La ministre Mbarka Bouaida sur le départ

VOUS AVEZ DIT REMANIEMENT?

L’éventualité d’un changement au sein du cabinet El Othmani n’est pas virtuelle, au vu du faible allant de sa politique de réformes.

Chacun y va donc de son couplet: il y aurait un remaniement du gouvernement dans l’air. Des rumeurs récurrentes depuis des mois et qui se précisent ces semaines-ci. Qu’en est-il, au vrai? «Ce qui est mis en cause, aujourd’hui, c’est la question de la présidence du Conseil de région Guelmim-Oued Noun, assurée depuis 2015 par Abderrahim Bouaïda. Ce conseil a été suspendu par arrêté du ministre de l’Intérieur en mai 2019 par suite du blocage de cette collectivité locale lié à la crise ouverte entre ce même président et l’opposition. Ce vendredi 5 juillet se tient une séance ayant pour objet de prendre acte de la situation de carence et d’élire un nouveau président. Mbarka Bouaida -sa cousine… - et l’unique candidate. Secrétaire d’État à la Pêche maritime, son élection serait incompatible avec son maintien au gouvernement. Son département sera-t-il supprimé? Un nouveau titulaire sera-t-il nommé». C’est là la première piste a minima à suivre.

Ce qui est mis en avant, dernièrement, c’est la question de la présidence du conseil de région Guelmim-Oued Noun, assurée encore par Abderrahim Bouaïda, qui aurait présenté sa démission le 13 juin 2019. Un acte qui fait suite à une mesure de suspension de cette collectivité territoriale, un mois auparavant, par suite du blocage de celle-ci lié à la crise ouverte entre ce même président et l’opposition. S’opérerait alors un jeu de chaises musicales avec son remplacement par Mbarka Bouaïda -sa cousine...- actuelle secrétaire d’Etat à la Pêche maritime.

Force est de relever, en effet, à cet égard que ses ambiguïtés, voire même ses contradictions, ont fortement contribué à entretenir un climat quelque peu fragilisant et délétère qui pèse sur la scène politique et l’état d’esprit de tous. Tantôt, il précise que ce sujet n’est évoqué que dans les médias nationaux. Tantôt, il estime que ce n’est pas «tabou» et qu’un changement peut se faire à tout moment si des circonstances et conditions objectives poussent dans ce sens. Puis, il livre une autre lecture en se retranchant derrière le fait qu’aucun parti de la majorité n’a formulé une demande dans ce sens. Enfin, il corrige tout cela en concédant qu’il a bien pensé, un temps, à réduire le nombre des neuf secrétaires d’Etat de son cabinet mais qu’il s’est finalement ravisé par suite d’un agenda politique urgent.

Faut-il s’étonner de ces variations? Pas vraiment. Pourquoi? Parce que Saâd Eddine El Othmani n’en sait rien, pas plus que la presse ou les citoyens de base. L’on a, par exemple, en mémoire sa déclaration hasardeuse, lors du forum de la MAP, le mercredi 18 octobre 2017, où il avait déclaré que la question d’un remaniement du gouvernement n’était pas à l’ordre du jour. Six jours plus tard, le 24 octobre, S.M. le Roi limogeait quatre ministres, suite au rapport de la Cour des comptes sur la gestion et l’application du programme de développement d’Al Hoceima. Cela dit, n’en reste pas moins cette interrogation de principe: en l’état, le cabinet El Othmani peut-il continuer jusqu’à la fin de la présente législature, en 2021? Un changement est déjà intervenu en janvier 2018 pour remplacer les ministres remerciés.

Dans la pratique institutionnelle; depuis plusieurs décennies, des remaniements sont toujours intervenus à mi-mandat de la législature. Si bien que l’éventualité d’un changement au sein de ce cabinet n’est pas virtuelle ni incongrue parce qu’elle pourrait prévaloir au vu du faible allant de sa politique de réformes et de son incapacité à restaurer la confiance et l’adhésion, c’est tellement vrai que le Chef du gouvernement n’a pas osé solliciter un vote de confiance du Parlement lors de la présentation de son bilan à mi-mandat, le 13 mai 2019.

Une relance s’impose; un nouvel élan est désormais une forte exigeante. N’est-ce pas d’ailleurs la recommandation royale, le 12 octobre 2018, devant le Parlement, appelant à «une nouvelle approche, centrée sur la satisfaction des besoins des citoyens, apte à réduire les inégalités et les disparités existantes et à instaurer la justice sociale et territoriale». Neuf mois après, quelle concrétisation a été faite de ces orientations? Qui porte véritablement les réformes annoncées et réussit à les incarner? Est-il en mesure d’accélérer le rythme de ses programmes sectoriels? Il ne paraît pas en effet pouvoir mobiliser en son sein et de sa majorité des ressources susceptibles de lui donner le souffle approprié ni la crédibilité nécessaire pour tourner le dos à son premier mi-mandat, heurté, cabossé et même quelque peu chaotique.


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