Quand le Maroc aura soif

LA PÉNURIE D'EAU, UNE PERSPECTIVE ANNONCÉE

La consommation de l’eau augmente. La pression sur les réserves, aussi. Les rattrapages, c’est maintenant. L’heure est à la chasse de la déperdition. Qui, pourquoi et comment ?

Les générations futures devront s’arranger pour ne jamais avoir soif. La cause est toute simple; il n’y aura pas d’eau pour tous. Il y a donc lieu de ne pas dilapider, mais tout à l’inverse de faire autant d’économies que possible. C’est en gros, le contenu du mémoire adressé le vendredi 27 septembre 2019, par le Conseil économique, social et environnemental à l’aimable attention du gouvernement. Il s’agit d’inciter l’Exécutif à prendre les mesures adéquates qui permettent d’éviter à distance une pénurie d’eau quasiment annoncée. Cette missive institutionnelle coïncide également avec le sommet international sur la sécurité hydrique tenu du 1er au 3 octobre 2019 à Marrakech, sous le thème «La gestion participative et innovante du bassin».

Sonnette d’alarme
Cette animation autour de l’eau à l’échelle mondiale est d’autant plus vitale que l’accès à l’eau est un droit et sa sécurisation un devoir de gouvernance. L’alarme est ainsi lancée, chiffre à l’appui. Les spécialistes en hydraulique ont conçu et placé un seuil en dessous duquel il y a lieu de s’inquiéter sur le rapport entre l’offre et la demande de cette matière plus précieuse que toutes les autres. La barre se situe à 1.000 m3 d’eau par personne par an, au minimum. Au Maroc, nous en sommes à 650 m3, valeur aujourd’hui, alors que nous étions à 2.500 m3 en 1960. Plus grave, nous ne dépasserons pas les 500 m3 en 2020. Une misère au compte gouttes.

Les gosiers asséchés sont ainsi prévenus. Comme si cette sonnette d’alarme chiffrée n’était pas suffisante, des études à caractère international envisagent encore pire. Les changements climatiques qui affectent actuellement la planète pourraient coûter cher au Maroc; près de 80% de ses ressources hydrauliques dans les 25 années à venir. Intervenant à l’ouverture des travaux de ce sommet international, Saad Eddine El Othmani, chef du gouvernement, a souligné que la question de la gestion de l’eau dans le royaume revêt un caractère vital en raison des conditions climatiques difficiles, sachant que le système hydrologique du pays est caractérisé par une répartition variable des ressources en eau aussi bien dans l’espace que dans le temps, avec une succession des périodes pluvieuses et celles de sécheresse qui peuvent durer plusieurs années.

Attitudes politiciennes
Quant à Abdelkader Amara, ministre de l’Équipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, il a insisté «l’importance de l’utilisation de l’innovation et de la révolution digitale au service de l’eau, tout en plaidant pour une “hydro-diplomatie pour la gestion solidaire des bassins transfrontaliers ‘’ C’est bel et bien une maligne posture de dame nature pour qui la fonte des neiges sur les cimes de l’Atlas est un formidable réservoir d’eau et d’alimentation des fleuves du Maroc. Il y aura certainement des dégâts collatéraux sur les flancs de montagnes et parmi la population des environs, à l’échelle géographique. Il s’agit là de tout un travail d’équipement et de prévention qui incombe aux pouvoirs publics. Difficile d’imaginer, ne serait-ce qu’une saison ou plus, une carence en eau sur les champs, les hauts plateaux, les montagnes et les foyers humains, au Maroc. Une crise socio-économique assurée dans un pays où l’on ne jure que par la pluviométrie, dès les premiers signes annonciateurs de l’automne.

Crise certaine
On a beaucoup ergoté sur la politique des barrages au Maroc de Hassan II. Il y a eu, à ce propos, quelques attitudes politiciennes qui se sont vite avérées un peu courtes dans les périodes de sécheresse et de leurs vaches maigres des années 1980 et 1990. Au jour d’aujourd’hui, le Maroc dispose de 128 grands barrages, avec une capacité de stockage de 17 milliards de m3 sur un total de 22 milliards de m3. Traditionnellement, les usagers de l’eau se répartissent entre 83% pour l’agriculture et 17% pour l’industrie et l’eau potable. Seulement voilà, même si elle a été galopante, pour utiliser une terminologie chère aux coopérants excessivement hexagonaux, le rapport à la consommation est de plus en plus déficitaire.

En clair, nous produisons toujours de moins en moins d’eau consommable par habitant. L’impact économique est évident; il l’est moins pour les humains. Le besoin est encore plus flagrant dans les grandes villes devenues encore plus grandes, de Tanger à Lagouira. Les habitants souffrent, parfois par anticipation d’une crise certaine qui n’a pour le moment montré que le bout du nez. Les défis majeurs qui restent à relever sont particulièrement le raccordement à l’eau potable en milieu rural; le traitement des eaux usées pour une éventuelle réutilisation; ainsi que le dessalement des eaux de mer. Pour toutes ces ressources non conventionnelles, le Maroc accuse un retard qui sera de plus en plus difficile à regretter. La rationalisation, dès à présent, de la consommation de l’eau reste nécessaire et urgente; particulièrement en terme de déperdition.


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