LE MOUTON ET L'INTERNET

La tromperie sur marchandise sera difficile quels que soient les moyens de communication.

Comme d’habitude, les moutons dédiés à la grande fête (l’aid El kebir), c’est l’unique sujet de discussion du matin au soir. On ne s’en lasse pas. Les différences entre les espèces sont passées au peigne fin au milieu d’une marée de bêtes que les camions déversent à chaque retour de leurs douars, à chacune de leurs norias permanentes. Cette année, les termes de l’opération changeront. Le deal se fera par les réseaux sociaux. L’annonce des prix sera affichée sur Internet. À la pesée, le prix sera fixé entre 45 et 50 dirhams le kilo. Les éleveurs de moutons feront désormais leur entrée fracassante dans le monde de l’Internet.

Il est vrai que la compétition acharnée entre le vrai et le faux, quelle que soit l’espèce préférée, ne sera pas facile. Le Sardi est parmi les espèces les plus recherchées. Il est donc l’objet de toutes les convoitises. Mais l’habillage d’apparat du vrai Sardi avec sa robe blanche immaculée, fera encore mieux ressortir le noir premier des taches du visage. Que le Sardi soit des Rhamnas ou de la Chaouia, la tromperie sur marchandise sera difficile quels que soient les moyens de communication. À la télévision cela paraîtra encore mieux. Il suffit que la caméra soit voyageuse et fouineuse pour ne rater aucun angle de vision. Le mouton ne sera plus de la fête, même s’il n’a pas encore été immolé. Le tripotage de tout avenant, même pas réservé aux professionnels et aux connaisseurs, ne sera plus possible.

Ce que tout un chacun attend avec impatience, c’est évidemment le prix. S’il y a un domaine où l’on n’est plus dans le virtuel, c’est bien celui de l’argent par dessus tout. Notre paysan armé de son téléphone portable, plus ou moins informé par sa télévision, quand elle n’est pas en panne, sur le cours du marché et par le bouche à oreille, préfère être payé séance tenante. Si possible en argent liquide. Même le chéquier, profondément enfoui dans la capuche n’est pas utilisable en ce moment, encore moins une carte de crédit qui n’a pas lieu d’être. Certains vendeurs, pas loin d’une certaine modernité, histoire d’être un peu plus attractifs, sont prêts à faire crédit. Dans cette évolution, des modes d’acquisition, de consommation et d’adaptation veulent bien s’essayer à ces technologies nouvelles, mais sans que cela ne soit à leur dépens, tel qu’on leur demande de picoter sur leur capital de base.

Que peut-on déduire de cette offre bancaire? Dans cette évolution, qui est loin de se produire à guichet fermé, il en ressort que tout n’est pas virtualisable. De ce rassemblement du troupeau au souk où les produits ne sont plus appréhendés que par l’avant l’aid, l’aid lui-même et l’après l’aid, il ressort que la vie économique et sociale s’organise autour de cet aid. L’un des meilleurs moments d’observation de cette société qui est la nôtre et qui s’organise et se met en fonction par l’aid.


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