Le PJD tente de se maintenir en attirant les cadres des autres partis

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Le mercato électoral bat son plein


Il n’y a pas que les clubs sportifs qui,  cet été 2016, ont connu un mercato.  La saison a, en effet, été également  riche en transferts entre les partis  politiques nationaux, au point d’interpeller,  en ce que la consistance idéologique  de ces changements de blason  n’était pas toujours au rendez-vous. Il  faut dire que la compétition s’annonce  acharnée dans la perspective des prochaines  élections législatives, prévues  le 7 octobre 2016; d’autant qu’une  éventuelle défaite pourrait, dans certains  cas, pousser d’aucuns à mettre  la clé sous le paillasson; si ce n’est, du  moins, à revoir leurs ambitions dans le  futur. Et à ce titre, les étroits calculs  électoralistes ne pouvaient, tout  compte fait, que l’emporter.


A cet égard, le “marché” électoral a  principalement été animé par le Parti  de la justice et du développement  (PJD) et le Parti authenticité et modernité  (PAM), dont on attend que soit issu  le prochain chef de gouvernement.  Cela dit, s’il s’agit du classique s’agissant  de la formation du tracteur, qui  depuis sa création en 2008 a charrié  une procession bigarrée de notables,  en sus de quelques anciens militants  marxistes-léninistes à l’instar de son  actuel secrétaire général, Ilyas Elomari,  souvent au détriment de la cohérence  politique, le premier cité, lui, semble de  fait avoir pour de bon enterré son projet  de société soi disant “moralisateur”, et  être devenu au fur et à mesure une formation  comme une autre, avec comme principal but désormais, à l’issue du  prochain scrutin, de se maintenir dans  le gouvernement; parfois même en  usant, condamne-t-on, de méthodes  à la lisière du politiquement incorrect.


Une transaction immorale
L’Union constitutionnelle (UC), qui  s’est littéralement fait “chiper” un de  ses militants, à savoir l’ancien président  du conseil provincial de Sidi  Kacem, Abderramane El Harfi, a ainsi  affirmé dans un communiqué, samedi  3 septembre 2016, que ce dernier aurait  bénéficié en échange de sa candidature  d’une autorisation d’exploitation  dans une affaire commerciale  de la part du chef du gouvernement,  Abdelilah Benkirane, avec la “complicité”  du ministre de l’Energie, des  Mines, de l’Eau et de l’Environnement,  Abdelkader Amara.


“Une transaction  au caractère immoral avéré”, accuse le  parti du cheval. “Les cooptations électoralistes  du PJD n’épargnent plus aucun  parti ni aucune circonscription, en  abusant volontairement des moyens  de l’Etat, pour monnayer, dans des “deals” condamnables, le ralliement  déclaré ou secret de plusieurs acteurs  de la vie politique au PJD”, ajoute-t-il.  Pour l’heure, la formation de la lampe  n’a pas encore apporté de réaction.  Celle-ci, dans la ville d’Al-Hoceïma, a  également, par ailleurs, essuyé le feu  des critiques en désignant comme tête  de liste pourtant un des fondateurs  du PAM. Oui, ce même PAM accusé régulièrement  par M. Benkirane de servir  l’agenda du “tahakkom”; c’est-à-dire  de contrôle que tenterait d’exercer  l’administration sur le champ politique.


Un coup d’éclat
De là à trouver une quelconque logique...  Bien sûr, comme dit l’adage  marocain, tout le monde pourra expliquer  que “la tête qui ne tourne pas est  une colline”, et que M. Ouazzani peut  bien changer son fusil d’épaule. Mais  quand on sait qu’aux dernières nouvelles,  l’intéressé est toujours secrétaire  général d’un parti ayant pignon  sur rue, en l’occurrence Al-Ahd Addimocrati…


Il n’y a cela dit pas que dans les rangs  des autres formations que le PJD s’est  mis à braconner. Le recrutement dans  la ville de Marrakech de Hammad Kabbaj,  une des figures de proue du salafisme  au Maroc, a également fait jaser  au mois d’août 2016. Il faut dire que le  mouvement jouit d’une popularité de  plus en plus grande, au point que l’Etat  s’est mis à l’intégrer, ces dernières années,  à l’Islam officiel.


Le PJD, par sa vocation islamiste,  a tant bien que mal cherché à attirer  dans ses mailles depuis 2011 une  partie des anciens détenus salafistes  libérés alors que le “Printemps” dit  “arabe” battait son plein dans la plupart  des pays arabophones; mais ceux  qui se sont effectivement par la suite  engagés en politique ont d’abord choisi,  en 2013, le Parti de la renaissance  et de la vertu (PRV); ensuite, mi-2015,  le Mouvement démocratique et social  (MDS). A cet égard, l’enrôlement de M.  Kabbaj sonne comme un coup d’éclat;  quoiqu’il s’agit d’un personnage  controversé, ayant des vues à tout le  moins obscurantistes à l’endroit de la  société. Cela dit, il saura certainement, par sa verve, séduire un public aussi  sensible à la corde de la religion.


Une longueur d’avance
Faut-il s’attendre, à partir de là, à un  nouveau raz-de-marée vert, dans la  foulée de la victoire du PJD aux élections  communales de septembre  2015? Voire. Une dernière catégorie  semble, en effet, encore et toujours  résister à ses sirènes; celle des modernistes,  bien plus nombreuse que  l’on ne peut intuitivement le penser, et  qui par définition rejettent l’islamisme  et ses inclinaisons, aussi progressistes  que peuvent être leurs atours.


M. Benkirane a bien tenté le coup de  poker en misant sur l’ancien militant  du Mouvement du 20-Février, Najib  Chaouki; mais le concerné a poliment  décliné la proposition du secrétaire  général de la lampe de figurer dans  la liste des jeunes de son parti. De ce  point de vue, le PAM semble, ainsi,  encore avoir une longueur d’avance.  En tout cas, dans son actuelle configuration,  le PJD semble de plus en plus  s’éloigner de sa vocation première, et  prêter le flanc irrésistiblement à l’impératif  du plébiscite.


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