Mohamed Yatim et sa libido


Le ministre de l’Emploi rattrapé par ses mésaventures amoureuses


Même ses péripéties amoureuses ne l’ont pas fait parler. Syndicaliste sur sa carte de visite et ministre du travail à ses heures, il semble avoir eu ce statut pour faire de l’ombre sur d’autres prises de parole.

En plus d’une double vie en même temps, Mohamed Yatim a voulu avoir deux vies de suite. Il y a eu le Yatim du visage orné d’une barbe blanche bien fournie et le Yatim rasé de près. Les deux vies se suivent et se laissent vivre sans autre débordement venant de l’extérieur, en dehors d’une crise conjugale à huis clos. Il y aura problème dès que le regard et le jugement du dehors s’en sont mêlés. Se sentant un peu plus nanti que par le salaire de prof d’antan, M. Yatim voulait prendre femme. Une deuxième, parce qu’il en avait déjà une. Les deux amoureux ne se cachent plus. Bien au contraire, ils s’affichent par un «voyage de noces» en France. Pas vraiment à Venise, mais presque.

On les voit ainsi pavaner dans les rues de Paris mano à mano. Qu’ils soient islamistes militants et informés ou simples citoyens puritains, les aventures amoureuses du ministre deviennent le sujet de prédilection dans les milieux huppés de tout Rabat. On ricane sous cape, quand on ne se pousse pas des coudes pour faire semblant d’être désolé. Le ministre du travail qui n’a pas vraiment donné satisfaction à un seul postulant à l’emploi, aura au moins trouvé du travail à sa compagne avec promotion sociale à l’appui.

Discrétion à toute épreuve
Côté épouse légitime, elle s’arc-boute sur sa position de principe et de droit. Elle ne veut ni de polygamie sous la forme ridicule d’un ménage à trois, ni de séparation à son détriment. Blocage dans le registre du statut de la femme et de la famille. Les errements de coeur de M. Yatim deviennent une affaire d’État, car, faut-il le rappeler, le principal protagoniste est membre du gouvernement de SM le Roi. Les plus gênés dans cette histoire sont évidemment les islamistes du PJD.

Les amis de Saâd Eddine El Othmani essayent, tant qu’ils peuvent, de circonscrire l’affaire dans les limites de fiançailles un peu trop rapides, qui auraient gagné à attendre l’aboutissement de la procédure de divorce. Une impatience imprudente. Sans plus. Aussi vrai qu’un ministre aussi pouvait être pris dans les filets célestes d’un coup de foudre subitement venu d’une promesse de septième ciel. Une bonne part de la littérature universelle tourne autour de ce thème aux significations multiples. Il n’y aura donc pas de suite au niveau du parti.

Ceux qui attendaient d’autres épisodes d’une affaire de coeur aux dimensions politiques, repasseront. En déployant un véritable paratonnerre de protection de leurs ministres, M. El Othmani et consorts semblent dire que des affaires de moeurs de ce type, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Pourquoi alors avoir la main lourde contre les siens?

D’autant plus que Yatim n’est pas un poids lourd dans un équilibre politique à partir d’un épicentre formellement islamiste. Même pour provoquer une crise entre le gouvernement et la direction du PJD, M. Yatim ne serait pas la bonne mèche. Il serait même une mèche mouillée.

Le ministre du travail a toujours brillé par une discrétion à toute épreuve, alors qu’il est à la tête d’un département clé de tous les problèmes qui secouent la société et les centres du pouvoir, la dualité de la chose et son contraire, l’emploi et le chômage. S’il en était autrement, sous la direction de M. Yatim, il aurait pour le moins réussi à sortir le dialogue social de ses ornières devenues endémiques.

On l’a vu lors des négociations avec les partenaires sociaux se distinguer par une sorte d’absence-présence qui n’a pas été de nature à rapprocher le trio salariés, patronat, gouvernement. Le plus étonnant dans cette attitude, c’est ce silence inaudible, contrairement à d’autres plutôt assourdissants, c’est qu’avant d’être ministre du travail, M. Yatim a été secrétaire général de l’UNTM (Union nationale des travailleurs marocains), un syndicat d’obédience islamiste. Jusqu’à nouvel ordre, un syndicaliste n’est pas fait pour se taire, mais pour se faire entendre, en toute liberté de parole et de prise de position. À l’évidence, ce n’est pas le cas de Mohamed Yatim.

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