Plaidoyer pour un Maroc solidaire

DICOURS ROYAL EN OUVERTURE DU PARLEMENT

La nouvelle étape, c’est aussi un changement important dans la politique économique, qui devra se décliner avec le modèle de développement devant être élaboré et finalisé en 2020.

Le discours royal devant le Parlement, le vendredi 11 octobre 2019, s’inscrivait, cette fois, dans un agenda particulier. C’est que deux jours auparavant, S.M. le Roi avait nommé six nouveaux ministres dans un cabinet remanié par le départ de pas moins de seize autres ainsi que par le regroupement de certains secteurs au sein de départements érigés, pour certains d’entre eux, en pôles. Interpellation et mobilisation: voilà sans doute les axes qu’il faut mettre en relief en l’occurrence.

En direction du gouvernement, qu’estce qui doit être entrepris et accéléré? Restaurer «un esprit de collaboration et d’unité», de «mobilisation vigilante » aussi. Une semaine après, est-ce le cas? Pas vraiment! Voila en effet que, le lendemain, une nouvelle polémique enclenchée par le Chef du gouvernement visant le RNI conduit à la réplique du président de ce parti. Mauvaise ambiance, donc...

Le Parlement est également, de son côté, appelé à mieux faire son travail de contrôle de l’Exécutif, d’évaluation des politiques publiques et de législation. Les parlementaires, qui sont les représentants des citoyens, doivent veiller à ce que l’action entreprise traduise bien les dynamiques en marche et qu’elle réponde bien aux attentes, aux besoins et aux aspirations des citoyens. Les acteurs comme les institutions sont appelés à prendre en charge l’état des lieux, le bilan du premier mi-mandat, mais surtout l’élan réformateur à donner au second mi-mandat.

La nouvelle étape, c’est aussi un changement important dans la politique économique, qui devra se décliner avec le modèle de développement devant être élaboré et finalisé en 2020. Il impliquera le secteur bancaire. Comment l’engager plus fermement et l’impliquer davantage dans la dynamique de développement, comme l’a demandé le Souverain? Il est vrai que l’investissement est freiné par l’éligibilité au crédit bancaire. Mais, en retour, les banques se plaignent du peu de projets bancables...

Entrepreneurs et banques
En tout cas, la PME, la TPE, les jeunes, les auto-entrepreneurs s’estiment pratiquement exclus. Une situation d’autant plus préoccupante que le secteur des PME constitue 90% au moins de l’appareil productif. Dans l’esprit du Souverain, il semble bien que ce soit le statut de l’entrepreneur qu’il faut conforter et encourager. Entrepreneur et banques: voilà le diptyque. Ce qui veut dire que sans financement -par hypothèse, les fonds propres ne sont guère disponibles de manière significative...- il est très difficile de monter un projet pour les catégories précitées. Mais encore faut-il que le projet soit porteur. Ou encore que le business model tienne la route. Ce n’est pas acquis. Faut-il rappeler une certaine expérience des crédits jeunes promoteurs créés en 1994 avec son bilan désastreux? Ils étaient ouverts aux personnes de 20 à 45 ans, pour un montant d’un million de DH et jusqu’à trois millions pour un projet en association. Ils n’ont réussi ni à créer de l’emploi ni à mobiliser des potentialités; bien au contraire, ils ont été soldés par une charge financière de centaines de millions de DH tant pour l’Etat que pour les banques. A telle enseigne que la loi de finances 2019 a renoncé aux créances dues au titre des prêts accordés et qui demeuraient impayées.

Des projets porteurs
Va-t-on tirer les leçons de cela dans la recherche d’une nouvelle politique de crédit bancaire que le Souverain appelle désormais et instamment de ses voeux? La culture entrepreneuriale est-elle tellement prégnante? Que sait-on au vrai de ce que veulent les jeunes? Comment répondre à leurs demandes dans des conditions satisfaisantes? Et comment ou inciter les banques à adopter des politiques de crédit dédiées précisément aux PME, aux TPE, aux auto-entrepreneurs et aux jeunes? Voici près de trois décennies, en 1992, dans un discours, feu Hassan avait lancé un appel invitant les banques à se tourner davantage vers les jeunes pour des prêts et des financements bonifiés. Personne ne peut dire que cet appel royal a vraiment eu des suites opératoires. Les banques ont des actionnaires; elles gèrent et font fructifier au mieux les dépôts et les intérêts de ceux-ci.

Nul doute qu’elles devront prendre en compte aujourd’hui les orientations royales dans le cadre du comité tripartite annoncé par le Souverain (gouverneur de Bank Al Maghrib, GPBM et banques). Des paramètres seront arrêtés pour évaluer et réduire les risques: le scoring. Faute de quoi, aucune banque ne voudra se retrouver avec des créances en souffrance et des procédures judiciaires interminables. Certaines d’entre elles sont étrangères; elles ne peuvent que finir par se rallier à ce qui aura été arrêté, mais il paraît difficile de prendre des mesures directives ou contraignantes. Sans oublier qu’une telle approche peut peser sur le climat des affaires et ne pas améliorer l’attractivité du Maroc. Cela pose, au préalable même, la question de l’accompagnement des porteurs de projets. Tous les clients potentiels ne relèvent pas du même registre.

Développement régional
Les uns sont des PME, d’autres des TPE, d’autres encore des auto-entrepreneurs, diplômés ou non. Il n’y a pas un format unique mais une déclinaison plurielle, peut-être même par secteurs et par territoires. Une nouvelle politique de crédit pourrait ainsi être définie et mise en oeuvre et s’insérer dans les programmes de développement régionaux (PDR). L’administration peut-elle faire ce travail? Seule, non. Mais l’Etat peut se mobiliser pour réunir les moyens humains et matériels nécessaires avec d’autres intervenants (conseils de région, communes...) pour préciser et soutenir l’appui à ces jeunes.

Relais de la croissance
Il faudra les orienter et les inciter à monter des projets insérés dans de nouveaux secteurs, relais de la croissance économique, tels les NTI, le développement durable, le tourisme vert, les services, ... les inciter à monter des projets insérés dans de nouveaux secteurs, relais de la croissance économique, tels les NTI, le développement durable, le tourisme vert, les services, ... Des axes définis par le Souverain dans son discours devant le Parlement permettent de baliser le champ et les étapes devant marquer une nouvelle politique de crédit bancaire.

Celle-ci doit bénéficier aux jeunes qualifiés, aux PME mais aussi «à l’ensemble des citoyens en général et aux travailleurs du secteur informel en particulier». Cette dernière catégorie ne doit pas se sentir en marge. Elle doit elle aussi pouvoir accéder à l’éligibilité à ce type de financement. Des pistes royales, donc; une ferme volonté aussi; il reste à préparer et à finaliser au plus tôt cette forte inflexion de la politique du crédit bancaire.


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