Que gagne l'économie nationale de la ZLECA?

Création de la nouvelle zone de libre-échange africaine

Formidable opportunité pour le Maroc selon le gouvernement, la zone de libre-échange n’est pas pour autant une garantie de succès économique.

La saillie du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, au dernier sommet de l’Union africaine (UA) à Niamey, le 7 juillet 2019, au sujet de l’adhésion de la pseudo «République arabe sahraouie démocratique» (RASD) à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) a presque fait passer celle du Maroc au second plan. Ce n’est, pourtant, pas d’une mince affaire qu’il s’agit: c’est un tournant, et ce pour tous les pays du continent. Pour rappel, la ZLECA, c’est ce projet de zone visant à regrouper l’ensemble des pays africains sous un même magistère économique, et plus particulièrement douanier. Ses prémices remontent à la 18ème session de la Conférence de l’UA, tenue en janvier 2012.

Puis les pays africains sont passés à la vitesse supérieure à la 25ème session de cette même conférence, en juin 2015, avant de tomber d’accord sur un texte définitif près de trois ans plus tard, en mars 2018, à Kigali, capitale du Rwanda. Il aura fallu, enfin, l’adhésion d’au moins 22 entités sur les 44 ayant souscrit audit document (43 pays africains, y compris le Maroc, plus la pseudo «RASD») pour que ce dernier entre en vigueur. Chose faite le 29 avril, après l’adoption du parlement sierra-léonais.

Le Maroc vient pour sa part de publier, le 4 juillet 2019, la loi portant ratification de la ZLECA au Bulletin officiel. A en croire M. Bourita, selon des propos toujours tenus à Niamey, la création de cette nouvelle zone de libre-échange, qui viendra fusionner celles existant déjà dans les quatre coins du continent, ne saurait être que positive. «Elle est l’expression d’un nouveau modèle de co-développement en Afrique, d’un modèle inclusif, solidaire et efficient, au service du citoyen africain,» a-t-il affirmé.

Des accords à tout-va
Ce discours, pour volontariste qu’il soit, ne résonne cependant pas partout dans le continent. Si dix pays africains ont refusé d’abord d’apposer leur signature au texte de Kigali, à commencer par les deux puissances économiques continentales que sont l’Afrique du Sud et le Nigeria (près du tiers du produit intérieur brut (PIB) de la zone projetée), c’est que pas tout le monde y est gagnant.

A vrai dire, certains pays pourraient même voir leurs économies réduites en lambeaux, voire détruites, du fait de l’abolition des barrières douanières. De prime abord, le Maroc n’appartient pas à cette caste, qui compte des pays autrement fragilisés; ceci n’est cependant pas pour rassurer le patronat, principalement réuni au sein de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). S’inspirant de son homologue nigérian, ce dernier voudrait être associé au processus de négociation qui doit acter la matérialisation de la ZLECA, et en même temps souhaite être mis dans la confidence de l’étude d’impact commandée par le ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique au cabinet d’audit Mazars et dont la teneur n’a, à ce jour, jamais filtré.

En effet, tout ce qu’on peut se mettre sous la dent pour l’instant, c’est les déclarations du managing partner du cabinet en question et par ailleurs président de la commission Afrique et Sud-Sud de la… CGEM, Abdou Souleye Diop, dans les médias nationaux. Selon ce dernier, le Maroc a tout pour mettre à profit la ZLECA, si l’on excepte l’industrie pharmaceutique, l’agroalimentaire ou encore le miel, organisés ailleurs dans des conditions plus optimales, du Cap au Caire en passant par Lagos et Conakry. Mais au vu du déficit inaltérable de la balance commerciale, l’inquiétude reste de mise. Il faut rappeler que celui-ci va s’aggravant depuis plusieurs années, plus précisément à partir du moment où le Maroc a commencé à signer à tout-va des accords de libre-échange, pour être désormais lié à 55 accords.

Désaccords et inquiétude
On peut à cet égard citer les chiffres du commerce bilatéral avec la Turquie -un accord de libre-échange a été signé avec le pays du président Recep Tayyip Erdogan en avril 2004-, défavorable au Royaume à hauteur de 15,5 milliards de dirhams selon l’Office des changes. De fait, le Maroc ne connaît, pour ainsi dire, de succès que sur le tableau de l’Association européenne de libre-échange (AELE), qui est un groupement de quatre pays non membres de l’Union européenne (UE), à savoir l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suède.

Qui sait si les effets ne sauraient pas être aussi néfastes au sein de la ZLECA? En outre, même si cette dernière est désormais adoptée, sa mise en oeuvre pourrait prendre des années encore. Certains parlent même d’une période de dix ans, tant les désaccords commencent déjà à sourdre entre les différents pays...


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