Parti de la justice et du développement : Comment une formation mineure est devenue le premier parti du Maroc

PH : DR PH : DR

Lorsque Abdel-Ilah Benkiran succède en 2008 à Saâd Dine El Otmani à la tête du Parti de la justice et du développement (PJD), il ne se serait sans doute jamais attendu à devenir trois ans plus tard chef de gouvernement sous une nouvelle Constitution avec plus de pouvoirs qu’aucun autre de ses prédécesseurs.


Il faut dire que la formation islamiste a, alors, très mauvaise presse, au point d’avoir frôlé en 2003, dans la foulée des attentats du 16 mai, perpétrés par des djihadistes, la dissolution. C’est le roi Mohammed VI qui, à la dernière minute, décide de lui accorder un ultime répit.


Son programme puisé dans les bonnes feuilles du “Frère musulman” Sayyid Qutb n’en est pas moins combattu avec acharnement, parfois à la lisière de l’inquisition. En 2008, la même année que l’élection de M. Benkiran, une formation, le Parti authenticité et modernité (PAM), voit même le jour avec principal objectif de l’endiguer.


Il est initié par l’actuel conseiller de Mohammed VI, Fouad Ali El Himma, qui vient alors de démissionner une année plus tôt de son poste de ministre délégué à l’Intérieur pour se lancer en politique. Le nouveau parti réussit dans un premier temps : c’est un véritable raz-de-marée qu’il effectue aux élections communales de 2009, non sans quelque douteux concours de quelque wali ici et là. Le PJD, lui, semble condamné à l’impuissance.


Un événement imprévu viendra toutefois renverser le cours prévu de l’Histoire : en 2010, un vendeur à la sauvette tunisien, qui s’était fait gifler par une policière, s’immole et embrase dans son suicide la Tunisie du président Zine El-Abidine Ben Ali. La flamme s’étend rapidement aux autres pays arabophones où des régimes pluridécennaux sont emportés les uns après les autres.


C’est l’avènement de ce que l’on appelle le “Printemps arabe”. Le Maroc, lui, n’est pas touché au même degré mais les jeunes, organisés pour la plupart au sein du Mouvement du 20-février, demandent le changement. Une nouvelle Constitution est adoptée suite au discours que prononce le 9 mars 2011 Mohammed VI et le projet du PAM est, provisoirement du moins, mis sur la touche. Aux élections législatives, le PJD, après plus de 13 ans d’opposition, arrive en tête et en vertu de la nouvelle loi fondamentale, M. Benkiran prend les rênes de l’Exécutif, au bout d’un parcours autant progressif qu’ironique. C’est que ce parti tant diabolisé a été créé par ceux-là même qui désormais veulent s’en débarrasser.


Le PJD est en effet essentiellement issus des mouvements islamistes apparus au Maroc dans les années 1970 pour faire pièce à la gauche et qui seront notamment responsables de l’assassinat au cours de cette décennie du leader socialiste Omar Bendjelloun. Leur accointance avec les services du général Ahmed Dlimi sont aujourd’hui de notoriété publique. En 1996, au bout deux décennies de “je t’aime moi non plus” avec l’Etat, ils sont intégrés au jeu politique par le truchement du Mouvement populaire démocratique et constitutionnel (MPDC), lequel donnera deux ans plus tard le PJD.


Entre-temps, à ses premières législatives, en 1997, le parti remporte neuf sièges et son nom est même évoqué pour figurer dans le gouvernement dit d’“alternance” d’Abderrahmane Youssoufi. Aujourd’hui, avec sa nouvelle première place, le PJD s’installe de plus en plus au gouvernement et peut même y demeurer au vu de ses importants scores bien des législatures encore.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case