Netanyahou au Maroc: viendra, viendra pas ?


Le premier ministre israélien annoncé dans le Royaume


Plusieurs médias annoncent depuis quelques jours une visite du Premier ministre israélien au Maroc. Les conditions sont-elles cependant réunies pour un tel déplacement?

Pour l’heure, une simple rumeur. Mais une rumeur qui fait beaucoup réagir. Une visite du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, au Maroc, ce n’est visiblement pas la tasse de thé de tout le monde. Ce lundi 28 janvier 2019 devant le parlement à Rabat, une dizaine d’activistes pro-palestiniens emmenés notamment par Ahmed Ouihmane, président de l’Observatoire marocain de lutte contre la normalisation fondé en janvier 2013 ont tenu un sit-in pour la dénoncer. Déployant une demi- douzaine de banderoles, ils ont traité M. Netanyahou de «raciste», de «terroriste» et de «corrompu» et l’ont grimé en «Hitler du XXIe siècle».

Dans une de ces banderoles, on peut ainsi voir le dirigeant israélien affublé de la moustache en brosse à dents caractéristique du führer allemand ainsi que de l’uniforme nazi et effectuant le salut fasciste, main droite tendue vers l’horizon. «Le criminel Netanyahou: une carte brûlée qui brûle quiconque s’approche de lui», peut-on également lire, en caractères rouges en arabe, sur cette banderole. C’est que les activistes en question tiennent rigueur à M. Netanyahou du nombre de morts et de blessés enregistrés dans les rangs palestiniens au cours de ses deux mandats à la tête du gouvernement (de juin 1996 à juillet 1999, puis depuis mars 2009). Ils l’accusent de fomenter un ethnocide visant à purifier l’ancienne Palestine mandataire de toute présence arabe, conformément à un sionisme révisionniste auquel il adhère depuis sa prime jeunesse.

Sachant l’attachement de beaucoup de Marocains à la cause palestinienne, un déplacement de M. Netanyahou au Maroc serait en tout état de cause peu opportun et quelque peu problématique pour les responsables marocains. Rappelons que le roi Mohammed VI avait annulé, en juin 2017, sa participation à la 51ème session ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à Monrovia, au Libéria, justement parce que le concerné y prenait également part. Dans un communiqué publié deux jours avant l’événement, le Cabinet royal avait indiqué que le Souverain «souhaite que sa première présence à un sommet de n’intervienne pas dans un contexte de tension et de controverse, et tient à éviter tout amalgame ou confusion».

Accord de compromis
Le contexte régional a toutefois beaucoup évolué au cours de l’année écoulée. Ces derniers mois, M. Netanyahou a lancé une véritable offensive en direction des pays arabes. Cette offensive s’est notamment traduite par sa visite, la première d’un responsable israélien de son rang, le 26 octobre 2018 à Oman, suivie du rétablissement officiel, le 19 janvier 2019 après plus de 46 ans de coupure, des relations israélo-tchadiennes, dans le cadre de son déplacement de deux jours à Ndjamena (le président tchadien, Idriss Déby Itno, avait fait le chemin contraire le 25 novembre). M. Netanyahou a également, en même temps, opéré un rapprochement avec l’Arabie saoudite et son prince héritier, Mohammed ben Salmane, qu’il avait publiquement soutenu suite au déclenchement de l’affaire du journaliste Jamal Khashoggi, disparu le 2 octobre au consulat saoudien d’Istanbul et assassiné le même jour. Le Premier ministre israélien semble notamment puiser son inspiration dans la doctrine de la périphérie de son prédécesseur, David Ben Gourion, premier président d’Israël, laquelle doctrine consistait à prendre attache avec les pays situés dans son voisinage indirect, tels l’Iran du shah Mohammad Reza Pahlavi ou la Turquie des généraux dans les années 1950, afin de sortir Tel-Aviv de son isolement.

Le Maroc, moins ouvertement que les deux pays suscités, fut également à partir des années 1960 un des piliers de cette doctrine, d’autant qu’il comptait une importante communauté juive (quelque 250.000 personnes en juin 1967) susceptible de peupler les recoins abandonnés du nouvel Etat. A ce titre, des liens furent établis en février 1963 dans le cadre de ce qui fut appelé «l’accord de compromis», acté lors d’une visite de Meir Amit, directeur général du Mossad, principal service de renseignement israélien, dans la ville de Marrakech, où certains affirment qu’il aurait été reçu par le roi Hassan II en personne.

Défendre de la cause nationale
Des relations diplomatiques officieuses furent établies en septembre 1994, dans un contexte marqué par les accords d’Oslo, entre les autorités marocaines et israéliennes, avec notamment l’ouverture de bureaux de liaisons respectifs servant quasiment d’ambassades, mais ces bureaux furent fermés en octobre 2000 sur décision du roi Mohammed VI, suite au déclenchement de la Deuxième Intifada palestinienne. Depuis lors, si de nombreux responsables israéliens se sont rendus dans le Royaume, telle l’ancienne vice-première ministre et ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni en novembre 2009 pour participer aux Medays organisés par l’Institut Amadeus dans la ville de Tanger, les rapports se font toutefois de façon moins ouverte qu’autrefois. Seul semble y échapper le commerce bilatéral, qui se serait chiffré entre 2014 et 2017 à 149 millions de dollars, selon le Bureau central des statistiques (CBS) israélien.

Questionné en juillet 2013 à la chambre des représentants par le Parti de l’Istiqlal (PI), le ministre de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, Abdelkader Amara, avait cependant nié l’existence de ce commerce et avancé que les sociétés israéliennes «us de procédés complexes qui leur permettent d’accéder aux licences dont bénéficient partenaires européens» du Maroc. Pour parer à ces relations, des députés avaient déposé, en juillet 2013, deux propositions de loi criminalisant la normalisation avec Israël, mais ceux-ci furent abandonnés devant le tollé suscité de par le monde, notamment parmi les organisations juives. Nombre de ces organisations furent déconcertées par cette initiative, d’autant que pour leur part nombreux de leurs membres, parfois d’origine marocaine, utilisent leurs réseaux pour défendre la cause nationale du Sahara.

C’est justement un des atouts que voudrait faire valoir M. Netanyahou pour pouvoir rencontrer le Roi. Certains de ses lobbyistes auraient ainsi, selon les médias, fait le déplacement au Maroc au cours de ce mois de janvier pour rencontrer divers hauts responsables marocains. De son côté, M. Netanyahou pourrait mettre à profit une visite au Maroc pour sa campagne pour les législatives prévues le 9 avril, sachant qu’une partie non négligeable -800.000 personnes, selon des sources gouvernementales marocainesde la population israélienne est originaire du Royaume. Le moins que l’on puisse dire est que les spéculations vont certainement aller bon train au cours des prochaines semaines...

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