Comment le parti de Ilyas El Omari est devenu un incontournable du champ politique

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Pour beaucoup de militants du  Parti authenticité et modernité  (PAM), la nuit du vendredi 7 au  samedi 8 octobre 2016 a sans  doute eu des accents tristes. La déception  était à cet égard palpable au siège  de la formation dans la capitale, Rabat,  à l’annonce des résultats des élections  législatives par le ministre de l’Intérieur,  Mohamed Hassad. Surtout que ce dernier,  au moment de révéler l’issue du  scrutin, commet un lapsus en donnant le nom du parti comme premier avant de  se rattraper sur le champ. Comme pour  ajouter à la cruauté d’une situation qui  l’était déjà suffisamment.
En effet, bien  avant l’officialisation des résultats, les  premiers bruits venus des bureaux de  vote nationaux abondaient largement  dans le sens d’une nette progression  certes par rapport aux législatives de  2011, mais pas assez pour pouvoir briguer  la primature.


Une “défaite” -mutatis mutandis- qui,  à coup sûr, devrait encore longtemps  rester en travers de la gorge. Le prochain  gouvernement devrait donc en  principe encore être dirigé par le Parti  de la justice et du développement  (PJD), contre lequel, pour rappel, est à  la base né le projet politique du PAM en  2008, et la deuxième place de la formation  du tracteur, même avec 102 sièges  si l’on y inclut les listes nationales des  jeunes et des femmes, sonne à plus d’un titre comme un désaveu de la part  des Marocains (du moins ceux qui sont  allés voter). Les “frères” d’Abdelilah  Benkirane ont encore en effet, au vu  des chiffres, une large avance. Et rien  ne semble susceptible, du moins à court  terme, de les faire descendre de leur piédestal.  Faut-t-il alors s’y résigner?


Pôle progressiste
Au vrai, le PAM n’a pas complètement  perdu au change. S’il est vrai qu’il n’a  toujours pas pu accomplir son destin  gouvernemental originel, le parti, bon an  mal an, s’installe. Il devient même, au fur  et à mesure, respectable, et s’il persiste  dans son travail de structuration, comme  l’illustre la feuille de route tracée la veille  de son IIIe congrès, en janvier 2016, il est  même appelé, peut-être dès maintenant,  à figurer le pôle progressiste au Maroc.  On l’a vu en effet, les partis de gauche  traditionnels, à l’instar de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), sont  en déliquescence, et la Fédération de la  gauche démocratique (FGD) n’a encore  ni les moyens ni le soutien pour porter  massivement son discours, quoique  séduisant.


Certes, on conteste au PAM ses velléités  modernistes, et d’aucuns y voient,  notamment le PJD, une simple stratégie  de l’Etat, pour ne pas dire le Palais royal  comme l’a à plusieurs reprises sous-entendu  M. Benkirane, pour contrôler le  champ politique national -le fameux  “tahakkom”, dont le Cabinet royal avait  reproché au secrétaire général du Parti  du progrès et du socialisme (PPS),  Mohamed Nabil Benabdallah, l’utilisation  dans une interview à l’hebdomadaire  Al-Ayyam.


Paravent contre la réaction
Mais si l’on omet ses origines controversées,  le parti reste, quoi qu’il en soit, le  dernier paravent contre la réaction -un  qualificatif qui peut sembler sévère visà-  vis des islamistes mais qui n’en est pas  moins vrai. Qui plus est, bon gré mal gré,  son exploit reste important. Non seulement  en termes comptables, puisqu’il est  tout de même parvenu plus qu’à doubler  son nombre de députés, mais aussi au  vu des soubresauts qu’il a traversés ces  cinq dernières années, à commencer par  le Printemps arabe, qu’on lui avait prédit  fatal à l’époque, sans compter le cloisonnement  consubstantiel à l’opposition.
Combien de fois, ainsi, un parti “créé”,  si l’on ose dire, pour gouverner estil  parvenu à s’en sortir presque aussi  indemne? Aucun, en réalité, depuis les  premières législatives de 1963. On peut,  à titre de comparaison, voir ce qu’il en  est devenu par exemple aujourd’hui de  l’Union constitutionnelle (UC), qui se  retrouve même désormais sans groupe  parlementaire.


Le Rassemblement national des indépendants  (RNI), lui, n’a jamais été un  parti de masse -et ne le sera sans doute  jamais. Le PAM devra sans doute batailler  davantage à l’avenir pour convaincre  les Marocains de la validité de son projet.  Il semble, en tout cas, de plus en  plus outillé pour, à l’avenir, renverser la  vapeur.


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