L'ORIENTALISME A LA PEAU DURE

Déclarations de Adil El Miloudi sur la violence faite aux femmes

LES “ARRIÉRÉS” QUE NOUS SOMMES SONT UTILES POUR AIDER AUTRUI À SE PLACER DANS CE MONDE.

Adil El Miloudi, a.k.a. cheb 7imar, connaît donc enfin les «joies» de la consécration internationale, si on peut le dire ainsi. Le chanteur de chaâbi, célèbre autant pour sa musique produite presque à la chaîne au gré de l’actualité marocaine que pour ses sorties plutôt «borderline» notamment sur sa page Facebook, voit en effet son nom faire les titres des médias européens depuis qu’il a déclaré à l’émission Kotbi Night, présentée sur la chaîne Chada TV par notre confrère Imad Kotbi, que «celui qui ne tabasse pas sa femme n’est pas un homme». «Au Maroc, cela est normal, chacun peut faire ce qu’il veut de sa femme, la frapper, la tuer,» déclare-t-il, sous les rires même des spectateurs présents.

Et de raconter que lui-même avait été mis aux arrêts en Espagne pendant 24h après avoir roué de coups son épouse, avant d’être relâché après que celle-ci «a dit aux flics [qu’il] ne lui [avait] rien fait». Bien sûr, ces déclarations, abjectes, immondes, se doivent d’être punies, et c’est la moindre des choses que la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) se soit saisie du dossier: le sujet de la violence faite aux femmes est trop sérieux pour être laissé au premier quidam venu. Mais comme on l’a dit, Adil El Miloudi est plutôt coutumier des prises de position à l’avenant, et s’il fallait rapporter tout ce qui peut, entre deux sérénades, sortir de sa bouche, il faudrait lui consacrer une rubrique à part entière.

Pourquoi celle-ci au juste a-t-elle attiré l’attention? Sans nécessairement faire dans le conspirationnisme, on peut avancer que la nationalité du concerné y est pour quelque chose: c’est un Marocain (ce que les médias en question ont mentionné dès leur titre), donc un «Arabe» (y compris bien évidemment les Amazighs), éventuellement un Musulman (même si l’on ne peut rien en savoir), et voilà ce qui confirme bien ce que l’on pense de ces peuplades arriérées, violenteuses de leurs femmes qu’elles sont.

Je n’ai pu pour ma part ne pas me rappeler cet ouvrage vieux de plus de quarante ans, ceci dit toujours d’actualité, à savoir Orientalism, de l’intellectuel américano-palestinien Edward Said. Que nous y dit ce dernier? Que l’Occident, pour se construire en tant tel et à considérer qu’une telle catégorie existe réellement, a eu besoin de créer l’image d’un Orient fantasmé, souvent très stéréotypé; ou, pour utiliser les fameux termes du philosophe allemand Edmund Husserl, d’opérer «une transposition aperceptive à partir de [s]on propre corps».

C’est ce qui conduira par exemple Montesquieu, quand il voudra faire la critique de la société française de son temps, à avoir recours au subterfuge des Lettres persanes, qui comme on le sait aujourd’hui n’ont absolument rien de persan. Le procédé, on peut le deviner, a encore la vie dure, et que ce soit par l’entremise des médias et/ou de la production intellectuelle plus généralement, les Orientaux que nous sommes sont toujours utiles pour aider autrui à se placer dans ce monde, y compris l’Oriental par excellence qu’est Adil El Miloudi.


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