à s’offrir les soins des cliniques privées qui, elles, imposent parfois au mépris de la loi leurs conditions draconiennes, notamment la présentation d’un chèque de garantie avant l’acceptation du patient. De telles pratiques compliquent davantage la situation financière des marocains. Jusqu’à quand pourront-ils encore tenir?.


1 commentaire

  • ben mhammed

    29 Octobre 2019

    Tiens tiens .Ca me rappelle quelque chose . L etat croule sous ses dettes aussi n est pas ? le fruit ne tombe jamais loin de l arbre comme dirait l autre.

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