Les prisons marocaines abritent 85.767 détenus

Surpopulation, insécurité, promiscuité...

 

Au Maroc, face à la surpopulation carcérale, au lieu de mener une réflexion sur les peines alternatives, la tendance actuelle est à la construction de nouveaux lieux de détention pour augmenter la capacité d’accueil.

Le nombre total de prisonniers a pulvérisé un nouveau record au Maroc. Ils sont désormais 85.767 prisonniers ou locataires des geôles marocaines. Ce chiffre remonte à fin septembre 2019. Pour leur «séjour annuel», le budget alloué à la Délégation générale à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), dans le cadre du projet de la loi de finances 2020, avoisine les 286 millions de dirhams.

Quand on regarde de plus près le profil des détenus, l’on s’aperçoit que ceux coupables de délits financiers représentent une bonne partie de la population carcérale, derrière les détentions provisoires (40,6%) d’après les statistiques établies par la Délégation générale à l’Administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) présentées à la Chambre des Représentants. Au total, 24.954 personnes sont incarcérées pour des délits liés à l’argent. Les personnes incarcérées pour des faits d’agression sur autrui viennent en 3e position avec 14.051 prisonniers (16,38%), suivies par celles condamnées pour atteinte à la sécurité et à l’ordre public, avec un total de 10.308 prisonniers (12,02%).

Une situation dramatique
A la 5e position s’alignent les personnes emprisonnées pour violation du Code de la Famille et pour atteintes à la moralité publique avec 7.378 détenus, pendant que celles reconnues coupables de divers crimes comptent un total de 6.158 détenus, soit 7,18%. Les femmes détenues ne représentent qu’un très faible pourcentage par rapport à la population carcérale totale avec 1.982 détenues, soit 2,31%, contre 83.783 prisonniers hommes (97,69%), peut-on lire dans le même rapport.

Pire, entre 2016 et 2018, le nombre des enfants en détention a progressé de 70%. Actuellement, il y a 1.224 enfants détenus qui vivent des conditions défavorables en milieu carcéral. Une situation des plus dramatiques. D’autant plus que le Maroc a ratifié en juin 1993 la Convention internationale sur les Droits des enfants.

S’exprimant lors d’une rencontre nationale sur les «Alternatives au placement institutionnel des enfants en contact avec la loi», co-organisée récemment par la présidence du ministère public et la Fondation Mohammed VI Pour la réinsertion des détenus, Mohamed Abdennabaoui a indiqué que les mécanismes de la justice devraient rechercher l’intérêt supérieur de tous les enfants en contact avec la loi, qu’ils soient victimes, en conflit avec la loi ou en situation difficile ou de négligence, afin de réaliser ce qu’on appelle une justice amie des enfants.

Le pire à imaginer, c’est qu’au lieu de mener une réflexion sur les peines alternatives, la tendance actuelle est à la construction de nouveaux lieux de détention. Le délégué général de l’administration pénitentiaire, Mohamed Saleh Tamek, a expliqué que les infrastructures pénitentiaires au Maroc connaîtront un développement remarquable à l’avenir, avec la construction de nouvelles prisons à Oujda, Asilah, Larache (…), ce qui fournirait une capacité supplémentaire de 5.800 lits. Le responsable a également annoncé la construction d’une nouvelle prison à Dakhla, d’une capacité de 600 lits, pour bientôt, sans oublier l’achèvement des travaux de restauration et de réhabilitation des prisons de Taza, Aït Melloul, Safi, Khenifra, Taounate (…). A coup sûr, il fait mieux que le tourisme en termes de capacité d’accueil.


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