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Les producteurs vivent une crise sans précédent

L'export, maillon faible de la filière des agrumes

Selon le contrat programme établi avec l’Etat dans le cadre du Plan Maroc Vert, la filière devait exporter en 2018 l’équivalent de 1,2 million de tonnes. Or cette quantité n’a pas dépassé 660 000 tonnes, soit la moitié du volume espéré. Un effondrement dû à la concurrence étrangère et la perte de compétitivité.

Avec une production record de 2,6 millions de tonnes en 2018, contre seulement 1,3 million de tonnes en 2008, on pourrait croire que la filière des agrumes est l’une des plus prospères dans le secteur agricole. Or, la situation est réellement paradoxale. Ainsi, malgré les apparences de la production, cette filière vit un drame économique et commercial certain. Ce drame réside concrètement dans l’incapacité de la filière à exporter. Il y a quelques années, les agrumes marocains étaient les plus appréciés sur les marchés internationaux, particulièrement l’Europe et la Russie. Mais force est de constater que cette agressivité commerciale s’est rapidement effilochée au fil des années au profit de la concurrence provenant, notamment, de la Turquie et de l’Egypte.

Ces deux pays, malgré une surproduction évidente, proposent des produits de qualité. En peu de temps, ils sont parvenus à conquérir les marchés mondiaux, reléguant les agrumes marocains aux rangs les plus reculés. Selon le contrat programme établi avec l’Etat dans le cadre du Plan Maroc Vert, la filière devait exporter en 2018 l’équivalent de 1,2 million de tonnes.

Drame économique
Or cette quantité n’a pas dépassé 660.000 tonnes, soit la moitié du volume espéré. Pour les professionnels, c’est principalement la variété Nadorcott qui bénéficie de l’exclusivité et de la protection sur le marché européen. Tout le contraire des autres variétés qui, elles, affrontent une concurrence de plus en plus exacerbée. Pour beaucoup, les faibles volumes exportés montrent que les agrumes marocains ont énormément perdu de leur compétitivité requise pour être performants sur les marchés internationaux. Beaucoup d’autres failles sont relevées par les producteurs dans la chaîne de commercialisation de la filière.

Transformation industrielle
C’est ainsi que les professionnels recommandent aux pouvoirs publics une série d’ajustements à apporter en matière, notamment, de valorisation des stations de conditionnement, des unités de transformation industrielle et d’organisation du marché local. D’autres mesures sont préconisées, notamment accorder aux producteurs des subventions publiques, comme revoir à la hausse le prix des récoltes destinées à la transformation industrielle et accorder 50 centimes le kilo d’aide aux producteurs pour qu’ils puissent récupérer les pertes financières liées aux fruits écrasés. Avec ces mesures, les producteurs espèrent une reprise commerciale de la filière et surtout une redynamisation à l’export bien qu’il demeure sérieusement difficile d’affronter le niveau hautement compétitif des agrumes étrangers. En revanche, malgré les difficultés à l’export, la filière agrumicole joue un rôle fondamental dans l’économie marocaine.

Considérée comme un segment agricole stratégique, elle contribue à hauteur de 20% dans les exportations marocaines, générant ainsi plus de 3 milliards de dirhams de recettes. Ce qui fait d’elle un levier incontestable de croissance et de développement socioéconomique. Le secrétaire général du ministère de l’agriculture et des pêches maritimes, Mohamed Sadiki, parle d’un poids lourd de l’agriculture marocaine.

En témoignent les chiffres qu’il représente dans l’économie nationale. Ainsi la filière des agrumes s’étale sur une superficie de 128.000 hectares. Elle assure des revenus pour 13.000 producteurs et fournit 120.000 emplois stables.

Pour Mohamed Sadiki, la filière pourrait être encore rentable si elle bénéficie d’un meilleur accompagnement logistique et de nouvelles perspectives de croissance. Or, ce n’est pas encore le cas aujourd’hui. Les producteurs n’ont désormais que le marché intérieur pour écouler leurs marchandises. Or, ce marché n’est pas toujours synonyme de rentabilité. Souvent, les producteurs vendent à perte, ce qui les pénalise encore davantage. Face à tous ces problèmes, la filière se trouve dans une crise économique difficile. Seul un plan de sauvetage piloté par l’Etat pourrait l’extirper de son gouffre.


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