Qui veut faire tomber Benchemmas ?

Le secrétaire général du PAM contesté

Le mandat de Hakim Benchemmas à la tête du PAM est loin d’être de tout repos. Sa démission a été évoquée par la presse au lendemain d’une réunion houleuse du bureau politique.

À quelques semaines de son conseil national, prévu en avril, la situation paraît loin d’être apaisée au Parti authenticité et modernité (PAM). Au contraire, elle est même délétère si l’on en croit, du moins, les titres de la presse nationale au lendemain de la réunion du 14 mars 2019 du bureau politique de la formation, laquelle presse s’est carrément fait l’écho de la démission de Hakim Benchemmas de son poste de secrétaire général au milieu d’échanges houleux avec certains membres dudit bureau.

Feuille de route
Une info que dans l’entourage du concerné on balaie toutefois du revers de la main: «Non, il est toujours en poste,» assure-ton. Dans le détail, M. Benchemmas se serait vu reprocher notamment par le député Larbi Mharchi, qui dirige l’instance des élus du PAM, de faire le jeu du président de la région de Marrakech-Safi, Ahmed Akhchichine, désigné le 5 janvier, lors d’une réunion dans la ville de Rabat avec le bureau fédéral et le secrétariat du conseil national, secrétaire général adjoint, en plus de se voir confier la présidence d’une commission créée ex-nihilo chargée de préciser et de développer la feuille de route présentée par le secrétaire général à son élection le 27 mai 2018, selon les termes utilisés le lendemain, dans un communiqué, par le bureau politique.

Le député Mohamed El Hamouti s’était également vu, à la même occasion, céder la présidence du bureau fédéral. M. Mharchi, mais aussi dans son sillage de nombreux autres membres du bureau politique, n’auraient donc pas manqué de lui faire savoir leur mécontentement, d’autant qu’ils s’estimeraient lésés. «Le bureau politique demeure contrôlé en majorité par des fidèles [de l’ancien secrétaire général, Ilyas] Elomari, qui, à mesure que Akhchichine et son courant montent en grade, se retrouvent sur la touche, dans un parti dont il furent pourtant de longues années durant les fers de lance,» commente un ancien cadre du PAM, aujourd’hui retiré de ses affaires.

Botter en touche
Un autre cadre, celui-là présent et surtout ouvertement pro-Benchemmas, d’accuser en fait le président de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma de vouloir débarquer l’actuel secrétaire général de son poste: «C’est clair que [M. Elomari] ne souhaite plus voir l’actuelle direction se maintenir. A mon avis, il n’accepte pas encore d’être passé à la trappe. Je crois ne pas me tromper en disant M. Mharchi est son principal relais dans l’appareil actuel du parti».

Questionné à ce sujet par Maroc Hebdo, dans l’interview qu’il nous a accordée dans notre numéro du 1er mars 2019, M. Benchemmas avait préféré botter en touche. «J’ai lu cela quelque part, mais je ne veux accuser personne,» nous avait-il déclaré. Mais, pour le moins, il y avait loin d’un démenti de sa part. En tout cas, avec M. Benchemmas ou pas à la barre, que M. Elomari joue les trouble-fêtes ou que M. Akhchichine mette directement ou indirectement le parti sous sa coupe, le PAM a intérêt à se relever au plus vite s’il souhaite jouer un rôle à l’avenir dans le paysage politique national.

Petit à petit, sur le terrain anti-islamiste et nommément anti-Parti de la justice et du développement (PJD) qu’elle a investi depuis sa création en juillet 2008 et pour lequel elle avait justement été taillée par l’actuel conseiller du roi Mohammed VI, Fouad Ali El Himma, alors fraîchement démissionnaire de son poste de ministre délégué à l’Intérieur, la formation du tracteur se retrouve distancée par le Rassemblement national des indépendants (RNI) de l’homme d’affaires et ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch, qu’on annonce d’ores et déjà comme futur chef du gouvernement à l’issue des prochaines législatives prévues en 2021.

Relais étrangers
M. Benchemmas est d’ailleurs le premier à reconnaître le retard enregistré par son parti en la matière au cours des derniers mois. «Nous sommes bien conscients de la nature des contraintes organisationnelles et politiques que le parti a subies et des tensions qui ont marqué son parcours. Nous travaillons d’arrache-pied pour faire face aux difficultés afin de reprendre l’initiative politique sur le terrain,» nous confiait-il. Aussi, l’influence politique du PAM demeure étonnamment dérisoire, voire inexistante, au regard de son poids politique, puisqu’il demeure, valeur aujourd’hui, avec 102 députés, le deuxième parti du pays seulement derrière… le PJD (124 députés) et même premier au niveau des communes et des régions. Sur ce plan, seuls ses relais étrangers, de par l’important réseau tissé par M. Elomari en son temps, lui permet de peser quelque peu. M. Benchemmas avait ainsi réuni le 24 février dans la ville de Tanger seize partis d’Afrique du Nord pour mettre en place un «Réseau des partis démocratiques » de la région.

Le secrétaire général du PAM paraît d’ailleurs, dans ce sens, avoir les mêmes appétences que son prédécesseur, puisqu’on l’a également vu au niveau du parlement, dont il préside la Chambre des conseillers, tenter de mettre en place un forum parlementaire afro-américain, avec comme objectif de disposer d’une structure commune pour les députés d’Afrique et des Amériques, surtout centrale et du Sud. Il en faudra, toutefois, visiblement plus pour sortir le parti de l’impasse où il se trouve actuellement...


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