QUELLES VALEURS DE SOCIETE ?

La crise de confiance s'est installée

Pour l’année 2018, pas moins de 20 partis n’ont pas encore restitué au Trésor la somme de 20,82 millions de dirhams correspondant à des aides publiques non utilisées ou pas appuyées de pièces justificatives. C’est un rapport de la Cour des comptes qui le relève. Affligeant! Que faire? Recourir évidemment aux procédures de recouvrement de ces créances. Mais le mal est fait: la construction démocratique, déjà passablement confuse et heurtée, en prend un coup. Le procès déjà récurrent fait aux formations partisanes ne peut que trouver dans cette situation un motif supplémentaire confortant un état d’esprit si peu positif et qui embrasse l’ensemble du système de partis, tant ceux qui respectent la législation que ceux qui s’en éloignent.

Alors que le débat sur le nouveau modèle de développement est à l’ordre du jour avec un rapport final prévu pour la fin du premier semestre de cette année, il vaut de s’arrêter sur cette question: quelles valeurs voulons-nous dans la société? Les composantes économiques et sociales seront sans doute le noyau dur de cette approche livrable à terme. La dimension institutionnelle y aura aussi sa place. Mais tout ce qui a trait aux aspects culturels dans leur acception la plus large ne devrait pas être sacrifié et réduit à des généralités sans réelle portée.

Globalement, quelle est la clé centrale d’entrée dans cette problématique du modèle de développement? La confiance à restaurer pour un mieux-vivre ensemble. Et, à cette fin, se pose la question des valeurs. Il ne s’agit pas seulement de tout ce qui a trait à la personne, à son comportement, mais aussi d’autre chose: le rapport aux autres -ce que l’on appelle le lien social.

Voici une vingtaine d’années, la situation était différente par bien des aspects. Prévalaient en effet la cohésion sociale, le consensus institutionnel et politique, un attachement à un mode de vie et des relations sociales partagées. Les difficultés de la vie et ses contraintes multiples n’étaient pas absentes, certes, mais l’espoir demeurait d’un avenir meilleur pour soi et en tout cas pour les enfants. Qu’en est-il aujourd’hui? La fragmentation s’accentue entre les groupes sociaux par suite d’un processus continu de délitement du lien social. Il y a de moins on moins de liants entre les membres de la même famille et a fortiori entre les strates socioprofessionnelles.

Au plan politique, cet état des lieux se vérifie avec la bien modeste participation électorale -43% au scrutin législatif d’octobre 2016- alors qu’il y a 24 millions de citoyens en âge de voter et que seuls les 2/3 d’entre eux se sont inscrits sur les listes électorales. Or, la citoyenneté, n’est-ce pas d’abord le vote, auquel fait d’ailleurs référence la Constitution de 2011 en le consacrant comme un «devoir national»? Il y a donc une crise. Une crise de confiance qui s’est installée; elle frappe les partis politiques, les syndicats, toutes les structures d’encadrement institutionnelles y compris le Parlement et les collectivités territoriales. C’est aussi la culture qui est interpellée par cette situation parce qu’elle aide les citoyens à se retrouver, à partager, à s’imprégner d’un mode de vie et de pensée poussant à la cohésion sociale. L’éducation aussi, évidemment, y a une grande place: elle offre, durablement, un cadre collectif et intégrateur; elle aide à l’ouverture, à l’échange, au débat, au respect des autres.

La dimension prise par les réseaux sociaux et les NTIC constitue une donnée nouvelle majeure dans l’appréhension du lien social. Un monde digital s’est installé; il y a 18 millions d’internautes au Maroc, le monde rural a été lui aussi happé par cette révolution numérique. La communication y gagne sans doute, l’internaute y a un statut. Mais, en fin de compte, y a-t-il plus de cohésion sociale? Ce n’est pas sûr.

La société a changé, c’est un fait. Le processus est inévitable, pas maîtrisable. Des valeurs dites «traditionnelles» sont malmenées, on le sait: la solidarité, l’assistance, le civisme. D’autres émergent de plus en plus. Il y a là des défis auxquels il faut faire face. Il faut donc ressourcer le meilleur de nos valeurs et les consolider dans la perspective d’un lien social. Reconstruire et renforcer, voilà bien de quoi remotiver les forces vives, la jeunesse en particulier, qui garde toujours en elle un capital d’engagement et de générosité à valoriser.


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