Que va bien sortir El Othmani de sa besace?

Remaniement ministériel

Alors que plus d’un mois a passé depuis le dernier discours du Trône appelant à un remaniement «à l’horizon de la rentrée», le Chef du gouvernement demeure encore, pour l’heure, aux abonnés absents.

Saâd Eddine El Othmani doit avoir les oreilles qui sifflent depuis le dernier discours du Trône du 29 juillet. Car même s’il n’avait pas été, à l’occasion de ce discours, personnellement mis à l’amende, le Chef du gouvernement reste néanmoins, de par ses attributions à la tête de l’Exécutif, concerné au premier chef par l’injonction du roi Mohammed VI de «renouveler et enrichir», et ce «à l’horizon de la (...) rentrée», «les postes de responsabilité».

S’il y a nécessité en la matière, n’est-ce pas, en dernière analyse, parce que le cabinet aux commandes du pays depuis le 5 avril 2017 ne sait pas relever les défis qui se posent actuellement pour le Maroc et les Marocains? Ou pour le dire plus abruptement, mais aussi plus franchement, parce qu’il est en situation d’échec? La mine particulièrement serrée affichée le 22 août par M. El Othmani devant les objectifs à la reprise des activités de son gouvernement, avec la tenue du premier conseil de gouvernement depuis le 25 juillet mais aussi donc le discours du Trône du 29 juillet, ne trompait ainsi personne, d’autant que deux jours plus tôt, le 20 août, le Roi était revenu à la charge dans son discours de la Révolution du Roi et du peuple pour rappeler l’urgence de «remédier aux problèmes qui entravent le développement de notre pays». «La responsabilité est partagée. Au point où nous en sommes, toute réticence ou erreur est inadmissible,» avait également souligné le Roi. On ne peut faire plus clair…

Il va de soi, ainsi, que cette rentrée politique soit dominée par le sujet du remaniement du gouvernement, puisque c’est ainsi que la classe partisane a interprété les deux discours du Roi. Selon le bruit qui court, M. El Othmani aurait d’ores et déjà reçu quantité de CV, même s’il est difficile d’en vérifier la véracité tant l’intéressé ne dépareille pas de son mutisme habituel, qui dans les circonstances actuelles donne presque l’impression de narguer son prochain.

Une large concertation
D’ailleurs, cela n’est pas sans incommoder dans les rangs des cinq partis coalisés avec son Parti de la justice et du développement (PJD), dont il est le secrétaire général, au sein de la majorité, à savoir le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Mouvement populaire (MP), l’Union socialiste des forces populaires (USFP), l’Union constitutionnelle (UC) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS), et dont certains responsables ont laissé filtrer par voie de presse leur indisposition vis-à-vis de M. El Othmani. Une large concertation serait ainsi, en sous-main, menée tambour battant, excluant toutefois le PPS, dont il est par ailleurs dit qu’il pourrait rester sur la touche une fois le remaniement acté. M. El Othmani est-il, face à cela, aux abonnés absents? En fait le Chef du gouvernement semble d’abord vouloir en découdre avec le front interne au niveau du PJD avant de passer à la vitesse supérieure une fois le terrain balisé. Il va sans dire, ainsi, que M. El Othmani ne fait pas l’unanimité dans son parti, surtout parmi les jeunes, du fait notamment du travail de sape mené par son prédécesseur, en l’occurrence Abdelilah Benkirane, sur fond du vote positif apporté le 22 juillet à la Chambre des représentants à la loi-cadre relative au système d’enseignement. Pour l’ancien Chef du gouvernement et ancien chef du PJD, ce vote est revenu à céder le pas à «langue du colonisateur», c’est-à-dire le français, à qui, il est vrai, est dévolu, dans le cadre de la nouvelle législation, la primauté en ce qui s’agit des matières scientifiques. M. Benkirane avait ainsi été reçu avec les honneurs au XVe forum de la jeunesse du PJD tenu le 24 juillet à Kénitra, où il avait commis une harangue d’une grande violence à l’encontre de M. El Othmani et de son gouvernement, y compris les ministres PJD qui y siègent.

Une opportunité idéale
«Si j’avais voulu la présidence du parti je l’aurais obtenue avec un seul mot,» avait-il, en outre, déclaré, comme pour bien signifier qu’il serait encore maître à bord. Vrai ou non, M. El Othmani semble en tout cas en tenir compte et il apparaît que le remaniement lui offre une opportunité idéale pour se rabibocher avec les courants qui lui seraient hostiles à l’intérieur du PJD et en même temps pouvoir couper l’herbe sous les pieds de M. Benkirane et de ses partisans, au nombre desquels on peut notamment compter le président du conseil national et du groupe parlementaire à la Chambre des représentants, Driss El Yazami El Idrissi -celui qui fut également, du 3 janvier 2012 au 5 avril 2017, ministre délégué chargé du Budget avait remis, le 21 juillet, son tablier de président du groupe parleme ntaire justement en opposition à la loi-cadre relative au système d’enseignement, avant que sa décision ne soit finalement rejetée par le Chef du gouvernement le 8 août.

Quoi que veuille, en tout cas, entreprendre M. El Othmani, il n’aura assurément pas les mains libres, il n’est à n’en point douter que les dirigeants des autres partis ne laisseront pas d’essayer de mettre le grappin sur autant de départements que possible, d’autant que la vraisemblable suppression des secrétariats d’Etat, au nombre actuellement de douze, en raison de l’échec de leur réinstauration -certains secrétaires d’Etat n’ont pas encore d’attributions claires plus de deux après leur désignation- devrait réduire le nombre de portefeuilles à une portion congrue.

Ainsi, il se dit que le RNI voudrait bien hériter du maroquin de la Santé, actuellement occupé par le ministre PPS Anas Doukkali, comme le secrétaire général du parti de la colombe, Aziz Akhannouch, l’avait lui-même confessé aux professionnels du secteur rattachés à sa formation lors d’un meeting tenu à Rabat le 20 juillet.

Le fait est que l’on risque, finalement, de se retrouver face à un simple jeu de chaises musicales, avec de nouvelles têtes qui, en dernier ressort, viendraient seulement suppléer les figures actuelles, sans forcément apporter «du sang neuf», comme en a fait la demande le Roi dans son discours du Trône. La chose s’est d’ailleurs déjà produite avec le remaniement qui avait conduit à la nomination, le 22 janvier 2018, de quatre ministres en lieu et place de leurs prédécesseurs dont le mandat avait été entaché par leur responsabilité dans les dysfonctionnements enregistrés dans la mise en oeuvre du programme de développement spatial de la province d’Al-Hoceima, «Manarat al-Moutawassit» (phare de la Méditerranée, en arabe) .

Ce n’est un secret pour personne que l’ambition du Roi est, à terme, de basculer définitivement de la monarchie exécutive dont il se réclamait au début de son règne et qui fut celle de son père et prédécesseur, feu Hassan II, à une monarchie parlementaire par excellence, comme les conseillers du Souverain Omar Azziman et Abdeltif Menouni en avaient fait la confidence dans leurs déclarations, fin juillet, à l’agence de presse français AFP à l’occasion du vingtième anniversaire de l’actuel règne. Mais pas sûr qu’avec la présence de M. El Othmani à la barre et au regard des méthodes échéant au processus de remaniement en cours, la chose puisse advenir de sitôt...


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