Projet de loi cadre relatif au système d'éducation

Tirs amis sur El Othmani

C’est dans ses propres rangs que le Chef du gouvernement trouve les premiers opposants à son projet de loi-cadre relatif au système d’éducation, qui doit bientôt être soumis à la discrétion du Parlement.

Alors que le parlement devrait enfin se réunir, ce lundi 8 avril, pour adopter le projet de loi-cadre n°51-17 relatif au système d’éducation, de formation et de recherche, les caciques du Parti de la justice et du développement (PJD) continuent de mener l’insurrection. Et pour cause.

La version finale de la loi, sur laquelle sont tombés d’accord les partis de la majorité après des mois de tractations et de tergiversations, suivies fatalement de reports, ouvre la voie à l’enseignement des matières scientifiques en langues étrangères et nommément en français; ce qui pour eux est de nature à menacer le statut de l’arabe, langue sacrée au titre de sa fonction liturgique dans la religion musulmane.

L’ancien secrétaire général du parti islamiste et ancien Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, s’est ainsi servi de sa nouvelle tribune que sont les lives sur le réseau social Facebook pour adresser dans la soirée du dimanche 31 mars des amabilités à son successeur Saâd Eddine El Othmani, coupable à ses yeux de faire le jeu d’un présumé lobby francophone visant à franciser le pays.

«Ce n’est pas raisonnable que la nation n’étudie pas tous les sujets en arabe, qui est sa langue nationale et officielle, sans négliger l’amazigh,» a-t-il fustigé. «Ce n’est pas raisonnable de venir changer cela du jour au lendemain et de retourner à la langue du colonisateur». On l’imagine, son inimitié avec M. El Othmani, née de la volonté concurrente des deux hommes de présider aux destinées du PJD depuis le retrait du fondateur de la formation, Abdelkrim El Khatib, en avril 2004 n’est sans doute pas étrangère à cette sortie. Mais il faut dire que M. Benkirane surfe aussi sur l’indisposition décelable dans ses rangs.

Lobby francophone
Ainsi, le Mouvement unicité et réforme (MUR), que d’aucuns considèrent comme l’antichambre du PJD, s’était le 30 mars, c’est-à-dire la veille du live de l’ancien dirigeant islamiste, fendu d’un communiqué exprimant son «rejet absolu de toutes les décisions qui pourraient affecter le statut de l’arabe en tant que langue fondamentale dans l’enseignement aux côtés de l’amazigh». Même topo du côté de l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM), bras syndical du parti de la lampe, qui dans un autre texte a dénoncé «la tentative », selon lui, «de créer la confusion au sein de l’opinion publique entre les langues d’enseignement et l’enseignement des langues». Rare personnalité du PJD, en dehors bien évidemment de M. El Othmani, à prendre position favorablement sur le projet de loi-cadre, le ministre d’Etat chargé des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, a défendu la francisation, dans la mesure où le français est à ses yeux la langue de l’élite au Maroc. Nul doute que les débats concernant ce projet ne sont pas près de prendre fin.


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